samedi 22 août 2020

Dune (1985)

Je ne suis pas du tout familier de l'univers de Frank Herbert, mais l'adaptation au cinéma de son chef-d'oeuvre par David Lynch étant à la fois culte et controversée, cela a aiguisé ma curiosité. Pas pire ! 

Je serais bien incapable d'affirmer si la version du cinéaste américain est fidèle ou pas, toujours est-il que c'est l'histoire, dans une galaxie lointaine, d'une lutte pour le contrôle de la planète Arrakis (ou "Dune"), seul lieu où l'on trouve une denrée extraordinaire appelée "Epice". L'empereur de la galaxie, Padishah Shaddam IV (José Ferrer, pas mal), nomme les Atréides, menés par le duc Leto (Jürgen Prochnow, bien), à sa tête. Hélas, il s'agissait d'un piège orchestré conjointement avec les Harkonnens du vilain baron Vladimir (Kenneth McMillan, excellent) qui prennent Arrakis d'assaut. Rescapés du massacre, la femme et le fils de Leto Atréides, Jessica (Francesca Annis, bien aussi) et Paul (Kyle MacLachlan, très bien), rejoignent le peuple autochtone de la planète, les Fremen, afin d'organiser la résistance...

J'aime : 

 * Le scénario. Malgré les explications d'introduction, il faut un peu de temps pour rentrer dedans, mais ensuite, c'est plutôt fluide et on assiste à un vrai bon film de science-fiction, entre intrigues et action. On imagine évidemment que David Lynch, qui a aussi signé le script, a simplifié au maximum le récit tout en apportant sa touche sophistiquée.

* Le casting. La plupart des acteurs, confirmés, ont un peu disparu évidemment, mais on retrouve notamment un jeune Kyle MacLachlan dans son premier rôle et déjà diablement charismatique. J'ai apprécié aussi voir Dean Stockwell (de ma série chouchou "Quantum Leap") dans un rôle pivot (le docteur traître Yueh). Quant à Sting, dans une apparition finalement aussi anecdotique que marquante, il s'en sort pas si mal. 

* Les effets spéciaux. Forcément, ils paraissent datés aujourd'hui et n'équivalent peut-être pas ceux de films précédents comme la première trilogie "Star Wars", mais ils restent à la fois étonnants et originaux. 

* La bande originale. Un thème de Brian Eno, le reste de Toto, c'est pas "beau", mais l'ambiance est assurée.

J'aime pas : 

* L'esthétique. On ne peut pas dire que les décors soient extrêmement variés et ils sont globalement assez laids. Pareil pour les costumes. 

Si j'aurais adoré voir le "Dune" imaginé dans un premier temps par Alejandro Jodorowsky et qui aurait sans doute été plus flamboyant (je recommande le documentaire "Jodorowsky's Dune" sur le sujet) que celui de son successeur sur le projet, David Lynch s'en sort plutôt bien (même s'il a lui-même renié son oeuvre pour des raisons de "final cut" non respecté par les producteurs) pour les néophytes dont je fais partie. Un divertissement SF vintage qui passe encore bien! 

jeudi 13 août 2020

Tout simplement noir (2020)

En ces temps de pandémie et de mouvement "Black lives matter", le film de Jean-Pascal Zadi et John Wax est tombé à point nommé. Frais, original et efficace. 

L'histoire est celle de JP, comédien raté, qui décide de se lancer dans l'organisation d'une grande marche des (hommes) noirs à Paris, pour dénoncer leur manque de visibilité en France, aussi bien dans la société que dans les médias. Il se met alors en scène dans un documentaire qui suivra notamment ses démarches auprès de personnalités noires françaises (acteurs, humoristes, etc.) afin de l'aider à promouvoir l'événement. Un parcours semé d'embûches pour un personnage aussi maladroit que lui...

J'aime : 

 * Le casting. Je découvre Jean-Pascal Zadi avec bonheur, acteur très drôle au physique particulier, on pense évidemment à sa dentition sur lesquelles les vannes pleuvent au cours du film. Il est parfait dans ce rôle de tête à claques sans gêne mais au final très attachante. Il a su réunir la grande majorité des humoristes et comédiens noirs français dans ce subtil exercice d'autodérision. Car la plupart en prennent pour leur grade ! 

* Le message. Jean-Pascal Zadi a donc choisi l'humour et l'absurde pour dénoncer le manque de visibilité des noirs en France (car, si c'est le combat de son personnage, c'est bien aussi le but du film) et pose, à travers les déambulations de JP, de nombreuses questions (comment agir au mieux ? De quelle forme ? De quelle manière ? La place des femmes, etc.), visant souvent juste.

* Le format. Jean-Pascal Zadi a choisi le mode "faux documentaire", où toutes les images que l'on voit font partie du projet, et ça marche très bien, donnant un côté spontané et improvisé aux scènes. 

* Le scénario. S'il détonne par son originalité, il est un peu fait de bric et de broc en raison du format, mais il est cohérent et doté d'un fil rouge au dénouement charmant. 

 * L'humour. Evidemment, on ne peut pas passer à côté de cet élément. Jean-Pascal Zadi a voulu l'éviter autant que possible, mais il est difficile de ne pas non plus voir en "Tout simplement noir" un film à sketches, car les invités se succèdent un peu les uns après les autres. C'est globalement assez drôle, mais toutes les séquences ne sont pas réussies, surtout celles où le scénario va trop loin dans l'exagération (Eric Judor convaincu qu'il est noir, Lucien Jean-Baptiste qui est pris d'une crise de folie...). 

 J'aime pas : 

 * Pas de gros reproche particulier à faire, si ce n'est, donc, des scènes humoristiques inégales.

Très critique des comédies contemporaines françaises en général, j'ai été fort agréablement surpris par cette oeuvre sans prétention de Jean-Pascal Zadi qui a très certainement un grand avenir dans le paysage humoristique français.

lundi 10 août 2020

Le Professionnel (1981)

Si Jean-Paul Belmondo restera à jamais l'un des "héros", via ses films (plus particulièrement sa période "Bébel" des années 1970-1980), de mon enfance, certains ont très mal vieilli. A l'image de ce "Professionnel", signé Georges Lautner.

Le "Professionnel", c'est Josselin Beaumont (Jean-Paul Belmondo, qui en fait un peu des caisses), agent secret français envoyé dans le pays africain imaginaire du Malagawi pour y abattre le président tyran. Entre-temps, les relations franco-malagawiennes se sont améliorées et l'Elysée sacrifie Beaumont en le dénonçant aux autorités du Malagawi. Il est alors condamné sur place aux travaux forcés. Deux ans plus tard, Josselin Beaumont parvient à s'échapper et rentrer à Paris. Sa vengeance sera terrible...

J'aime :

 * Le scénario. S'il n'innove pas vraiment avec une histoire toute bête de vengeance et de contrat à remplir jusqu'au bout, il est intéressant dans sa remise en question des affaires pas nettes de la Françafrique. Puis, pour arriver à ses fins, Josselin Beaumont devra monter un plan plutôt malin, jusqu'à un dénouement peu orthodoxe.

* Le casting. Jean-Paul Belmondo est évidemment omniprésent et fait du "Bébel", à la fois brutal et facétieux. Robert Hossein compose face à lui un "vilain" charismatique, commissaire aux méthodes contestées mais redoutablement efficaces. Pas de très grands noms sur le reste de l'affiche, mais une bonne distribution avec pas mal de fidèles des films de Belmondo.

* L'action. On peut compter sur Belmondo pour mouiller la chemise durant ses films de cette époque. Ici, les bagarres (même si on voit aujourd'hui trop la simulation) sont nombreuses et les cascades en voiture signées Rémy Julienne sont toujours un must.

J'aime pas : 

* La bande originale. Le morceau "Chi Mai", d'Ennio Morricone, est sans doute encore plus célèbre que le film. Ce n'est pas tant qu'il ait été depuis étiqueté "Royal Canin" qui me gêne que sa redondance, toutes les dix minutes du film. A la fin, c'est l'indigestion. 

 * La mise en scène. C'est sans doute ce qui fait que le film paraît hors d'âge. On lève les yeux au ciel dès la séquence d'introduction, très longue, en Afrique (mal reconstituée en Camargue !), puis à de nombreuses reprises ensuite tellement elle est théâtrale. Le summum est atteint avec l'hommage à Sergio Leone pour le duel Belmondo-Hossein. Dérangeants aussi ces petits moments soudains de comédie, avec des répliques de Michel Audiard, au milieu d'une histoire relativement violente. 

S'il n'est donc plus possible de regarder aujourd'hui "Le Professionnel" au premier degré, comme quand on était enfant, en raison de ses défauts qui sautent aux yeux, on doit encore reconnaître au film une excellente dimension divertissante. C'est déjà ça.

mardi 4 août 2020

Hippocrate (2014)

Après avoir vu le dernier film de la trilogie médicale de Thomas Lilti, "Première année", je me suis fait le tout premier, "Hippocrate". Cela fait plutôt sens chronologiquement (après les études, l'internat) et c'est tout aussi réussi.

L'histoire est celle de Benjamin (Vincent Lacoste, très bien), qui débute son internat dans un hôpital parisien, dans le service dirigé par son père (Jacques Gamblin, bien). Là, il va découvrir tous les aléas et surtout les difficultés quotidiennes auxquelles fait face le personnel hospitalier, en compagnie notamment d'Abdel (Reda Kateb, très bien aussi), un interne algérien.

J'aime :

* L'univers. Il n'est pas des plus clinquants, mais il permet une plongée des plus réalistes, quasi documentaire, dans un service hospitalier, sujet rarement traité par le cinéma français. On y retrouve ses joies, ses peines, ses galères, son humanité. Tout cela est assez fidèlement retranscrit.

* Le casting. Je crois l'avoir déjà dit, mais je suis de plus en plus fan de Vincent Lacoste. Il incarne très bien ce jeune personnage très humain, dont le statut de fils du chef de service va le plonger malgré lui dans l'engrenage du mensonge et de l'impunité. A ses côtés, Reda Kateb compose un rôle plus complexe, mettant en lumière la situation des internes étrangers qui, eux, n'ont pas le droit à l'erreur.

* Le scénario. Pas facile de laisser de la place à autre chose avec deux fils rouges portant sur deux cas médicaux complexes, un pour chacun des deux protagonistes principaux du film, mais il laisse tout de même bien entrevoir la vie d'un service.

J'aime pas :

* Même s'il apparaît sensé de s'attarder sur les deux cas de figure proposés par Thomas Lilti, illustrant tout le poids de la moindre décision, et surtout de ses conséquences, des médecins à l'hôpital, on aurait sans doute aimé voir une plus grande variété de prises en charge des internes et ainsi un peu plus de leur gestion de ce quotidien.

Après "Première année", Thomas Lilti achève de me convaincre avec "Hippocrate" de la grande qualité de sa trilogie sur le milieu médical. Manque plus que "Médecin de campagne", qui s'annonce lui aussi passionnant.