vendredi 12 décembre 2025

One battle after another (2025)

Paul Thomas Anderson fait partie de ces valeurs sûres du cinéma américain qu'on pourrait presque qualifier d'"indépendant". J'ai vu une partie de ses films et j'ai toujours aimé. C'est le cas du dernier en date.

L'histoire est celle d'un couple d'anarchistes californiens, Pat Calhoun (Leonard DiCaprio, excellent) et Perfidia Beverly Hills (Teyana Taylor, très bien). Avec leur groupe de révolutionnaires, les French 75, ils participent à la libération des migrants des centres de rétention, posent des bombes dans les administrations, braquent des banques... Mais la situation finit par mal tourner : Perfidia est interpellée, laissant derrière elle Pat et leur bébé, Charlene, obligés de fuir et de se cacher dans un autre Etat américain sous une autre identité. Mais un militaire, le capitaine Steven J. Lockjaw (Sean Penn, trop caricatural), qui pourchasse les French 75, s'est juré de mettre la main sur le père et sa fille...

J'aime :

* Le casting. Si j'ai une réserve sur Sean Penn, qui en fait trop je trouve dans le stéréotype du militaire froid et rigide (physiquement même), un peu comme ceux des séries des années 1980, j'ai été conquis par les autres comédiennes et comédiens. Dont un Leonardo DiCaprio très en forme dans ce rôle de Pat Calhoun, qui pourrait être le cousin du "Dude" Lebowski dans la "seconde" partie du film. Mais aussi Chase Infiniti, très convaincante dans le rôle - son premier au cinéma en plus - de sa fille, ou encore un délicieux Benicio Del Toro, prof de karaté le jour et passeur (positif) de migrants la nuit.

* Le scénario. En soi, il est assez simple : il s'agit de la traque de Pat Calhoun et sa fille par Steven J. Lockjaw. Mais il est rempli d'aventures, d'action et d'humour. Et sans temps mort, permettant de largement supporter les plus de 2h30 de film. On n'oublie pas l'histoire en elle-même qui est parfaitement ancrée dans l'actualité, dans cette Amérique de Donald Trump qui fait la chasse aux migrants comme à ceux qui les soutiennent, soit les opposants du président américain.

* La mise en scène. Paul Thomas Anderson prouve ici qu'il peut tout filmer. Car il s'agit véritablement d'un film d'action et il me semble bien que ce soit son premier. L'image est magnifique et il y a beaucoup de créativité dans les plans, de variété dans les séquences. La course-poursuite finale en voiture est particulièrement marquante.

* Les décors. Tourné entre la Californie et le Texas, le film montre des lieux splendides, notamment sur la fin du film. 

Je n'aime pas :

* Je dois dire qu'il y a quelques éléments du scénario que je n'avais pas compris, notamment vers la fin du long-métrage. Il a fallu que j'en parle avec d'autres personnes pour me mettre au clair. Mais je pense que c'est surtout de ma faute. 

Nous verrons bien si "One battle after another" remporte des récompenses, mais il le mériterait amplement. Paul Thomas Anderson démontre une fois de plus tout son talent avec un film qui, sans s'y attaquer directement, est un véritable coup de poing dans le ventre du "régime" trumpiste. Et moi qui aie souvent eu des doutes sur Leonardo DiCaprio, il m'apparaît ici une fois de plus hautement appréciable.

mardi 11 novembre 2025

The Naked Gun (2025)

La série des "Naked Gun" avec l'impayable Leslie Nielsen est une de mes "madeleines" de l'enfance. Des films que j'adorais voir et revoir, surtout les deux premiers. L'annonce d'une suite, avec Liam Neeson dans le rôle-titre, m'a fait craindre le pire évidemment. Et ils se sont mis à beaucoup pour commettre ce film, dont le réalisateur, pas vraiment chevronné, Akiva Schaffer.

L'histoire est celle de Frank Drebin Jr. (Liam Neeson, pas mal quand même), fils du légendaire inspecteur Frank Drebin. Lui aussi membre de la police de Los Angeles et tout aussi intrépide, il est appelé pour intervenir sur un braquage de banque. Ce dernier était en réalité une diversion pour le vol d'un dangereux gadget électronique qui pourrait faire des dégâts à grande échelle...

J'aime :

* Le casting. Difficile de succéder au grand Leslie Nielsen, mais on ne peut pas blâmer Liam Neeson, qui s'en sort plutôt bien, se glissant naturellement dans un rôle "sérieux", comme il l'a si souvent fait, mais cette fois avec des situations absurdes se déroulant tout autour de lui. A ses côtés, Pamela Anderson est plutôt une bonne surprise, démontrant des belles aptitudes comiques, particulièrement dans la scène où elle chante du jazz. Les seconds rôles, gentils comme méchants, sont bien choisis également.

* Le scénario. On n'attend pas une histoire très complexe de ce genre de films, mais ici, on dira qu'il s'adapte bien à l'air du temps, avec une petite dose de science-fiction. On apprécie aussi le fait qu'il s'agisse d'une suite et non d'un "reboot", Liam Neeson jouant ainsi le fils de Frank Drebin, avec un hommage continu rendu à ce dernier.

J'aime pas :

* L'humour. Hélas oui, gros point faible qui fait perdre tout le crédit du film. Je n'ai jamais ri, à peine souri. Je reverrai la trilogie originale pour voir si c'est juste moi qui suis trop vieux pour être touché par ces gags, souvent lourdingues, notamment les récurrents (le café). La pire séquence est celle, inutile et absurde (mais pas dans le bon sens du terme), de la "lune de miel" dans un chalet avec un bonhomme de neige humanisé. J'ai le souvenir d'une saga avec des situations amenées plus finement et naturellement.

* La mise en scène. Elle est des plus plates, sans créativité alors qu'il y a de quoi s'amuser avec ce type de films, et j'ai trouvé le métrage globalement assez moche.

Ainsi, pas d'agréable surprise pour cette nouvelle mouture de "The Naked Gun". Si le casting n'a pas grand-chose à se reprocher et le scénario tient la route, le principal, l'humour et le divertissement, est raté. C'est rarement une bonne idée de vouloir relancer le "sacré", en voici un nouvel exemple.

vendredi 17 octobre 2025

Step Brothers (2008)

Je pensais avoir vu cette comédie d'Adam McKay, mais non. C'est Ben Stiller qui m'a incité à la visionner, après un tweet dans lequel il citait l'une des scènes du film comme l'une des plus drôles de l'histoire du cinéma. Il a sans doute un peu exagéré.

L'histoire est celle de Robert Doback (Richard Jenkins, bien) et Nancy Huff (Mary Steenburgen, bien aussi), deux soixantenaires divorcés qui se rencontrent lors d'un congrès et tombent amoureux. Il se trouve que les deux futurs mariés ont chacun un fils quarantenaire sans activité vivant toujours chez eux. Dale (John C. Reilly, excellent) est le fiston de Robert, et Brennan (Will Ferrell, excellent aussi) celui de Nancy. Les nouveaux demi-frères vont ainsi devoir cohabiter. Non sans difficulté.

J'aime :

* Le casting. Je suis un fan absolu de Will Ferrell donc sa seule présence suffit à me combler. Il joue très naturellement l'abruti, parfaitement accompagné par un John C. Reilly qui démontre qu'il sait tout jouer. Les seconds rôles, habitués des comédies, sont solides aussi dont un Adam Scott insupportable à souhait en frère arrogant et tête à claques.

* L'humour. C'est un vrai film de copains avec Judd Apatow à la production, Adam McKay derrière la caméra qui retrouve Will Ferrell pour la troisième fois consécutive, John C. Reilly pour la seconde fois consécutive (même chose pour le duo Ferrell-Reilly). Bref, un vrai film de potes et cela se ressent dans l'écriture et la débauche d'énergie des acteurs à aller le plus loin possible dans la bouffonnerie. Et c'est souvent très drôle. Quant à la scène mentionnée par Ben Stiller, il y a bien plus hilarant dans le film !

J'aime pas :

* Le scénario. Il commence très bien, avec la rivalité entre les deux demi-frères, puis ils finissent par s'entendre et on sent alors que les scénaristes (les trois compères Mckay/Ferrell/Reilly) patinent, ne sachant plus bien où aller. Peut-être pour ne pas refaire un "Dumb and Dumber" ?

"Step Brothers" est dans la parfaite lignée de ces buddy movies à l'humour régressif des années 2000. Mais, dans le cas de celui-ci, on regrette juste une certaine absence de scénario au-delà du talent comique du duo de "frangins malgré eux" et des nombreux gags visuels. Le film n'avait d'ailleurs pas reçu un très bon accueil critique, devenant "culte" plus tardivement grâce à quelques scènes ressorties sur le Web, comme Ben Stiller a pu le faire.

vendredi 26 septembre 2025

Mission: Impossible - The Final Reckoning (2025)

Deux ans après la première partie de cet épisode final de la saga "Mission: Impossible", la seconde est enfin arrivée sur nos écrans. Malheureusement, après l'enthousiasme est venue la déception. Tout ça pour ça. 

L'histoire se déroule deux mois après la fin de la première partie, qui s'était terminée par Ethan Hunt (Tom Cruise, super-héros) échappant à son ennemi final, Gabriel, et à la CIA. Depuis, la mystérieuse "Entité", dont Gabriel est l'agent "humain", a provoqué le chaos à travers le monde et l'administration américaine presse notre héros de rendre la clé permettant de contrôler cette IA malfaisante (mais il faut encore aller au fond de la mer où le sous-marin qui l'accueillait a coulé). Ethan Hunt et son équipe préfèrent mener leur mission de leur côté en traquant Gabriel à Londres...

J'aime :

* L'action. Pour son final, "Mission: Impossible" propose des séquences encore et toujours aussi musclées que denses, avec des morceaux de bravoure totalement improbables comme cette plongée sous-marine littéralement impossible (et trop longue à mon sens dans le sous-marin) ou encore ce combat à bord de deux vieux avions.

* Les décors. On continue de voyager, cette fois entre Londres, la mer de Béring ou encore l'Afrique du Sud. Ce dernier pays est d'ailleurs le lieu le plus beau.

J'aime pas :

* Le casting. C'est rare que ce soit l'élément que je critique, mais là, je tiens surtout à souligner que Tom Cruise m'a un peu gonflé en dernier et unique sauveur de l'humanité. Tout ne repose que sur lui (son équipe, qui se sacrifie pour lui, est réduite à néant ou presque) et il joue trop sur la fibre émotionnelle. Pour le reste, on retrouve quasiment les mêmes actrices et acteurs que dans la première partie et tout va bien. 

* Le scénario. Plutôt que de poursuivre sur la même veine aventurière et originale de la première partie, Christopher McQuarrie (et Erik Jendresen) ont préféré tout ralentir avec, entre chaque séquence d'action (qui semblent donc parfois interminables), de trop longs moments de bavardage et de flashbacks (tous les fils des différents films de la saga sont reliés). Surtout, cet ennemi d'un nouveau genre que constitue l'IA est finalement bien trop humain. Cette fois, on sent donc passer les presque 3 heures.

Qu'il est difficile de terminer une saga en beauté. J'imagine bien que cela a dû torturer l'esprit de Christopher McQuarrie, mais, même si on en prend toujours tout de même plein la vue dans cet épisode final, on reste largement sur sa faim. Ethan Hunt est plus seul que jamais et les bonnes idées de la première partie se diluent dans les profondeurs de la mer de Béring.

vendredi 13 juin 2025

The Phoenician Scheme (2025)

Mon cinéaste préféré sort presque un film par an, donc c'est toujours un plaisir de le retrouver. Ici, la bande-annonce m'avait beaucoup plu. Hélas, je vais sans doute répéter les mêmes remarques que pour son long-métrage précédent.

L'histoire, qui se déroule dans les années 1950, est celle de l'industriel véreux Zsa-zsa Korda (Benicio Del Toro, très bien) qui, constamment victime d'attentats divers et variés dont il ressort miraculeusement vivant, décide sagement de transmettre ses affaires à sa fille unique, Liesl (Mia Threapleton, impeccable). Cette dernière est nonne, mais va néanmoins le suivre à travers moult péripéties dans la poursuite d'un projet pharaonique dans son pays (fictif) d'origine, la Phénicie.

J'aime : 

* Le casting. Déjà impressionnant dans "The French Dispatch", Benicio del Toro bénéficie ici du rôle principal et il démontre avec aisance qu'il le méritait. A ses côtés, les "nouveaux" (chez Wes Anderson) Mia Threapleton et Michael Cera sont tout à fait réjouissants également. Pour le reste, que du lourd comme toujours malgré des apparitions bien plus courtes : Tom Hanks, Bryan Cranston, Mathieu Amalric, Scarlett Johansson, Benedict Cumberbatch... et évidemment l'incontournable Bill Murray en Dieu.

* Les décors. Qui dit film d'aventures et même d'action (à la Wes Anderson, cela va sans dire), dit voyage donc une série de séquences dans des lieux différents, tous plus exotiques les uns que les autres, de la jungle au désert, en passant par des palais, des avions, trains et des clubs. Tout cela en carton-pâte bien entendu (tournage dans des studios allemands), mais c'est très beau et coloré.

* La mise en scène. Le style tout en détails et précision du cinéaste est respecté de bout en bout, aucune surprise. Allez, un peu plus de violence si on veut. Et encore, on en a déjà vu avant. On retient tout de même aussi cette magnifique scène de salle de bain filmée depuis le plafond. Inédit.

* Le scénario. Il est divisé en plusieurs parties - schéma apprécié par le réalisateur -, basées sur les différents personnages que Korda doit convaincre pour mettre en œuvre son montage financier. Changement de décor à chaque fois et le tout est assez rythmé, chaque épisode se terminant souvent en chaos ou challenge à relever. Outre les interactions avec les différents acteurs et actrices invités, on apprécie particulièrement cette nouvelle relation familiale explorée par Wes Anderson : cette fois un père et sa fille qui doivent apprendre à se connaître (on est finalement assez proche de "The Life aquatic" avec la relation Bill Murray-Owen Wilson, mais cette fois, c'est un peu plus mignon car c'est une fille et elle est jeune).

J'aime pas :

* Je dois dire que j'ai été néanmoins un peu déçu par plusieurs aspects du scénario : les scènes de rêve du purgatoire sont un peu plombantes (malgré la présence d'encore plus d'acteurs et actrices invités) et surtout, cette histoire de montage financier, même si finalement plutôt accessoire, est tout de même assez complexe à saisir. On se demande pourquoi le cinéaste s'est autant compliqué la vie (et celle du spectateur donc).

* Puis côté musique, pas de bande originale éclectique ici, on reste dans la musique classique, avec toujours Alexandre Desplat à la baguette. 

Wes Anderson reste mon chouchou du cinéma et j'apprécie toujours ses films au style unique, mais j'ai été ici un peu déçu que le résultat ne ressemble pas plus à la très prometteuse bande-annonce. Reste un superbe casting et des aventures pas si déplaisantes dans de bien jolis décors.

vendredi 14 mars 2025

A Complete unknown (2025)

Je ne suis pas un grand connaisseur de Bob Dylan, mais j'apprécie la plupart de ses chansons les plus connues, dont celles de sa première partie de carrière. Or, c'est cette période qui a intéressé James Mangold pour ce biopic (partiel donc) réussi.

L'histoire raconte l'arrivée de Bob Dylan (Timothée Chalamet, très bien) à New York en 1961 et le début de sa carrière au sein du mouvement folk, parrainé et soutenu par Pete Seeger (Edward Norton, bien). Son succès sera fulgurant, mais le jeune prodige finira bien vite par s'affranchir des codes de son genre et son passage à l'électrique sur la scène du Newport Folk Festival de 1965 va déchaîner les passions...

J'aime :

* La bande originale. C'est le biopic d'un musicien et pas n'importe lequel, et le film permet de se replonger dans ses premiers albums qui font partie des plus reconnus au monde. Donc on se régale de bout en bout, la bande son ne laissant pas de côté non plus les artistes du mouvement folk rencontrés tels que Joan Baez.

* Le scénario. Les débuts de Bob Dylan étaient suffisamment foisonnants pour que cela suffise à en faire un long-métrage à lui tout seul, puis cela permet d'être relativement exhaustif dans les chansons mises en avant. Et l'histoire, basée sur un livre d'Elijah Wald, est des plus cohérentes et passionnantes, sans non plus chercher à aller trop loin dans la psychologie et tenter de lever le voile sur le mystérieux personnage qu'est (et restera sans doute) l'artiste. D'ailleurs, si le scénario a été approuvé par Bob Dylan lui-même, on salue le fait qu'il n'ait aucunement censuré les passages sur sa vie sentimentale (il a juste demandé à ce que Suze Rotolo porte un autre nom), qui ne le mettent pas vraiment en valeur.

* La reconstitution. On retrouve le New York des années 1960 et ses lieux emblématiques de la scène folk de l'époque, une atmosphère bien rendue.

* Le casting. Je n'ai pas forcément succombé à la hype Timothée Chalamet, mais il campe de manière convaincante Bob Dylan et on salue aussi particulièrement sa performance musicale car il joue et chante lui-même, sans trahir l'original. Monica Barbaro est elle même encore plus bluffante en Joan Baez, avec une manière de chanter très ressemblante. Le reste de la distribution, que ce soit Edward Norton, Elle Fanning, Boyd Holbrook ou encore Dan Fogler, est très bon également.

* La mise en scène. On apprécie que les séquences musicales soient jouées live, leur donnant encore plus d'authenticité. Par ailleurs, malgré la longueur du film (plus de deux heures), on ne voit pas le temps passer.

J'aime pas :

* Il y a bien quelques raccourcis et éléments romancés pour apporter un peu de matière, mais rien d'outrageant non plus.

Les derniers biopics d'artistes musicaux que j'ai pu voir ne m'avaient guère enchantés, pour différentes raisons, peut-être aussi parce que j'étais moins fan de la musique, mais ici, James Mangold propose une bien jolie immersion dans le lancement de la carrière de Bob Dylan. Bravo ! 

mardi 25 février 2025

Jouer avec le feu (2025)

Des raisons personnelles font que j'ai été voir ce film des sœurs Coulin. C'est le premier de leur filmographie que je vois. Il y avait beaucoup de potentiel, mais...

L'histoire est celle de Pierre Hohenberg (Vincent Lindon, très bien), cheminot veuf de Metz qui élève donc seul ses deux fils, Félix dit "Fus" (Benjamin Voisin, excellent bien qu'un peu trop démonstratif) et Louis (Stefan Crepon, bien). Si la petite famille est socialement de gauche, l'aîné se met à fréquenter une bande de skinheads, basculant dans une violence qui va bouleverser sa vie et celle des siens...

J'aime :

* Le casting. C'est rare mais il n'y a aucune femme dans un rôle important, même secondaire, dans ce film. C'est donc à un trio masculin auquel nous avons affaire et il est de grande qualité. Vincent Lindon est une valeur sûre et il a remporté un prix à Venise pour sa performance. Il y a une belle alchimie avec ses deux fils du film, Benjamin Voisin et Stefan Crepon, eux-mêmes déjà bien complices aussi dans la vie. Le premier est le plus impressionnant, aussi "physique" que charismatique, mais avec certes une petite tendance à "trop" en faire.

* Le scénario. Adapté d'un roman de Laurent Petitmangin, il est intéressant car parfaitement ancré dans l'actualité politique française et cette montée inéluctable de l'extrême droite. Et ce d'autant plus dans les milieux ouvriers, traditionnellement de gauche. Ce n'est certes pas un phénomène nouveau, mais il n'a pas été souvent traité au cinéma. Néanmoins, on regrette l'absence de mise en contexte pour comprendre le basculement de "Fus" dans ce monde, on est juste mis devant le fait accompli, comme son père.

* L'environnement. J'aime bien les films qui sortent de Paris ou des grandes villes connues pour se dérouler dans des régions moins mises en avant, ici la Lorraine et Metz. Certes, on ne voit rien pour autant de la ville (en dehors de son stade), mais il y a une atmosphère différente. Et évidemment, c'est une région, comme le Nord, particulièrement touchée par ce changement de vote. 

J'aime pas : 

* La mise en scène. Les réalisatrices ont fait le choix de filmer une grande partie de leur métrage en gros plan, il y a très peu de plan large. Lindon et ses compères ont certes de bonnes "gueules" de cinéma, mais ce rapprochement omniprésent finit par être oppressant. 

* Les dialogues. Avec le point du scénario évoqué plus haut, c'est ce qui m'a le plus déçu. Les confrontations père-fils, notamment, sont sommaires et répétitives, les arguments des uns et des autres pauvres (ils ne sont pas censés être des intellectuels non plus mais on aurait aimé une évolution constructive au fur et à mesure du film, qui donne à réfléchir). Alors que le monologue final de Vincent Lindon est, lui, bien mené. 

J'attendais donc beaucoup de "Jouer avec le feu", servi par un trio d'acteurs admirable, mais il m'a finalement laissé sur ma faim en raison de sa mise en scène et de son contenu propre, difficilement convaincant.

jeudi 13 février 2025

Ainda estou aqui (2025)

Walter Salles est un réalisateur phare au Brésil, même s'il n'avait plus tourné depuis plus de dix ans, mais je n'avais encore jamais vu aucun de ses films. Je me rattrape avec son dernier en date, véritable phénomène dans son pays en raison des récompenses attribuées internationalement.

L'histoire (vraie) est celle de l'ancien député de gauche Rubens Paiva (Selton Mello, très bien) qui, après plusieurs années d'exil à la suite du coup d'Etat militaire au Brésil, est revenu vivre à Rio au début des années 1970 avec sa femme, Eunice (Fernanda Torres, excellente), et ses enfants. Mais la dictature est toujours en place et surveille ses agissements...

J'aime :

* La reconstitution. En dépit évidemment de la dictature, cette vie bourgeoise au bord de la plage de Leblon au début des années 1970 a quelque chose d'assez idyllique. Il y a une atmosphère, qui existe encore un peu de nos jours, qui est parfaitement rendue, que ce soit dans le mode de vie, le style vestimentaire ou encore la musique (on y reviendra).

* La bande originale. Il n'y a pas que la Bossa Nova au Brésil. A cette époque, elle a déjà laissé place au Tropicalisme et à la MPB. Et c'est un bonheur à écouter. Sans oublier, pour ma part, les nombreuses références aux Beatles. 

* Le casting. Fernanda Torres, plutôt habituée aux comédies, crève ici l'écran dans ce rôle de mère courage dont la vie va être bouleversée par l'arrestation de son mari. Et c'est toute cette famille Paiva qui est magnifiquement interprétée (même si on se perd un peu dans les plus grandes filles, ressemblantes). 

* Le scénario. Basé sur l'autobiographie du fils Paiva, Marcelo, devenu plus tard écrivain à succès, il est passionnant, d'autant plus qu'il me semble que peu de films sur la dictature ont réussi à franchir les frontières du Brésil et qu'il permet aussi bien de rafraîchir la mémoire des Brésiliens que d'informer le reste du monde sur cette sombre période, souvent laissée de côté car elle n'a pas été aussi sanglante qu'au Chili ou en Argentine. Mais j'ai des réserves sur le dernier tiers du film.

* La mise en scène. Sous ses airs de chronique familiale, Walter Salles instille subtilement la dureté et la violence de la dictature. Elle est là dès l'introduction du film, mais le cinéaste nous la fait oublier quelque peu par la suite lorsque nous suivons le quotidien relativement joyeux de cette famille. Et la tension finira par revenir peu à peu jusqu'à ne plus nous lâcher. Même si Walter Salles n'a pas cherché non plus à nous montrer la violence directement, comme des scènes de torture par exemple, préférant la suggestion et la pression psychologique, toutes aussi impressionnantes.

J'aime pas :

* Ainsi, je n'ai pas vraiment aimé le dernier tiers du film, contant de manière elliptique le reste de la vie d'Eunice Paiva après qu'elle a décidé de partir s'installer à São Paulo avec ses enfants. La cassure est brutale et j'aurais préféré avoir plus d'éléments sur sa reconversion en avocate des peuples autochtones du Brésil plutôt que cette fin relativement longue et "documentaire" malgré quelques jolies scènes.

Le succès de "Ainda estou aqui" est ainsi largement mérité, notamment pour ce qu'il met en lumière, mais aussi pour cette très jolie, même si tragique, histoire familiale. Parabéns Walter Salles !

samedi 1 février 2025

La Cité de la peur (1994)

Je crois qu'on n'a pas vu comédie plus culte en France que le film des Nuls depuis sa sortie, hormis peut-être l'Astérix d'Alain Chabat (encore lui) ou les OSS (d'un copain des Nuls). Réalisé par Alain Berbérian, il casse toujours la baraque, même après un énième visionnage. 

L'histoire est celle d'Odile Deray (Chantal Lauby, très bien), attachée de presse dans le milieu du cinéma, qui tente de promouvoir le film d'horreur "Red is dead" au festival de Cannes. Le premier jour de projection est un désastre critique et, pour couronner le tout, le projectionniste est assassiné. Un fait divers qui va offrir au film une publicité rêvée...

J'aime :

* Le casting. Les Nuls (Chantal Lauby, Alain Chabat et Dominique Farrugia) sont plus "Nuls" que jamais, avec une préférence pour les deux premiers, Chantal Lauby étant jamais aussi drôle que quand elle se prend au sérieux au milieu de situations toutes plus absurdes les unes que les autres, et Alain Chabat en faisant des tonnes dans son rôle de gros bras. Et puis le film pullule évidemment de rôles secondaires (Gérard Darmon dans son meilleur rôle ?) et d'invité(e)s plus connus (à l'époque) les un(e)s que les autres.

* L'humour. Il concentre tout ce qui faisait la force des Nuls : de la parodie, des gags visuels, des jeux de mots, des scènes idiotes... le cocktail est équilibré et détonnant, laissant des répliques cultes encore dans les mémoires aujourd'hui.

* Le scénario. La chasse au "serial killer" à travers Cannes et son festival est haletante comme jamais, se déroulant sur un bon rythme ne laissant jamais place à l'ennui (le film n'est pas très long par ailleurs). 

* Les décors. Le métrage restitue bien l'atmosphère de la ville lors de l'événement en se moquant gentiment de son élitisme.

* La bande originale. Elle est plutôt sympa avec en point d'orgue bien sûr "La Carioca" d'Alain Chabat et Gérard Darmon.

J'aime pas :

* Je crois que le seul running gag qui ne me fait plus rire aujourd'hui est quand le personnage de Simon Jérémi vomit à chaque fois qu'il est content. C'est un peu lourdingue.

Avec "La Cité de la peur", les Nuls ont parfaitement réussi à passer le cap du film après avoir brillé à la télévision avec leurs sketchs. Cela n'arrive pas toujours (on se souvient des Robins des Bois par exemple, même si j'avais plutôt aimé leur film), donc on ne peut que se féliciter qu'ils restent ainsi une référence de l'humour en France.

mardi 28 janvier 2025

The Big Lebowski (1998)

On touche ici à un film figurant aisément dans mon top 5 du cinéma. Je l'avais vu à sa sortie au cinéma et j'en suis donc resté un immense fan. Attention, chef-d’œuvre des frères Coen. 

L'histoire est celle de Jeffrey Lebowski (Jeff Bridges, parfait), qui préfère le surnom de "Dude", hippie désœuvré de Los Angeles dont le passe-temps favori est de jouer au bowling avec ses compères pas beaucoup plus occupés Walter (John Goodman, formidable) et Donny (Steve Buscemi, très bien). Un soir en rentrant chez lui, il est agressé par deux malfrats lui réclamant de l'argent avant qu'ils ne se rendent compte qu'il ne s'agit pas du bon Jeffrey Lebowski. Ce dernier est un millionnaire local auquel le "Dude" va réclamer des comptes...

J'aime :

* Le casting. La grande force des frères Coen, ce sont leurs personnages, et il faut pour cela de sacrés acteurs et actrices pour les incarner. Ici, la triplette de joueurs de bowling est inoubliable et les seconds rôles en tiennent une belle couche aussi (mention à John Turturro, Philip Seymour Hoffman ou encore Peter Stormare, sans oublier la charismatique Julianne Moore).

* Les dialogues. C'est un film où ils priment sur l'action (bien qu'il y en ait pas mal !) et ils sont aussi cultes pour la plupart, notamment les envolées violentes de Walter. 

* Le scénario. On ne peut pas dire qu'il aille très loin, mais il est suffisamment intense pour largement perturber la vie tranquille du Dude et pour nous divertir allègrement. 

* L'humour. Entre les personnages grotesques, les situations plus absurdes les unes que les autres qu'ils traversent et les dialogues aux multiples punchlines, il y a de quoi rire à chaque instant.

* La mise en scène. Il y a cette touche Coen, à la fois brut et poétique en même temps, où le n'importe quoi est toujours savamment maîtrisé. 

* L'environnement. On aime se balader avec le Dude dans ce Los Angeles de la classe moyenne, loin des sites touristiques, où les objets sont des personnages à part entière comme son tapis et sa voiture (qui va particulièrement souffrir).

* La bande originale. Que du bon, plutôt éclectique !  

J'aime pas :

* Je ne vois toujours rien à reprocher à ce film sauf peut-être qu'il paraît trop court !

"The Big Lebowski" est une sorte de film de chevet pour moi, toujours là quand j'ai besoin d'aller mieux et de reprendre foi en l'humanité. Jeff Bridges a souvent milité pour reprendre son rôle, on verra si cela se fait un jour, j'en doute, et c'est peut-être mieux comme ça !

mardi 21 janvier 2025

When Harry met Sally (1989)

Cela faisait très longtemps que je n'avais pas revu ce classique de la comédie romantique américaine, signé Rob Reiner. J'ai profité des Fêtes pour me replonger dans cette œuvre indémodable.

L'histoire est celle de Harry Burns (Billy Crystal, très bien), qui vient de terminer ses études à Chicago. C'est à New York qu'il va débuter sa vie active. Il prend la route en voiture, en compagnie de Sally Albright (Meg Ryan, excellente), amie de sa petite amie. Le chemin est long et le courant ne va pas vraiment passer entre les deux passagers, opposés notamment sur la théorie d'Harry qu'un homme et une femme ne peuvent se lier d'amitié. Ils ne se reverront plus jusqu'à ce qu'ils se croisent des années plus tard à deux reprises, la seconde fois après une rupture. Une relation ambiguë se développe entre eux... 

J'aime :

* Le scénario. Ecrit par l'experte des comédies romantiques Nora Ephron (qui passera rapidement derrière la caméra ensuite) et basé sur la vie sentimentale du réalisateur Rob Reiner, il est, je crois, original pour l'époque (avant d'être copié) même s'il y a aussi un peu de Woody Allen là-dedans. Néanmoins, c'est drôle et fin, avec quelques scènes mémorables. Les entractes avec les histoires de rencontres de vieux couples sont une jolie idée.

* Le casting. Ce qui fait la force du film, surtout pour une comédie romantique, ce sont ses acteurs et, ici, son duo fonctionne parfaitement. Meg Ryan crève l'écran, brillante et rayonnante, compensant le plus tourmenté et cynique Billy Crystal (j'avais oublié qu'il était finalement plutôt désagréable dans le film). Mais les deux se complètent et cela donne un subtil équilibre. Et on n'oublie pas les seconds rôles comiques indispensables, très bien joués ici par Carrie Fisher (pas si reconnaissable que cela) et Bruno Kirby. 

* Les décors. New York est évidemment la ville idéale pour accueillir ce genre d'histoire au fil des saisons.

* La bande originale. Le tout jeune Harry Connick Jr reprend des standards du jazz et accompagne parfaitement le cours des événements. Encore un clin d'oeil à Woody Allen ?

J'aime pas :

* Pas grand-chose à reprocher même si j'ai donc un peu moins apprécié le personnage de Billy Crystal au revisionnage. Mais il a du répondant en face.

Ainsi, plus de 35 ans plus tard, "When Harry met Sally" n'a pas pris beaucoup de rides, jouant habilement sur des thématiques sentimentales toujours aussi contemporaines. A revoir encore et encore.