Après le phénomène "Ainda estou aqui" en début d'année dernière, le Brésil est déjà de retour sur le devant de la scène cinématographique mondiale avec le dernier film de Kleber Mendonça Filho (et mon premier). Un nouveau long-métrage récompensé internationalement et ainsi glorifié par le public brésilien. Et c'est encore plutôt mérité.
L'histoire est celle de Marcelo (Wagner Moura, très bien), un ancien chercheur qui revient à Recife après un moment passé à Brasilia, en pleine dictature (1977 plus exactement). Il vient s'y cacher et revoir son jeune fils, envisageant un exil ensemble à l'étranger. Il se fait embaucher aux archives de la Police civile où il espère retrouver des informations sur sa mère. Mais des tueurs à gage sont à sa recherche...
J'aime :
* Le casting. La sobriété toute élégante de Wagner Moura domine une troupe tout à fait hétéroclite mais admirable, avec nombre de bonnes "gueules" de cinéma et surtout parfaitement brésiliennes. Mention spéciale aux personnages de la logeuse Dona Sebastiana, le commissaire Euclides ou encore Augusto le tueur à gage.
* La mise en scène. Kleber Mendonça Filho a un vrai style, avec cette succession de scènes, peu longues (malgré la durée du film), lentes ou rapides, bavardes ou non, comiques ou tristes, mais où il se passe toujours quelque chose, que ce soit utile ou non d'ailleurs ! Tout cela construit autour de son fil rouge sous haute tension. Le cinéaste joue avec ce suspense, l'augmentant ou le diminuant selon ses envies.
* Les décors. La reconstitution du Brésil et du Nordeste en particulier des années 1970 est magnifique, Le grain vintage donné à l'image apporte un plus pour l'authenticité, pour ne pas offrir un résultat trop "propre".
* La bande originale. On a le droit à des chansons brésiliennes mais aussi internationales (Chicago, Donna Summer...) de l'époque, que du bonheur.
* Le scénario. Je le mets en dernier car, s'il m'a beaucoup plu globalement, c'est ce que je retiens le moins au final. C'est un vrai jeu de fausses pistes - dès son titre - que nous propose Kleber Mendonça Filho. Qui est en réalité Marcelo ? Quel est son but ? Pourquoi est-il persécuté ? Si le cinéaste se donne, comme Walter Salles avec "Ainda estou aqui", une mission de rafraîchissement de la mémoire brésilienne, il y va de manière bien moins directe, plus personnelle voire même poétique, bousculant surtout les codes de narration traditionnelle.
J'aime pas :
* Si le film est long (plus de 2h30), on ne voit pas le temps passer, happés que nous sommes par cette histoire dont on cherche à démêler les fils. Néanmoins, il est rempli de séquences, certes folkloriques (cette visite du tailleur allemand, cette légende de la jambe poilue), mais qui ne font pas du tout avancer le récit. Et je n'ai pas trop apprécié ces scènes dans le présent avec les deux étudiantes qui font des recherches sur l'affaire "Marcelo". J'entends bien l'utilité pédagogique envers le public brésilien, mais je n'ai pas trouvé cela très "cinématographique" et cela tranche trop avec le reste du film et son atmosphère si passionnante. Ainsi, le dénouement m'a quelque peu laissé sur ma faim.
Voir des films brésiliens, et surtout celui-ci, provoque en moi beaucoup de "saudades" car, même s'il se déroule dans les années 1970, peu de choses ont changé en termes d'atmosphère et d'humanité sur place. J'ai donc adoré cette ambiance, ces personnages, mais je reste un peu réservé quant au scénario sur certains aspects décrits plus haut. Néanmoins, parabéns Kleber Mendonça Filho !
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