Walter Salles est un réalisateur phare au Brésil, même s'il n'avait plus tourné depuis plus de dix ans, mais je n'avais encore jamais vu aucun de ses films. Je me rattrape avec son dernier en date, véritable phénomène dans son pays en raison des récompenses attribuées internationalement.
L'histoire (vraie) est celle de l'ancien député de gauche Rubens Paiva (Selton Mello, très bien) qui, après plusieurs années d'exil à la suite du coup d'Etat militaire au Brésil, est revenu vivre à Rio au début des années 1970 avec sa femme, Eunice (Fernanda Torres, excellente), et ses enfants. Mais la dictature est toujours en place et surveille ses agissements...
J'aime :
* La reconstitution. En dépit évidemment de la dictature, cette vie bourgeoise au bord de la plage de Leblon au début des années 1970 a quelque chose d'assez idyllique. Il y a une atmosphère, qui existe encore un peu de nos jours, qui est parfaitement rendue, que ce soit dans le mode de vie, le style vestimentaire ou encore la musique (on y reviendra).
* La bande originale. Il n'y a pas que la Bossa Nova au Brésil. A cette époque, elle a déjà laissé place au Tropicalisme et à la MPB. Et c'est un bonheur à écouter. Sans oublier, pour ma part, les nombreuses références aux Beatles.
* Le casting. Fernanda Torres, plutôt habituée aux comédies, crève ici l'écran dans ce rôle de mère courage dont la vie va être bouleversée par l'arrestation de son mari. Et c'est toute cette famille Paiva qui est magnifiquement interprétée (même si on se perd un peu dans les plus grandes filles, ressemblantes).
* Le scénario. Basé sur l'autobiographie du fils Paiva, Marcelo, devenu plus tard écrivain à succès, il est passionnant, d'autant plus qu'il me semble que peu de films sur la dictature ont réussi à franchir les frontières du Brésil et qu'il permet aussi bien de rafraîchir la mémoire des Brésiliens que d'informer le reste du monde sur cette sombre période, souvent laissée de côté car elle n'a pas été aussi sanglante qu'au Chili ou en Argentine. Mais j'ai des réserves sur le dernier tiers du film.
* La mise en scène. Sous ses airs de chronique familiale, Walter Salles instille subtilement la dureté et la violence de la dictature. Elle est là dès l'introduction du film, mais le cinéaste nous la fait oublier quelque peu par la suite lorsque nous suivons le quotidien relativement joyeux de cette famille. Et la tension finira par revenir peu à peu jusqu'à ne plus nous lâcher. Même si Walter Salles n'a pas cherché non plus à nous montrer la violence directement, comme des scènes de torture par exemple, préférant la suggestion et la pression psychologique, toutes aussi impressionnantes.
J'aime pas :
* Ainsi, je n'ai pas vraiment aimé le dernier tiers du film, contant de manière elliptique le reste de la vie d'Eunice Paiva après qu'elle a décidé de partir s'installer à São Paulo avec ses enfants. La cassure est brutale et j'aurais préféré avoir plus d'éléments sur sa reconversion en avocate des peuples autochtones du Brésil plutôt que cette fin relativement longue et "documentaire" malgré quelques jolies scènes.
Le succès de "Ainda estou aqui" est ainsi largement mérité, notamment pour ce qu'il met en lumière, mais aussi pour cette très jolie, même si tragique, histoire familiale. Parabéns Walter Salles !
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