vendredi 24 mai 2013

Mud (2013)

Avec "Take Shelter", Jeff Nichols avait livré une oeuvre minimaliste, mais puissante et "cérébrale". Le voilà de retour avec "Mud", un film doté d'une histoire plus classique, mais non sans passion et chaleur humaine.

Ellis et Neckbone sont deux gamins vivant sur les rives du Mississippi. Un jour, ils repèrent sur une île du delta un bateau perché dans un arbre en raison d'une récente crue. Ils décident d'en prendre possession, mais tombent sur son occupant, Mud (Matthew McConaughey, excellent), un fugitif. Ce dernier, qui a tué le violent petit ami de son ex, Juniper (Reese Witherspoon, très  bien), demande aux deux garçons de l'aide pour pouvoir survivre et retaper le bateau afin de fuir avec. Juniper, qui vit temporairement dans les environs, doit le rejoindre quand les préparatifs seront terminés. Malgré les risques, Ellis et Neckbone décident de venir en aide à Mud...

J'aime : 

* Le scénario. En mode Mark Twain, Jeff Nichols nous entraîne aux confins du Mississippi pour une histoire belle et forte prise du point de vue d'Ellis, le véritable héros du film. Le réalisateur ne s'en tient pas qu'à la relation entre le jeune ado et Mud, tous ses autres liens sont explorés que ce soit avec son fidèle ami Neckbone, ses parents sur le divorce, Juniper ou encore sa petite amie May Pearl. Cette belle aventure n'est pas sans suspense, la tension augmentant avec l'arrivée des malfrats voulant se venger de Mud jusqu'au climax de la scène de fusillade finale.

* Le casting. Il est tout bonnement parfait avec deux enfants formidables et un Matthew McConaughey qui se révèle toujours plus brut et mature, dans un rôle qui rappelle un peu son dernier en date dans "Paperboy" dont l'ambiance poisseuse était un peu similaire. Tous les autres seconds rôles, dont une Reese Witherspoon presque méconnaissable et un Michael Shannon cocasse, sont également admirables.

* L'environnement. La photographie de "Take Shelter" était déjà splendide avec les grands paysages sans fin du Midwest et ses ciels orageux. Le résultat est tout aussi magnifique ici avec les décors marécageux du delta du Mississippi qui inspirent puissance et mystère à la fois, avec une nature indomptable et dangereuse. Ils sont ainsi très bien utilisés, à l'image de ce bateau perché dans un arbre, point de départ du film.

J'aime pas : 

* Deux petits regrets concernant le scénario. Le premier concerne la relation d'Ellis et de May Pearl qui est vraiment très elliptique et qui aurait mérité soit d'être approfondie, soit de ne pas exister. En tout cas, elle nous laisse un peu sur notre faim. De même, le film aurait très bien pu se clore sur la dernière scène d'Ellis plutôt que pour le "happy end" proposé juste après.

"Mud" a donc été pour moi un véritable coup de coeur que je recommande vivement. Après le vibrant "Take Shelter", Jeff Nichols récidive avec une nouvelle oeuvre poignante et prenante de bout en bout, composée avec des acteurs formidables. On ne peut alors que se retrouver tout impatient de voir son prochain film.

dimanche 19 mai 2013

The Jackal (1998)

"The Jackal" fait partie de mes films d'action "madeleine", soit des oeuvres qui ne resteront pas forcément dans les annales du cinéma, mais que j'avais vraiment beaucoup apprécié étant plus jeune. Je me rappelle l'avoir vu plusieurs fois de suite lorsqu'il était passé, à l'époque, sur Canal +. Bref, cela ne veut pas dire non plus que c'est complètement nul, il y a Michael Caton-Jones à la baguette et un bon duel à distance entre Richard Gere et Bruce Willis.

Le "Chacal" du titre (Bruce Willis, qui fait bien le méchant pas commode) est un tueur à gages très dangereux et dont peu de personnes ne connaissent le visage. Il est engagé par la mafia russe qui entend venger la mort de l'un de ses membres, tué dans une opération menée conjointement par la police russe de Valentina Koslova et le FBI de Carter Preston (Sidney Poitier, impeccable). Craignant des représailles sur le sol américain, mais sans connaître la cible de la mafia russe, ce dernier met tout en oeuvre pour traquer le Chacal. Il fait alors appel à deux anciens membres de l'IRA et de l'ETA qui ont cotoyé le tueur : Declan Mulqueen (Richard Gere, pas mal), qui est emprisonné, et Isabella Zanconia (Mathilda May, pas très expressive).

J'aime : 

* Le scénario. Cela s'éparpille parfois un peu trop dans tous les coins, mais on est bien pris par cette traque au Chacal, insaisissable et qui fait régner la terreur partout où il passe. Surtout, le suspense est bien gardé quant à la cible finale du tueur qu'on découvre en même temps que les enquêteurs.

* Le casting. Il y a quand même du lourd, entre Richard Gere et Bruce Willis, qui la jouent loup contre loup, on trouve le sobre Sidney Poitier et un Jack Black un peu égaré. On ne sait pas trop ce que vient faire là Mathilday May, mais c'est pas si mal.

* L'action. On sent qu'il y a du budget devant tant de décors et lieux visités. Cela pétarade pas tant que ça, mais ça suffit amplement avec une grosse scène de fin dans le métro.

J'aime pas : 

* Quelques scènes téléphonées, notamment celles du début avec les vilains russes, et un jeu caricatural, de la part de ceux qu'on vient de citer, mais aussi de Richard Gere, qui se force un peu à faire le bad boy et n'a pas l'air de tellement croire à son rôle, et de Bruce Willis dont la moue de méchant et le changement de moumoute frisent parfois le ridicule.

Comme je le disais en préambule, Michael Caton-Jones n'a pas sorti les film d'action de la décennie avec ce "Jackal", mais cela reste un honnête divertissement, bien réalisé et avec des acteurs qu'on apprécie tout de même bien. Alors ne boudons pas ce plaisir coupable.

samedi 18 mai 2013

Absolute Power (1997)

Il y a plusieurs Clint Eastwood. Celui des débuts, branché western (spaghetti ou américain), que je vénère. Puis l'époque "Dirty Harry" et autres rôles toujours un peu ambigus et tout de même donneurs de leçon. Et depuis une vingtaine d'années, c'est un peu éclectique, il y a du bon et du moins bon, du majeur et du mineur. "Absolute Power" est plutôt en mode mineur, mais fournit un très bon divertissement.

Luther Whitney (Clint Eastwood, très bien) est un vieux cambrioleur chevronné. Avant de se retirer définitivement du marché, il tente un dernier coup dans la propriété d'un proche du président des Etats-Unis, Walter Sullivan. Alors qu'il s'affaire dans une pièce secrète attenante à la chambre des propriétaires, il est contraint de s'y enfermer alors que la femme de Walter Sullivan, Christy, rentre en compagnie d'Alan Richmond, le président (Gene Hackman, toujours parfait en méchant).

Un miroir sans tain lui permet d'assister aux ébats des deux amants, sauf que ça tourne mal. Ils sont éméchés,  Alan Richmond devient violent, elle le blesse avec un coupe-papier et les gardes du corps du président interviennent, tirant sur Christy Sullivan qui meurt sur le coup. La conseillère d'Alan Richmond, Gloria Russell (Judy Davis, bien), décide d'étouffer l'affaire, faisant croire à un cambriolage qui aurait mal tourné. La sécurité du président quitte les lieux en oubliant le coupe-papier ensanglanté. Luther Whitney l'a récupéré au passage avant de quitter lui aussi la maison, mais il est surpris par les gardes du corps d'Alan Richmond qui le pourchassent. Le voleur parvient à s'enfuir et il va alors être traqué aussi bien par ces derniers que par l'inspecteur Seth Frank (Ed Harris, excellent), chargé de l'enquête...

J'aime : 

* Le scénario. Adapté d'un roman, il offre un passionnant jeu du chat et de la souris entre le gentleman cambrioleur, le gentil inspecteur qui finira par se placer de son côté - et on apprécie leur complicité et respect mutuel - et les méchants hommes du président.

* Le casting. Ce n'est pas forcément toujours le cas, mais Clint Eastwood a réuni ici autour de lui de grosses pointures tels que les excellents Gene Hackman et Ed Harris. On s'amuse aussi de voir, dans des seconds rôles, Dennis Haysbert (l'un des deux gardes du corps du président) et Penny Johnson (une inspectrice), le futur couple présidentiel de la série "24".

J'aime pas : 

* Un dénouement un peu trop fluide. Clint Eastwood ne cherche pas vraiment la complexité et l'enquête file assez rapidement - malgré une trop longue scène de crime -, sans énormément de rebondissements.

Avec "Absolute Power", Clint Eastwood signe un bon petit polar, avec un casting impeccable, qui vient lorgner du côté des hautes sphères du pouvoir américain. On aurait aimé un peu plus de complication dans la résolution de l'enquête, mais la mission de divertissement est hautement remplie. C'est déjà ça !

mercredi 8 mai 2013

Free Angela and all political prisoners (2013)

Angela Davis, figure de l'extrême gauche et du mouvement des droits civiques des Etats-Unis, méritait assurément un documentaire. Elle en a déjà eu je crois, mais c'est toujours bon de rafraîchir les mémoires en notre époque qui a souvent tendance à oublier beaucoup de combats justes et sincères. Malheureusement, ce documentaire de Shola Lynch manque de beaucoup de choses.

Le film se confine à la période la plus agitée de la vie d'Angela Davis, soit ses années d'étudiante et le début de sa carrière universitaire en Californie. On découvre une femme de caractère, profondément militante, tentant d'associer plusieurs causes en une: socialisme, féminisme et mouvement noir. Une approche originale qu'elle devra défendre tant bien que mal durant ces années troubles de la fin des années 1960 et du début des années 1970. Mais la jeune militante et son combat seront mis en lumière par son retentissant procès de 1971 durant lequel elle est accusée d'être complice d'une tentative d'évasion meurtrière de trois prisonniers noirs qu'elle soutenait. Après cela, plus rien ne sera pareil pour Angela Davis...

J'aime : 

* Le sujet. Je connaissais finalement peu le parcours d'Angela Davis et, même si avenir post-procès n'est pas raconté dans le documentaire, on en apprend beaucoup sur son enfance et les prémices de son militantisme. Elle incarne une époque particulière et intense de l'histoire contemporaine américaine et c'est fascinant.

* Les intervenants. Ils sont nombreux et solides. Il y a Angela Davis elle-même, mais aussi ses proches, ses avocats et d'autres témoins de choix.

* Les archives. Elles sont riches, beaucoup d'images de cette époque sous tension, du contexte comme des moments de vie d'Angela Davis. Des critiques ont été portées contre l'utilisation de quelques images de fiction (avec la nièce d'Angela Davis dans son rôle) pour montrer des séquences plus intimes à des fins d'illustration, mais je les ai trouvées plutôt jolies (sombres, elles ne laissent pas voir les visages) et peu intrusives d'autant plus qu'elles sont muettes.

J'aime pas :

* Le rythme. Certes, ce n'est pas une fiction, mais c'est tout de même bien lent. Il y a aussi beaucoup de longueurs, notamment le procès qui occupe tout le dernier tiers du documentaire et qui regorge de détails, sans doute trop.

* Les manquements dans le contenu. On en apprend beaucoup certes, mais on en voudrait plus, notamment sur l'après-procès. La réalisatrice nous offre un rapide aperçu de la tournée mondiale qui a suivi, mais c'est beaucoup trop elliptique. Pareil pour l'énorme mobilisation internationale qui a eu lieu pendant son procès et qui est trop rapidement abordée. Ainsi, on ne sait pas bien ce qu'Angela Davis a fait depuis son procès jusqu'à aujourd'hui.

* La bande originale. Très classique, elle n'utilise aucune des grandes chansons composées en l'honneur d'Angela Davis, notamment celles de John Lennon et des Rolling Stones. Il y a peut-être une histoire de droits derrière, mais c'est tout de même bien dommage.

"Free Angela and all political prisoners" est un documentaire nécessaire, de ceux qui doivent exister pour faire connaître le parcours et le combat de personnes aussi importantes et dignes qu'Angela Davis. Malheureusement, lorsqu'il a la chance de passer en salles, on attend un peu plus qu'un film relativement sobre et non exhaustif. Bien, mais peut vraiment mieux faire.