mardi 20 janvier 2026

O agente secreto (2025)

Après le phénomène "Ainda estou aqui" en début d'année dernière, le Brésil est déjà de retour sur le devant de la scène cinématographique mondiale avec le dernier film de Kleber Mendonça Filho (et mon premier). Un nouveau long-métrage récompensé internationalement et ainsi glorifié par le public brésilien. Et c'est encore plutôt mérité.

L'histoire est celle de Marcelo (Wagner Moura, très bien), un ancien chercheur qui revient à Recife après un moment passé à Brasilia, en pleine dictature (1977 plus exactement). Il vient s'y cacher et revoir son jeune fils, envisageant un exil ensemble à l'étranger. Il se fait embaucher aux archives de la Police civile où il espère retrouver des informations sur sa mère. Mais des tueurs à gage sont à sa recherche...

J'aime :

* Le casting. La sobriété toute élégante de Wagner Moura domine une troupe tout à fait hétéroclite mais admirable, avec nombre de bonnes "gueules" de cinéma et surtout parfaitement brésiliennes. Mention spéciale aux personnages de la logeuse Dona Sebastiana, le commissaire Euclides ou encore Augusto le tueur à gage.

* La mise en scène. Kleber Mendonça Filho a un vrai style, avec cette succession de scènes, peu longues (malgré la durée du film), lentes ou rapides, bavardes ou non, comiques ou tristes, mais où il se passe toujours quelque chose, que ce soit utile ou non d'ailleurs ! Tout cela construit autour de son fil rouge sous haute tension. Le cinéaste joue avec ce suspense, l'augmentant ou le diminuant selon ses envies.

* Les décors. La reconstitution du Brésil et du Nordeste en particulier des années 1970 est magnifique, Le grain vintage donné à l'image apporte un plus pour l'authenticité, pour ne pas offrir un résultat trop "propre".

* La bande originale. On a le droit à des chansons brésiliennes mais aussi internationales (Chicago, Donna Summer...) de l'époque, que du bonheur. 

* Le scénario. Je le mets en dernier car, s'il m'a beaucoup plu globalement, c'est ce que je retiens le moins au final. C'est un vrai jeu de fausses pistes - dès son titre - que nous propose Kleber Mendonça Filho. Qui est en réalité Marcelo ? Quel est son but ? Pourquoi est-il persécuté ? Si le cinéaste se donne, comme Walter Salles avec "Ainda estou aqui", une mission de rafraîchissement de la mémoire brésilienne, il y va de manière bien moins directe, plus personnelle voire même poétique, bousculant surtout les codes de narration traditionnelle.

J'aime pas :

* Si le film est long (plus de 2h30), on ne voit pas le temps passer, happés que nous sommes par cette histoire dont on cherche à démêler les fils. Néanmoins, il est rempli de séquences, certes folkloriques (cette visite du tailleur allemand, cette légende de la jambe poilue), mais qui ne font pas du tout avancer le récit. Et je n'ai pas trop apprécié ces scènes dans le présent avec les deux étudiantes qui font des recherches sur l'affaire "Marcelo". J'entends bien l'utilité pédagogique envers le public brésilien, mais je n'ai pas trouvé cela très "cinématographique" et cela tranche trop avec le reste du film et son atmosphère si passionnante. Ainsi, le dénouement m'a quelque peu laissé sur ma faim.

Voir des films brésiliens, et surtout celui-ci, provoque en moi beaucoup de "saudades" car, même s'il se déroule dans les années 1970, peu de choses ont changé en termes d'atmosphère et d'humanité sur place. J'ai donc adoré cette ambiance, ces personnages, mais je reste un peu réservé quant au scénario sur certains aspects décrits plus haut. Néanmoins, parabéns Kleber Mendonça Filho !

jeudi 8 janvier 2026

Wake up dead man : a Knives Out mystery (2025)

Et voici le troisième épisode de la saga Netflix "Knives Out", signée Rian Johnson, qui n'a l'air de ne plus s'occuper que de cela. Une nouvelle troupe de comédiennes et comédiens célèbres est menée par Daniel Craig. Mais c'est l'opus le moins emballant jusqu'ici.

L'histoire est celle de Jefferson Wicks (Josh Brolin, très bien), prêtre charismatique et anticonformiste d'une petite paroisse de Nouvelle-Angleterre, qui finit assassiné dans d'étranges circonstances. Tout a des airs de crime parfait. Face à cette situation, la cheffe de la police locale, Geraldine Scott (Mila Kunis, bien), fait appel à l'incontournable Benoit Blanc (Daniel Craig, bien aussi, mais moins présent) pour résoudre ce mystère. Il sera épaulé par le jeune prêtre Jud Duplenticy (Josh O'Oconnor, très bien aussi), qui était arrivé peu avant afin de succéder au père Wicks.

J'aime : 

* Le casting. La série continue d'attirer les stars puisque, outre Daniel Craig, on retrouve ici autour de lui Mila Kunis et Josh Brolin, déjà cités, mais aussi Glenn Close, Jeremy Renner, Kerry Washington ou encore Andrew Scott. Du solide donc et comme à chaque épisode, qui se prend bien au jeu de ce "Cluedo" filmé.

* Les décors. De nouveau un huis-clos, mais qui ressemble plus au premier opus, avec le charme suranné d'une petite église de Nouvelle-Angleterre (même si tout a été tourné en... Angleterre) et de ses alentours.

J'aime pas :

* Le scénario. Malheureusement, on peine à trouver crédible cette petite communauté de disciples du père Wicks, que ce soit l'avocate, la violoncelliste en fauteuil roulant, le médecin, l'homme politique et l'écrivain raté. En tout cas pas à notre époque et dans une église catholique. Si Wicks avait été un pasteur évangélique, passe encore et c'est un peu ce qu'il est au final. Donc tout cela manque de cohérence et, pire, la plupart de ces suiveurs ne sont même pas suspects, c'est le jeune prêtre qui l'est. Ainsi, c'est comme si les autres personnages ne servaient pas à grand-chose (et certains n'ont même aucune incidence sur l'histoire).

Si on apprécie la critique de la religion - et des réseaux sociaux accessoirement - dans ce nouveau "Knives Out" et un esprit "Agatha Christie" plaisant, on est donc moins conquis par une histoire qui met du temps à se mettre en place, qui est ainsi trop longue (j'ai dû regarder le film en deux fois, c'est rare) et dans laquelle même Daniel Craig (dont l'accent forcé ne m'a pas interpellé cette fois-ci) est quelque peu mis sur la touche durant un bon moment. On espère un rebond de Rian Johnson pour le prochain.

dimanche 4 janvier 2026

Sully (2016)

J'ajoute un film de Clint Eastwood à ma liste de visionnage. Encore un "récent" on va dire. Une période dont je ne suis pas vraiment fan. Avec "Sully", le cinéaste avait l'occasion une fois de plus de célébrer un héros américain, qui plus est sur lequel des doutes ont été émis. Mais c'est moins dérangeant que dans d'autres œuvres.

L'histoire, totalement véridique, est celle de Chesley "Sully" Sullenberger (Tom Hanks, bien), le fameux pilote qui a réussi, en janvier 2009, à poser son avion de ligne sur l'Hudson, à New York, après une panne de ses deux moteurs. Tout cela sans faire aucun mort ni blessé. Malgré cet exploit, une commission d'enquête a tenté de démontrer qu'il s'agissait d'une erreur de pilotage.

J'aime

* Le scénario. C'est une histoire évidemment incroyable et même si l'événement en lui-même n'a duré que quelques heures, il valait certainement ce film. Le scénariste, Todd Komarnicki, a pu allonger son script avec cette commission d'enquête et c'est tant mieux.

* Le casting. La sobriété de Tom Hanks convient parfaitement à l'humble héros qu'est "Sully". S'il est au centre du film, il est entouré de solides seconds rôles dont Aaron Eckhart (qui joue le copilote) ou encore Laura Linney (qui joue l'épouse du pilote). 

* La mise en scène. Clint Eastwood aurait pu en rajouter des tonnes, mais, au contraire, il propose un hommage aussi simple que l'est "Sully", sans aucune longueur (le film dure 1h36). Et même si l'on connaît l'issue, tant de l'accident que des conclusions de la commission d'enquête, il sait infuser un certain suspense, avec un montage habile.

J'aime pas :

* Pas de reproches particuliers à adresser au film même s'il manque forcément, par son réalisme, d'un peu de personnalité.

C'est presque un documentaire que Clint Eastwood offre avec "Sully". Une œuvre qui ressemble au cinéaste surtout pour son goût pour les héros les plus humbles. Peu marquante mais essentielle.