jeudi 31 mars 2022

En attendant Bojangles (2022)

C'est dans le flou le plus total que j'ai assisté à l'avant-première du dernier film de Régis Roinsard (en sa présence). Je ne connaissais déjà pas ce dernier, ni le livre qu'il adapté et donc nullement aussi l'histoire. J'avais fait exprès d'ailleurs de ne pas me renseigner au préalable, pour garder un peu de surprise. Je n'avais vu que l'affiche, m'attendant à un "Dirty Dancing" français. Rien à voir...

L'histoire se déroule dans les années 1950-1960. Lors d'une fête chic sur la Côte d'Azur, l'excentrique Georges (Romain Duris, bien mais en fait un peu trop), qui s'invente des vies et nationalités pour plaire aux convives, rencontre la toute aussi enjouée et sans gêne Camille (Virginie Efira, très bien). C'est le coup de foudre et les voilà partis dans une folle vie à deux qui virera bientôt à la tragédie...

J'aime :

* Le casting. Si Romain Duris nous agace quelque peu au début, dans cette imitation (volontaire) de Jean-Paul Belmondo, ça va mieux par la suite, mais on retiendra surtout la performance vraiment forte de Virginie Efira dans un rôle complexe et celle de l'épatant Solan Machado-Graner, qui joue le fils du couple. A noter aussi la présence chaleureuse et facétieuse de Grégory Gadebois.

* La bande originale. Le titre du film (et du livre) fait référence à la très belle chanson "Mr Bojangles" de Nina Simone, morceau préféré du couple. On l'entendra (de manière un peu redondante parfois) tout au long du film, mais jamais en entier (cela aurait été bien de la proposer en générique de fin, mais non).

* La reconstitution. C'est Régis Roinsard qui a choisi de situer son film dans cette époque 1950-1960 bien que "Mr Bojangles" ne date que de 1970. Peu importe, cela donne lieu à de jolis décors (intérieurs comme extérieurs) et costumes, c'est très coloré, il y a beaucoup de bonnes idées.

* La mise en scène. Le cinéaste sait offrir beaucoup de rythme et de pétillement dans les scènes joyeuses, et d'émotion dans celles plus malheureuses, qui sont parfois particulièrement dures.

* Le scénario. Quand on ne s'y attend pas, et tel fut mon cas, le changement d'atmosphère entre un début en folie douce et la fin en folie dure prend aux tripes. Le contraste est saisissant et Régis Roinsard a bien su mettre en scène cette transition sans que ce ne soit trop brutal. 

J'aime pas :

* Les dialogues. Le cinéaste a choisi de conserver tels quels ceux du livre, ce qui donne des échanges tout de même très voire trop littéraires, surtout ceux impliquant le petit Gary.

* Les longueurs. Le film aurait sans doute gagné à être moins long, notamment pour la partie finale. 

Parfois on peut donc avoir de bonnes surprises en ne sachant pas du tout ce qu'on va regarder. Même si ce n'est pas vraiment mon genre de film préféré, je ne peux cacher qu'"En attendant Bojangles" a réussi à pas mal me chambouler. Un bien joli film signé Régis Roinsard.

lundi 28 mars 2022

House of Gucci (2021)

Je connais un peu le monde de la mode, surtout contemporaine, mais je n'avais jamais rien lu sur la saga Gucci. Une histoire qui valait bien un film ! Et il ne fallait pas moins qu'un réalisateur de poids (Ridley Scott) et un casting glamour pour porter cette oeuvre massive à l'écran.

Le film se concentre sur l'ascension de Maurizio Gucci (Adam Driver, très bien), petit-fils du fondateur de la maison Gucci et potentiel héritier de 50% des parts à la mort de son père. Sa rencontre avec Patrizia Reggiani (Lady Gaga, pas mal) alors qu'il est encore un jeune étudiant en droit pas forcément intéressé par les affaires de sa famille va changer sa vie... jusqu'au pire...

J'aime : 

* Le scénario. Il est complexe, mêlant néanmoins habilement la relation sentimentale de plus en plus mouvementée de Maurizio et Patrizia, ainsi que tout l'aspect business et héritage familial de la maison Gucci. Tout cela est extrêmement fascinant.

* Le casting. A l'image de la marque, c'est du grand luxe. Outre le duo principal, on retrouve ainsi Jeremy Irons, Al Pacino, Salma Hayek, un Jared Leto méconnaissable (mais formidable) ou encore notre Frenchy Camille Cottin.

* Les décors. Tout a été tourné en Italie (même les boutiques de Manhattan !) et c'est tout bonnement magnifique, avec une reconstitution soignée des années 1970 aux années 1990.

* La bande originale. On apprécie les nombreux tubes, notamment disco. 

J'aime pas :

* Les accents. C'est toujours le problème quand une production américaine comprend des personnages étrangers : ou ils parlent un anglais parfait et c'est absurde, ou les acteurs prennent l'accent local et ça peut paraître ridicule. La seconde option a été choisie ici et malgré tous leurs efforts, les interprétations de plusieurs acteurs dont Lady Gaga irritent. Cela donne aussi des performances sans doute trop extravagantes comme celles d'Al Pacino ou encore Jared Leto (qui est pourtant celui qui semble le mieux maîtriser l'accent italien).

* Les ellipses. Il est certes très compliqué de raconter une telle histoire dans un seul film, mais je n'ai pas été marqué par des longueurs et ce sont plus les raccourcis qui m'ont agacé. Il y en a plusieurs, notamment le désintérêt un peu brutal de Maurizio pour Patrizia, mais le plus dommageable pour moi est le revirement d'attitude de Maurizio vis-à-vis de son cousin Paolo, lui aussi radical.

Malgré ses imperfections notables, "House of Gucci" porte une histoire qui nous tient en haleine jusqu'au bout. Et c'est ça qui l'emporte au final. Bien joué signor Scott !

mardi 15 mars 2022

The French Dispatch (2021)

J'attends chaque film de Wes Anderson tel un enfant avant de recevoir ses cadeaux Noël. La dixième oeuvre de sa sublime filmographie ne surpasse toujours pas mon préféré ("The Life Aquatic of Steve Zissou"), mais offre tout de même de bien belles réjouissances. 

L'histoire se déroule dans la ville française et fictive d'Ennui-sur-Blasé où le rédacteur en chef du magazine américain "The French Dispatch", Arthur Howitzer Jr (Bill Murray, impeccable, forcément), meurt d'une crise cardiaque. A sa demande, plus aucun numéro ne sera publié après sa mort si ce n'est un ultime comportant notamment trois articles. Le making-of de ces derniers est présenté à la suite via trois saynètes.

J'aime :

* Le casting. On est à chaque fois servi avec Wes Anderson qui emporte ici une partie de sa fidèle troupe (Bill Murray, Owen Wilson, Tilda Swinton, Frances McDormand, Bob Balaban, Edward Norton, Adrien Brody...) et y intègre quelques nouveaux éléments dont Benicio Del Toro, Timothée Chalamet, Elisabeth Moss et surtout la jeune et épatante Lyna Khoudri.

* Les décors. C'est à Angoulême que le cinéaste a trouvé son "Ennui-sur-Blasé", une charmante ville de vieille France, entre Paris et la province. Le sens du détail est toujours présent.

* La mise en scène. On ne change pas une formule qui gagne (ou agace), avec ces cadrages et mouvements subtilement étudiés, filmant des comédiens au geste juste et millimétré, tous plus expressifs les uns que les autres. Sans oublier un peu d'animation.

* Le scénario. Wes Anderson a déjà offert des films à chapitres mais celui-ci est le plus morcelé. Ce n'est pas un livre mais donc un magazine que l'on feuillette et chaque article est présenté tel un véritable court-métrage tellement les histoires sont diverses et variées. Les deux derniers sont particulièrement réjouissants.

* La bande originale. De nouveau un film sans tubes ou pépites pop-rock, mais un virevoltant Alexandre Desplat à la baguette.

* L'humour. On ne sort pas de l'univers pince-sans-rire et du comique de situation hautement visuel de Wes Anderson.

J'aime pas :

* On peut reprocher que toutes les saynètes ne soient pas de la même durée et que la moins drôle (le peintre prisonnier) soit la plus longuette.

C'est certes un peu un "best of" de son style que nous propose Wes Anderson avec "The French Dispatch", mais c'est surtout un hommage touchant au journalisme et à la France. Doublement merci.

vendredi 4 mars 2022

The Woman in the window (2021)

Voici donc l'hommage de Netflix cette fois à "Fenêtre sur cour", signé Joe Wright, bien plus connu que son homologue d'Amazon. Autre petite nuance : ce film-ci, au gros casting, devait bien sortir en salles, mais la pandémie l'en a empêché. Heureusement pour les spectateurs.

L'histoire est celle d'Anna Fox (Amy Adams, très bien), psychologue new-yorkaise souffrant d'agoraphobie. Recluse chez elle, son seul contact avec l'extérieur est ce qu'elle voit par la fenêtre. Elle observe ainsi ses voisins d'en face : Alistair (Gary Oldman, correct) et Jane Russell (Julianne Moore, bien), et leur fils Ethan (Fred Hechinger, pas mal). Un soir, Anna, qui s'est liée d'amitié avec Jane, est témoin, via sa fenêtre, du meurtre de cette dernière, mais elle ne voit pas le meurtrier. Elle appelle la police, mais celle-ci lui rend visite avec la famille Russell en pleine forme. Sauf que Jane n'est plus la même femme...

J'aime :

* Le casting. Il y a du beau monde, mais c'est surtout Amy Adams qui est largement mise en valeur et offre une prestation plus que satisfaisante. On ne voit pas assez les autres stars.

J'aime pas :

* Le scénario. Non seulement on a une sérieuse impression de déjà vu, mais il est aussi rempli de petits détails agaçants dans son déroulement. 

* La mise en scène. Je n'aime généralement pas les huis-clos et ici, contrairement à "The Voyeurs", on est constamment enfermé dans la sombre maison d'Anna Fox et on devient aussi névrosé qu'elle.

Joe Wright a sans doute signé avec "The Woman in the window" l'un de ses pires films alors qu'il était plutôt prometteur. C'est ni original ni haletant, mais ennuyeux et énervant.