jeudi 6 juillet 2023

Babylon (2023)

Je n'avais encore vu aucun film du prodige Damien Chazelle, principalement par manque d'intérêt et la bande-annonce de sa dernière œuvre me laissait encore des doutes, puis les critiques positives m'ont encouragé à tenter ma chance. Une bonne chose. 

L'histoire est celle de Manuel Torres (Diego Calva, très bien), homme à tout faire d'un grand studio hollywoodien des années 1920, alors encore en plein cinéma muet. Une fête extravagante lui fait croiser deux personnes qui vont compter pour son ambition de faire carrière dans le milieu : Nellie LaRoy (Margot Robbie, excellente), jeune actrice prête à tout pour percer, et Jack Conrad (Brad Pitt, égal à lui-même en positif), déjà une grande star dont la sortie guette alors que le cinéma parlant frappe à la porte d'Hollywood...

J'aime : 

 * Le scénario. Ce n'est assurément pas le premier film à conter l'histoire et les conséquences de la transition du cinéma muet au parlant à Hollywood - je pense notamment à "Sunset Boulevard" ou encore plus récemment "The Artist", mais Damien Chazelle offre un regard plus ample, presque encyclopédique. Sans aucun classicisme pour autant, il salue le travail des équipes de tournage de l'époque (du cinéaste au simple employé de plateau) et pimente le tout avec l'évocation des grandes fêtes et de la vie débridée d'alors. Et c'est passionnant. 

* Le casting. C'est tout à l'honneur d'avoir sorti du presque "anonymat" Diego Calva, qui semble découvrir en même temps que son personnage les fastes d'Hollywood. Il est remarquablement entouré de la splendide Margot Robbie - dans un rôle qui aurait dû revenir à Emma Stone et on pense d'ailleurs beaucoup à elle quand on voit le personnage - et de ce roi des cabotins (dans le bon sens) de Brad Pitt. Sans compter une foule de rôles secondaires admirables. 

* La reconstitution. On en prend plein les yeux et cela commence fort avec cette fête incroyable donnée dans un château californien avec un éléphant en guise d'attraction. A l'image de ces événements où on dirait que tout est permis, on dirait que Damien Chazelle a lui aussi eu tous les moyens pour s'offrir sa vision rêvée du cinéma de l'époque. Les scènes de tournage sont tout aussi épiques. 

* La bande originale. C'est le compère et compositeur attitré du cinéaste, Justin Hurwitz, qui signe une superbe musique. A l'image de ce que Damien Chazelle a voulu montrer sur l'écran, une époque lointaine avec une vision moderne, le musicien a lui aussi donné un vrai coup de jeune aux sons jazzy et classiques des années folles. C'est brillant.

J'aime pas :

 * Je n'ai rien contre les longs films quand tout est justifié. Mais cela reste rare et on peut regretter ici la troisième heure, soit une partie finale où on a l'impression que Damien Chazelle ne savait pas tellement comment terminer son film. Cela s'étire sans raison et le medley cinématographique final est aussi artificiel que maladroit, concluant l'histoire comme un cheveu sur la soupe. 

Bravo à Damien Chazelle pour avoir su montrer la grandeur et la décadence du Hollywood des années 1920-1930 avec autant de panache. Visuellement et musicalement, c'est magnifique, avec une mise en scène dynamique. Mais ce passionné et vibrant hommage est quelque peu gâché par une conclusion peu convaincante.

lundi 3 juillet 2023

Everything Everywhere All at Once (2022)

Je n'étais pas spécialement attiré par ce film des Daniels, mais les commentaires autour, souvent positifs, m'ont poussé à lui donner sa chance (dans un trajet en avion, pas l'idéal). 

L'histoire est celle d'Evelyn (Michelle Yeoh, excellente), qui tient une laverie avec son mari Waymond (Ke Huy Quan, très bien). Mais ce dernier veut divorcer et leur établissement est visé par l'IRS. Ajoutées à cela la présence encombrante du père d'Evelyn (James Hong, bien) et l'homosexualité de leur fille Joy (Stephanie Hsu, pas mal) qu'Evelyn a bien du mal à accepter. La mère de famille est au bord de l'implosion lorsqu'une expérience à la fois étrange et extraordinaire va lui tomber dessus...

J'aime :

* Le casting. De plus en plus de grosses productions font appel à des castings à majorité d'origine asiatique et c'est tant mieux. Michelle Yeoh est formidable dans le rôle d'une mère au bord de la crise de nerfs avant de découvrir qu'elle peut se transformer dans un type de personnage que l'actrice maîtrise déjà excellemment. On est aussi ravi de retrouver Ke Huy Quan qui a bien grandi depuis ses rôles mythiques, alors enfant, dans les Goonies et Indiana Jones. Jolie prestation également pour l'inusable James Hong et Jamie Lee Curtis en intraitable employée de l'IRS. 

* La mise en scène. Comme Evelyn, on est projeté d'un univers à un autre à un rythme effréné, surpris à chaque fois par les idées follement drôles et originales proposées par les Daniels. 

* Les effets spéciaux. Déjà dans "Swiss Army Man" (que je n'ai pas encore vu malheureusement), le duo de réalisateurs donnait à voir des scènes d'action totalement inattendues et fort bien réussies visuellement. Rebelote ici. 

J'aime pas :

* Le scénario. Si on est donc épaté par la folie du multivers imaginé par les Daniels, l'histoire de base, qui met du temps à s'emballer, n'est pas très passionnante. Le film est sans doute aussi trop long. 

On ne peut que saluer la bravoure de Daniel Kwan et Daniel Scheinert de présenter des films plus fous et originaux les uns que les autres, servis par de très bons acteurs qui ont l'air de bien s'amuser. Néanmoins, la pluie d'Oscars reçue est sans doute exagérée et a aussi à voir avec la faiblesse de la concurrence cette année-là.