mercredi 21 novembre 2012

Yek Khanévadéh-e Mohtaram (2012)

Mon frère m'emmène toujours voir les derniers films iraniens (ou turcs, ou autres nationalités orientales) à la mode. En général, c'est bien voire même très bien une fois sur deux. Bonne pioche cette fois-ci avec cette "famille respectable" (en français), même si tout est loin d'être parfait.

L'histoire est assez complexe. Arash, un prof de fac exilé à Paris, est retourné chez lui, à Chiraz, le temps d'un projet universitaire. Avant de rentrer en France, il apprend que son père, séparé depuis longtemps de sa mère chez qui il vivait durant son séjour, est mort et lui a légué une somme d'argent importante. Arash va alors devoir gérer la magouille que lui propose son demi-frère Jafar ainsi que toutes les démarches liées à son retour, compliquées par la retenue de son passeport...

J'aime :

* Encore une fois, c'est une véritable photographie de l'Iran d'aujourd'hui, partagée entre un autoritarisme forcené, une société surveillée de toutes parts, et une aspiration à la liberté et à la transgression de plus en plus forte en même temps, notamment à travers les femmes, qui ont de beaux rôles ici.

* Le casting est convaincant, des enfants aux adultes, ça joue juste et ça sent le réel.

J'aime pas :

* Encore un film qui évoque les problèmes posés par les conditions de départ de l'Iran. On ne s'en lasse pas, car c'est presque documentaire, mais Massoud Bakhshi ajoute à cette tentative de fuite une complexe histoire d'héritage dont on a du mal à démêler les tenants et aboutissants.

* On regrette aussi un peu ces flash-backs incessants sur l'enfance d'Arash, parfois redondants, ainsi que les ajouts d'images d'archives sur la guerre Iran-Irak qui font plus pour l'esthétique que pour l'histoire. Ces moments apportent des longueurs dont on se serait passé.

Pour son premier film de fiction, Massoud Bakhshi réussit, malgré des effets de style pas forcément utiles, une oeuvre intéressante et toujours passionnante sur le quotidien des Iraniens. On attend de voir la suite, mais il y a déjà pas mal d'espoir.

mercredi 14 novembre 2012

Astérix et Obélix : Au service de sa Majesté (2012)

Alors comme ça ce nouvel épisode d'Astérix et Obélix est pas pire ? Dans l'attente d'un rebond après le phénoménal "Mission Cléopâtre" et l'échec des "Jeux Olympiques" (que je n'ai pas vu), il y avait encore pas mal d'attente et Laurent Tirard s'en serait tiré avec les honneurs. C'est ce qu'on va voir !

Ce nouvel épisode fait appel en réalité à deux aventures d'Astérix : l'excellent "Astérix chez les Bretons" et le moins trépidant "Astérix et les Normands". Le premier fait figure de ligne rouge puisque c'est bien en (Grande)-Bretagne que se rendent nos deux fameux compères (Edouard Baer, formidable, et Gérard Depardieu, toujours très bien en Obélix) en compagnie du jeune neveu d'Abraracourcix, Goudurix (Vincent Lacoste, qui joue très bien les têtes à claques parisiennes actuelles), qu'ils doivent former afin qu'il devienne un homme. Ils accompagnent le brave Jolitorax (Guillaume Gallienne, bien) venu leur demander de l'aide.

La Bretagne est en effet envahie par les troupes de Jules César (Fabrice Luchini, excellent) qui menacent particulièrement le village du Breton où se trouve la reine Cordelia (Catherine Deneuve, qui fait le boulot). Nos quatre héros devront mener à bien le transport d'un tonneau de potion magique à travers la Bretagne, tout en faisant face aux Normands recrutés par les Romains afin d'appuyer leur invasion.

J'aime :

* Le casting. Il fait beaucoup pour la réussite du film. Il y a la très bonne surprise Edouard Baer qui personnalise vraiment son Astérix, le rendant plus réfléchi, drôle mais aussi maladroit. Gérard Depardieu est, à ses côtés, toujours l'Obélix idéal. Fabrice Luchini compose lui aussi un Jules César emprunt de son propre jeu et c'est parfait. Ensuite, les seconds rôles sont particulièrement soignés et réussis, de Vincent Lacoste à Guillaume Gallienne en passant pas Valérie Lemercier qui joue la tutrice de la fiancée de Jolitorax.

* Le scénario. Il est relativement fidèle à la bande-dessinée dans les grandes lignes, intégrant avec finesse Goudurix et les Normands dans l'épisode chez les Bretons. Cependant, on ne comprend vraiment pas l'ajout d'une "reine" à l'histoire (sauf pour rajouter une "star" de plus au casting), d'autant plus qu'il aurait été plus logique de la faire vivre à Londinium (Londres) plutôt que dans un petit village, sauf si elle y a été exilée, mais je ne crois pas que ce soit mentionné.

* Les décors. Il y avait encore beaucoup de moyens et ils sont très bien exploités que ce soit dans les magnifiques environnements verdoyants de la Bretagne ou dans ce Londinium reconstitué avec ses anachronismes familiers de la bande-dessinée. Les effets spéciaux sont très bien aussi.

J'aime pas :

* Le rythme. Certes, Laurent Tirard ajoute de la finesse aux aventures de nos Gaulois, avec des dialogues souvent subtils et travaillés, mais c'est globalement beaucoup trop lent et le manque de gags vraiment drôles et visuels n'aide pas à nous sortir de la torpeur qui parfois nous prend.

* La musique. Cela n'a pas toujours son importance, mais l'atmosphère pop-rock insufflée dans le film n'est pas terrible et le concert final des BB Brunes n'arrange pas les choses.

Si "Au service de sa Majesté" est encore loin de rattraper la perfection de "Mission Cléopâtre", il s'en tire tout de même avec les honneurs. Plutôt que de rater ses gags et faire du lourd comme le premier et le troisième épisode, Laurent Tirard a choisi la voie de l'humour dans les dialogues et les situations cocasses. Cela donne à son film un certain charme, bien aidé par un superbe casting, mais ce n'est alors plus une vraie comédie d'action et d'aventures comme l'avait réussie Alain Chabat.

jeudi 8 novembre 2012

Skyfall (2012)

Devant tant d'éloges envers le dernier épisode de James Bond, mes attentes étaient quand même assez grandes et légitimes. Daniel Craig a prouvé qu'il incarnait très bien l'espion britannique tandis que la réalisation confiée à Sam Mendes était un gage de qualité. Mais malgré beaucoup de bonne choses, il y a de sérieux manques.

Après "Casino Royale" et "Quantum of Solace" qui se suivaient, nous retrouvons un 23e opus qui se la joue solo. On entre dans le vif du sujet avec James Bond (Daniel Craig donc, toujours distant mais profond), affublée de la jeune agent Eve (Naomie Harris, jeune et cool), lancés dans une course-poursuite à Istanbul avec un terroriste possédant une liste des agents de l'Otan infiltrés dans des organisations terroristes.

Mais les choses se finissent mal et Bond en réchappe de peu, laissant croire qu'il est mort. L'échec de cette mission provoque la chute de M (Judi Dench, toujours aussi bien), poussée vers la sortie par le responsable des services secrets, Gareth Mallory (Ralph Fiennes, très bien). Pendant que 007 est en vacances forcées et bien débauchées, M est visée avant sa sortie par un attentat perpétré par un ancien agent revanchard et super hacker, Tiago Rodiguez dit Silva (Javier Bardem, fou à souhait). James Bond décide de reprendre alors du service en allant traquer Silva qui se cache à Macao. Il y est mené notamment par la jeune et jolie Séverine (Bérénice Marlohe, qui fait le boulot)...

J'aime :

* La psychologie particulièrement intense qu'a instauré Sam Mendes dans les relations entre ses personnages. Le réalisateur va plus loin dans le rapport maternel qui existe entre M et James Bond, encore plus dans la dernière partie du film. Puis, une fois de plus, on voit un 007 en proie à divers démons (alcool, femmes) qui ne le quittent jamais vraiment, sans oublier une certaine vieillesse qui commence à se faire sentir.

* Les décors, toujours aussi impressionnants, qu'ils soient en plein air ou dans les souterrains de Londres. Puis on voyage, évidemment, et c'est toujours aussi beau, d'Istanbul à l'Ecosse en passant par Macao et Londres.

* Les effets spéciaux et autres cascades. La série des 007 a sans doute de la concurrence depuis un moment, mais on en a toujours pour nos mirettes ici aussi.

* Si la série a pas mal évolué depuis l'intronisation de Daniel Craig, plus moderne et réfléchie, la firme 007 n'oublie pas son glorieux passé avec moult références, souvent anecdotiques (l'Aston Martin, le nouveau Q, etc.), mais toujours savoureuses.

* Le générique, splendide. C'est l'une des marques de fabrique de James Bond, elle ne manque pas, sensuelle et envoûtante, tout comme la chanson qui l'accompagne, puissante et classique à la fois, interprétée par Adele.

J'aime pas :

* Le scénario et c'est mon principal reproche, qui a son importance évidemment.Visiblement, Sam Mendes a délaissé l'histoire en elle-même, très limpide, sans enjeux mondiaux complexes et autres personnages ambivalents, pour mettre l'accent sur les relations entre ces personnages justement, mais qui ne présentent alors plus aucune face cachée. Les séances de huis-clos sont même sans doute mieux réussies et crédibles que celles d'action, parfois un peu ampoulées, surtout dans la dernière partie qui rappelle vaguement "McGyver" et "The A-Team", c'est dire !

Ce scénario en queue de poisson est donc assez décevant par rapport à nos attentes, même s'il débouche tout de même sur de nouvelles perspectives pas inintéressantes (un nouveau Q, qu'on nous présente ici, mais aussi un nouveau M et une nouvelle Moneypenny). Cependant, Sam Mendes apporte une touche relativement personnelle et point déplaisante, donnant à son tour une nouvelle dimension aux personnages et à la série, plus profonde et réfléchie, qui a encore de beaux jours devant elle et c'est tant mieux.