vendredi 28 juin 2013

Greenberg (2010)

Noah Baumbach, comparse de Wes Anderson, m'avait beaucoup plu avec "The Squid and the whale". Cinq ans plus tard, il plaçait Ben Stiller en tête d'affiche de son "Greenberg". Je ne pouvais pas rater ça.

Ben Stiller est donc Greenberg, un rôle tout à fait différent pour l'acteur américain souvent cantonné à jouer le mec peureux et naïf ou super sûr de lui et bas du front. Ici, il joue un type totalement déprimé qui vient garder la maison californienne de son frère pendant que celui-ci part en vacances en Asie du Sud-Est. Une mission a priori facile pour le charpentier de New York, ancien leader d'un groupe de rock, sauf qu'il faudra aussi s'occuper du chien malade, faire face à ses sentiments pour la jeune femme à tout faire de son frère, Florence (Greta Gerwig, très bien), et à ses anciens amis qui ont bien changé après tant d'années sans les voir...

J'aime :

* Le casting et particulièrement ce joli duo d'acteurs qu'offrent Ben Stiller, très bon à contre-emploi, et Greta Gerwig, tous les deux paumés dans leur petit monde. Greenberg est impulsif, limite schizophrène, tandis que Florence est une grande fille hésitante, qui ne sait jamais vraiment ce qu'elle veut. Deux personnages faits pour se retrouver même si ce sera loin d'être simple! On salue aussi la prestation du toujours très bon Rhys Ifans dans le rôle d'Ivan, l'ami fidèle, sobre et sympa de Greenberg.

* Plus que le scénario, qui est assez banal, c'est cette succession de saynètes drôles, loufoques ou contemplatives qui font la force du film. Noah Baumbach n'a pas le "style" de son compère Wes Anderson, mais il a son idée de la mise en scène et il sait parfaitement instaurer une atmosphère à ses films. Ici, c'est l'image d'un Los Angeles paisible, mais où tout paraît trop grand pour Greenberg.

* La B.O.. C'est folk, c'est pop, plus indé que chez Wes Anderson, mais y a notamment Greta Gerwig qui chante "Uncle Albert/Admiral Halsey" de Paul McCartney à tue-tête et rien que ça, c'est chouette.

J'aime pas :

* Le rythme. C'est sans doute le gros point noir de "Greenberg". Si on aime le style, la mise en scène, aucun problème, mais on concède qu'il n'est pas facile d'entrer dans le film et que le temps paraît parfois long, surtout qu'il n'y a quasiment aucune avancée concrète dans le scénario du début à la fin.

Avec "Greenberg", Noah Baumbach poursuit son oeuvre profondément indépendante et attachante, avec un univers bien à lui, et surtout la mise en valeur d'excellents acteurs dans des rôles pas simples à jouer. Après ça, on aime toujours autant Ben Stiller et on est ébloui par le talent de Greta Gerwig qu'on est impatient de retrouver dans le prochain film du cinéaste : "Frances Ha".

mercredi 5 juin 2013

The Sugarland Express (1974)

Qu'il est bon d'explorer les premiers pas cinématographiques d'un réalisateur aussi chevronné et adulé que Steven Spielberg. Ce dernier, habitué depuis longtemps désormais à de grosses productions, se montre capable de beaucoup d'habileté malgré des moyens limités. C'est le cas avec son premier long-métrage destiné au cinéma : "The Sugarland Express".

Après le road movie angoissant "Duel", son premier téléfilm finalement diffusé au cinéma, Steven Spielberg reste dans le même genre en reprenant l'histoire vraie d'un couple en fuite à travers les Etats-Unis afin de retrouver leur bébé qui leur a été enlevé par les services sociaux. Clovis Poplin (William Atherton, très bien) est un piètre délinquant qui termine tranquillement sa peine de prison. Alors qu'il n'est plus qu'à quelques jours de la sortie, sa petite amie débrouillarde et pas piquée des hannetons, Lou Jean (Goldie Hawn, excellente), le force à s'évader pour récupérer leur fils à l'autre bout du pays.

Hésitant, Clovis finit par se faire la malle et le couple commence sa fuite en compagnie d'un autre couple de personnes âgées. Mais la voiture de ces derniers, qui ne se doutent de rien, est bien trop lente et un policier, Maxwel Slide, les arrête. Après une première course poursuite qui se termine en accident, le couple prend le policier en otage et le force à les conduire jusqu'à Sugarland, où se trouve leur fils. Pris en chasse par de plus en plus de forces de l'ordre et gagnant ainsi en notoriété, le couple entame alors un très long voyage aux multiples rebondissements...

J'aime : 

* Un bon petit scénario. Des histoires de cavale au cinéma, il y en a eu pleins. Celle-ci, inspirée d'une histoire vraie, est fraîche et sympathique, portée par des personnages hauts en couleur qu'on affectionne rapidement, du couple de fugitifs aux policiers qui les traquent. Steven Spielberg sait placer des rebondissements quand il faut et ne gâche pas les faits réels d'un happy end.

* Le casting. On est un peu surpris au départ de la manière exacerbée dont jouent Goldie Hawn surtout, et William Atherton, très "bruyants" dans leur façon de parler. C'est un peu vintage, mais on s'habitue ensuite et ils sont vraiment très attachants tous les deux. Les seconds rôles sont très bien aussi.

* La mise en scène. On apprécie particulièrement quelques cadrages, malins et beaux à la fois. Bref, on sent déjà la patte d'un excellent réalisateur.

J'aime pas : 

* Comme tout film de cavale, il y a des longueurs, des moments plats inévitables et c'est le cas ici parfois.

Pour son premier film "au cinéma", Steven Spielberg s'en sort très bien. Déjà affûté avec "Duel", le jeune cinéaste maîtrise bien sa belle histoire d'un couple de fugitifs dingues qui croient jusqu'au bout à leur cause alors que l'issue devient de plus en plus incertaine. On est plongé dans la ferveur de leur course et tout autant touché par l'indulgence des forces de l'ordre qui les suivent en file indienne. Bien joué Mr Spielberg.

vendredi 24 mai 2013

Mud (2013)

Avec "Take Shelter", Jeff Nichols avait livré une oeuvre minimaliste, mais puissante et "cérébrale". Le voilà de retour avec "Mud", un film doté d'une histoire plus classique, mais non sans passion et chaleur humaine.

Ellis et Neckbone sont deux gamins vivant sur les rives du Mississippi. Un jour, ils repèrent sur une île du delta un bateau perché dans un arbre en raison d'une récente crue. Ils décident d'en prendre possession, mais tombent sur son occupant, Mud (Matthew McConaughey, excellent), un fugitif. Ce dernier, qui a tué le violent petit ami de son ex, Juniper (Reese Witherspoon, très  bien), demande aux deux garçons de l'aide pour pouvoir survivre et retaper le bateau afin de fuir avec. Juniper, qui vit temporairement dans les environs, doit le rejoindre quand les préparatifs seront terminés. Malgré les risques, Ellis et Neckbone décident de venir en aide à Mud...

J'aime : 

* Le scénario. En mode Mark Twain, Jeff Nichols nous entraîne aux confins du Mississippi pour une histoire belle et forte prise du point de vue d'Ellis, le véritable héros du film. Le réalisateur ne s'en tient pas qu'à la relation entre le jeune ado et Mud, tous ses autres liens sont explorés que ce soit avec son fidèle ami Neckbone, ses parents sur le divorce, Juniper ou encore sa petite amie May Pearl. Cette belle aventure n'est pas sans suspense, la tension augmentant avec l'arrivée des malfrats voulant se venger de Mud jusqu'au climax de la scène de fusillade finale.

* Le casting. Il est tout bonnement parfait avec deux enfants formidables et un Matthew McConaughey qui se révèle toujours plus brut et mature, dans un rôle qui rappelle un peu son dernier en date dans "Paperboy" dont l'ambiance poisseuse était un peu similaire. Tous les autres seconds rôles, dont une Reese Witherspoon presque méconnaissable et un Michael Shannon cocasse, sont également admirables.

* L'environnement. La photographie de "Take Shelter" était déjà splendide avec les grands paysages sans fin du Midwest et ses ciels orageux. Le résultat est tout aussi magnifique ici avec les décors marécageux du delta du Mississippi qui inspirent puissance et mystère à la fois, avec une nature indomptable et dangereuse. Ils sont ainsi très bien utilisés, à l'image de ce bateau perché dans un arbre, point de départ du film.

J'aime pas : 

* Deux petits regrets concernant le scénario. Le premier concerne la relation d'Ellis et de May Pearl qui est vraiment très elliptique et qui aurait mérité soit d'être approfondie, soit de ne pas exister. En tout cas, elle nous laisse un peu sur notre faim. De même, le film aurait très bien pu se clore sur la dernière scène d'Ellis plutôt que pour le "happy end" proposé juste après.

"Mud" a donc été pour moi un véritable coup de coeur que je recommande vivement. Après le vibrant "Take Shelter", Jeff Nichols récidive avec une nouvelle oeuvre poignante et prenante de bout en bout, composée avec des acteurs formidables. On ne peut alors que se retrouver tout impatient de voir son prochain film.

dimanche 19 mai 2013

The Jackal (1998)

"The Jackal" fait partie de mes films d'action "madeleine", soit des oeuvres qui ne resteront pas forcément dans les annales du cinéma, mais que j'avais vraiment beaucoup apprécié étant plus jeune. Je me rappelle l'avoir vu plusieurs fois de suite lorsqu'il était passé, à l'époque, sur Canal +. Bref, cela ne veut pas dire non plus que c'est complètement nul, il y a Michael Caton-Jones à la baguette et un bon duel à distance entre Richard Gere et Bruce Willis.

Le "Chacal" du titre (Bruce Willis, qui fait bien le méchant pas commode) est un tueur à gages très dangereux et dont peu de personnes ne connaissent le visage. Il est engagé par la mafia russe qui entend venger la mort de l'un de ses membres, tué dans une opération menée conjointement par la police russe de Valentina Koslova et le FBI de Carter Preston (Sidney Poitier, impeccable). Craignant des représailles sur le sol américain, mais sans connaître la cible de la mafia russe, ce dernier met tout en oeuvre pour traquer le Chacal. Il fait alors appel à deux anciens membres de l'IRA et de l'ETA qui ont cotoyé le tueur : Declan Mulqueen (Richard Gere, pas mal), qui est emprisonné, et Isabella Zanconia (Mathilda May, pas très expressive).

J'aime : 

* Le scénario. Cela s'éparpille parfois un peu trop dans tous les coins, mais on est bien pris par cette traque au Chacal, insaisissable et qui fait régner la terreur partout où il passe. Surtout, le suspense est bien gardé quant à la cible finale du tueur qu'on découvre en même temps que les enquêteurs.

* Le casting. Il y a quand même du lourd, entre Richard Gere et Bruce Willis, qui la jouent loup contre loup, on trouve le sobre Sidney Poitier et un Jack Black un peu égaré. On ne sait pas trop ce que vient faire là Mathilday May, mais c'est pas si mal.

* L'action. On sent qu'il y a du budget devant tant de décors et lieux visités. Cela pétarade pas tant que ça, mais ça suffit amplement avec une grosse scène de fin dans le métro.

J'aime pas : 

* Quelques scènes téléphonées, notamment celles du début avec les vilains russes, et un jeu caricatural, de la part de ceux qu'on vient de citer, mais aussi de Richard Gere, qui se force un peu à faire le bad boy et n'a pas l'air de tellement croire à son rôle, et de Bruce Willis dont la moue de méchant et le changement de moumoute frisent parfois le ridicule.

Comme je le disais en préambule, Michael Caton-Jones n'a pas sorti les film d'action de la décennie avec ce "Jackal", mais cela reste un honnête divertissement, bien réalisé et avec des acteurs qu'on apprécie tout de même bien. Alors ne boudons pas ce plaisir coupable.

samedi 18 mai 2013

Absolute Power (1997)

Il y a plusieurs Clint Eastwood. Celui des débuts, branché western (spaghetti ou américain), que je vénère. Puis l'époque "Dirty Harry" et autres rôles toujours un peu ambigus et tout de même donneurs de leçon. Et depuis une vingtaine d'années, c'est un peu éclectique, il y a du bon et du moins bon, du majeur et du mineur. "Absolute Power" est plutôt en mode mineur, mais fournit un très bon divertissement.

Luther Whitney (Clint Eastwood, très bien) est un vieux cambrioleur chevronné. Avant de se retirer définitivement du marché, il tente un dernier coup dans la propriété d'un proche du président des Etats-Unis, Walter Sullivan. Alors qu'il s'affaire dans une pièce secrète attenante à la chambre des propriétaires, il est contraint de s'y enfermer alors que la femme de Walter Sullivan, Christy, rentre en compagnie d'Alan Richmond, le président (Gene Hackman, toujours parfait en méchant).

Un miroir sans tain lui permet d'assister aux ébats des deux amants, sauf que ça tourne mal. Ils sont éméchés,  Alan Richmond devient violent, elle le blesse avec un coupe-papier et les gardes du corps du président interviennent, tirant sur Christy Sullivan qui meurt sur le coup. La conseillère d'Alan Richmond, Gloria Russell (Judy Davis, bien), décide d'étouffer l'affaire, faisant croire à un cambriolage qui aurait mal tourné. La sécurité du président quitte les lieux en oubliant le coupe-papier ensanglanté. Luther Whitney l'a récupéré au passage avant de quitter lui aussi la maison, mais il est surpris par les gardes du corps d'Alan Richmond qui le pourchassent. Le voleur parvient à s'enfuir et il va alors être traqué aussi bien par ces derniers que par l'inspecteur Seth Frank (Ed Harris, excellent), chargé de l'enquête...

J'aime : 

* Le scénario. Adapté d'un roman, il offre un passionnant jeu du chat et de la souris entre le gentleman cambrioleur, le gentil inspecteur qui finira par se placer de son côté - et on apprécie leur complicité et respect mutuel - et les méchants hommes du président.

* Le casting. Ce n'est pas forcément toujours le cas, mais Clint Eastwood a réuni ici autour de lui de grosses pointures tels que les excellents Gene Hackman et Ed Harris. On s'amuse aussi de voir, dans des seconds rôles, Dennis Haysbert (l'un des deux gardes du corps du président) et Penny Johnson (une inspectrice), le futur couple présidentiel de la série "24".

J'aime pas : 

* Un dénouement un peu trop fluide. Clint Eastwood ne cherche pas vraiment la complexité et l'enquête file assez rapidement - malgré une trop longue scène de crime -, sans énormément de rebondissements.

Avec "Absolute Power", Clint Eastwood signe un bon petit polar, avec un casting impeccable, qui vient lorgner du côté des hautes sphères du pouvoir américain. On aurait aimé un peu plus de complication dans la résolution de l'enquête, mais la mission de divertissement est hautement remplie. C'est déjà ça !

mercredi 8 mai 2013

Free Angela and all political prisoners (2013)

Angela Davis, figure de l'extrême gauche et du mouvement des droits civiques des Etats-Unis, méritait assurément un documentaire. Elle en a déjà eu je crois, mais c'est toujours bon de rafraîchir les mémoires en notre époque qui a souvent tendance à oublier beaucoup de combats justes et sincères. Malheureusement, ce documentaire de Shola Lynch manque de beaucoup de choses.

Le film se confine à la période la plus agitée de la vie d'Angela Davis, soit ses années d'étudiante et le début de sa carrière universitaire en Californie. On découvre une femme de caractère, profondément militante, tentant d'associer plusieurs causes en une: socialisme, féminisme et mouvement noir. Une approche originale qu'elle devra défendre tant bien que mal durant ces années troubles de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Mais la jeune militante et son combat seront mis en lumière par son retentissant procès de 1971 durant lequel elle est accusée d'être complice d'une tentative d'évasion meurtrière de trois prisonniers noirs qu'elle soutenait. Après cela, plus rien ne sera pareil pour Angela Davis...

J'aime : 

* Le sujet. Je connaissais finalement peu le parcours d'Angela Davis et, même si avenir post-procès n'est pas raconté dans le documentaire, on en apprend beaucoup sur son enfance et les prémices de son militantisme. Elle incarne une époque particulière et intense de l'histoire contemporaine américaine et c'est fascinant.

* Les intervenants. Ils sont nombreux et solides. Il y a Angela Davis elle-même, mais aussi ses proches, ses avocats et d'autres témoins de choix.

* Les archives. Elles sont riches, beaucoup d'images de cette époque sous tension, du contexte comme des moments de vie d'Angela Davis. Des critiques ont été portées contre l'utilisation de quelques images de fiction (avec la nièce d'Angela Davis dans son rôle) pour montrer des séquences plus intimes à des fins d'illustration, mais je les ai trouvées plutôt jolies (sombres, elles ne laissent pas voir les visages) et peu intrusives d'autant plus qu'elles sont muettes.

J'aime pas :

* Le rythme. Certes, ce n'est pas une fiction, mais c'est tout de même bien lent. Il y a aussi beaucoup de longueurs, notamment le procès qui occupe tout le dernier tiers du documentaire et qui regorge de détails, sans doute trop.

* Les manquements dans le contenu. On en apprend beaucoup certes, mais on en voudrait plus, notamment sur l'après-procès. La réalisatrice nous offre un rapide aperçu de la tournée mondiale qui a suivi, mais c'est beaucoup trop elliptique. Pareil pour l'énorme mobilisation internationale qui a eu lieu pendant son procès et qui est trop rapidement abordée. Ainsi, on ne sait pas bien ce qu'Angela Davis a fait depuis son procès jusqu'à aujourd'hui.

* La bande originale. Très classique, elle n'utilise aucune des grandes chansons composées en l'honneur d'Angela Davis, notamment celles de John Lennon et des Rolling Stones. Il y a peut-être une histoire de droits derrière, mais c'est tout de même bien dommage.

"Free Angela and all political prisoners" est un documentaire nécessaire, de ceux qui doivent exister pour faire connaître le parcours et le combat de personnes aussi importantes et dignes qu'Angela Davis. Malheureusement, lorsqu'il a la chance de passer en salles, on attend un peu plus qu'un film relativement sobre et non exhaustif. Bien, mais peut vraiment mieux faire.

jeudi 11 avril 2013

Moonrise Kingdom (2012)

Et nous arrivons à la revue du dernier chef d'oeuvre en date de Wes Anderson, le fabuleux "Moonrise Kingdom". Ce n'est pas pour autant mon préféré, mais on ne peut que s'incliner devant autant de méticulosité  (encore !) poétique.

On sait combien le cinéaste est attaché au monde de l'enfance et il y plonge pleinement ici faisant d'un jeune couple de pré-adolescents les héros de son film situé au coeur des années 1960, sur une île fictive de l'est des Etats-Unis. Sam (Jared Gilman, splendide) est un orphelin, ballotté de famille d'accueil en famille d'accueil, qui a bien du mal à se trouver des amis, même dans sa compagnie de scouts, menée par Ward (Edward Norton, fort mignon). Tombé amoureux de la jeune Suzy (Kara Hayward, excellente), solitaire et tourmentée, il décide de s'enfuir avec elle pour vivre une véritable épopée romantique dans la nature.

Leur fuite, qui se déroule alors qu'une tempête menace, provoque un branle-bas de combat sur l'île et tout le monde se met à les rechercher : Ward et sa meute de scouts, les parents de Suzy, Walt (Bill Murray, génial) et Laura (Frances McDormand, très bien), ainsi que Sharp (Bruce Willis, épatant à contre-emploi), le seul policier de l'île.

J'aime : 

* L'univers. Une fois de plus, Wes Anderson (et Roman Coppola) tisse une histoire puisée dans un domaine pittoresque et original. Dans ces précédents films, le cadre était souvent intemporel, à mi-chemin entre l'époque actuelle et une autre plus ancienne. Ici, on est bien dans le passé, même si cela n'influence pas tant l'histoire que cela. Le cinéaste nous plonge, comme souvent, directement dans sa bulle grâce à l'apparition habile d'un narrateur/conteur.

* L'histoire. Elle est belle comme tout. Depuis "Rushmore", Wes Anderson n'avait plus fait appel à des enfants pour héros. Ici, ils sont de retour en force avec une merveille d'évasion amoureuse qu'on soutient complètement. On rêve que les adultes ne les retrouvent jamais, mais le dénouement est tout aussi mignon. Bref, on fond devant une telle rêverie.

* Les dialogues. Cela fait partie aussi du savoir-faire de Wes Anderson. Mais ils sont encore plus fameux quand ils sont mis dans la bouche d'enfants qui se prennent pour des grands, ou presque. Comme d'habitude, pas de discours fleuves, que de petites pointes de romantisme, d'ironie ou de fatalisme.

* Le casting. Comme toujours, c'est du cinq étoiles, même si on retrouve plus de nouvelles têtes que d'anciennes. On est ravi de revoir Bill Murray et Jason Schwartzman, mais on accueille avec plaisir Edward Norton, Bruce Willis, Frances McDormand, Tilda Swinton ou encore Harvey Keitel. Mais on retiendra avant tout la fabuleuse performance des deux jeunes comédiens Kara Hayward et Jared Gilman.

* La B.O.. Sur le modèle de "Fantastic Mr Fox", Wes Anderson délaisse quelque peu la jolie compile de chansons (mis à  part du François Hardy et des morceaux de Benjamin Britten notamment) pour donner de l'espace à une véritable partition musicale composée par Alexandre Desplat une fois de plus.

J'aime pas : 

* Si le film ne manque donc pas de poésie mêlée de mélancolie, on n'aurait rien contre une once d'humour en plus. Il y en a déjà pas mal quand même, mais depuis "The Life Aquatic", ça décline un peu.

Avec sa dernière oeuvre en date, Wes Anderson ne déçoit toujours pas et s'affirme même encore peu plus dans un univers et un style (on n'a pas reparlé de sa photographie, cadrages et autres travellings désormais légendaires) qu'il maîtrise parfaitement. C'est beau et propre comme tout, que demander de plus ? Eh bien un prochain film, vite !