lundi 29 avril 2024

Bon Schuur Ticino (2024)

C'est possiblement le premier film 100% suisse que je vois. Difficile de passer à côté de la comédie helvétique de l'année signée Peter Luisi. Un gros carton dans tout le pays. 

L'histoire est celle de Jeannot Bachmann (Beat Schlatter, très bien), qui mène à bien une initiative populaire fédérale afin que le français devienne l'unique langue principale en Suisse. Si le pays entier s'y soumet, un seul canton, le Tessin italophone, se montre résistant. Un duo de policiers fédéraux, l'alémanique Walter Egli (Beat Schlatter aussi, toujours aussi bien) et le romand Jonas (Vincent Kucholl, pas mal), est alors envoyé à Locarno pour démanteler un réseau de résistance...

J'aime :

* Le scénario. Mais encore une fois, si l'idée originale est vraiment géniale, elle n'est pas assez exploitée je trouve.

* Le casting. Il permet ainsi de réunir des comédiens des différentes régions linguistiques avec le Suisse allemand Beat Schlatter, qui assure dans deux rôles distincts, la sympathique Tessinoise Catherine Pagani et le Romand Vincent Kucholl, très connu dans son territoire francophone, mais qui en fait un peu des caisses.

* L'humour. Une Suisse entière qui doive se mettre au français (ou même à l'allemand), cela ne peut que donner lieu à des situations drôles tellement les parties germanophones et francophones sont antagonistes linguistiquement. Et on rit beaucoup des gags visuels ou non imaginés par Peter Luisi et Beat Schlatter (aussi scénariste). On aurait donc préféré un film jouant avant tout là-dessus, même si l'idée d'un Tessin désirant faire sécession n'est pas mal non plus.

J'aime pas :

* Quel dommage que cette initiative "No Bilingue" ne serve uniquement de base à une comédie d'action légère (et parfois lourdingue) et bien trop prévisible. Elle a le mérite de ne pas être trop longue.

Succès national attendu et mérité quand même pour "Bon Schuur Ticino" qui, grâce à la comédie, réunit, à travers ses différences, tous les Suisses. Mais une bonne pointe de déception quant à la manière dont est exploité un chouette sujet. 

lundi 22 avril 2024

Yannick (2023)

Ces dernières années, Quentin Dupieux enchaîne les films, parfois plusieurs en moins de douze mois. Ses formats courts et sans grand budget aident à cela. C'est le cas de "Yannick", tourné en quelques jours. 

L'histoire est celle de Yannick (Raphaël Quenard, très bien), modeste gardien de nuit de Melun, venu assister à une pièce de boulevard à Paris pour se changer les idées. Le spectacle proposé est si mauvais qu'il décide de se lever et de l'interrompre afin d'exprimer son mécontentement. Malmené par les comédiens de la pièce et les autres spectateurs, Yannick prend alors la salle en otage...

J'aime :

 * Le casting. Il ne va pas être étonnant de voir désormais Raphaël Quenard partout tellement il crève l'écran avec son bagout et sa grande silhouette. C'est un presque un one-man-show ici que lui offre Quentin Dupieux, après des rôles secondaires dans deux de ses films précédents. Il est bien accompagné par le reste de la distribution dont Pio Marmaï et Blanche Gardin. 

* Le scénario. L'idée originale est excellente, pas totalement surréaliste pour une fois de la part du cinéaste. D'ailleurs, c'est son premier film "réaliste" si l'on peut dire, avec une histoire, bien que comportant évidemment des éléments absurdes, cohérente de bout en bout. 

J'aime pas :

* Bien que court (à peine plus d'une heure), le film recèle tout de même quelques longueurs qui nous feraient bien autant râler que le vieux spectateur de la pièce. Car tout n'est pas si drôle que ça.

"Yannick" étant un huis clos, l'un des styles que j'apprécie le moins car cela finit toujours par m'ennuyer, j'ai forcément des choses à redire. Si je m'attendais à mieux, le film de Quentin Dupieux est néanmoins sympathique avec un génial Raphaël Quenard. 

jeudi 11 avril 2024

Anatomie d'une chute (2023)

J'ai enfin vu la Palme d'or 2023 (entre autres) de Justine Triet, qui a tant fait couler d'encre, moins pour son contenu que pour un simple discours de cette dernière à Cannes. Je m'en voulais de l'avoir raté au cinéma, ce fut donc dans un avion. Pas plus mal, les critiques unanimement (ou presque) dithyrambiques me questionnant. 

L'histoire est celle de Sandra Voyter (Sandra Hüller, très bien), dont le mari meurt après une chute de leur chalet à la montagne. Meurtre, suicide ou accident ? Il n'y a aucun témoin, en dehors de leur fils, Daniel (Milo Machado-Graner, bien), qui a retrouvé le corps de son père. Devant le mystère, sa mère est suspectée et un procès s'ouvre...

J'aime :

* Le scénario. Moins pour son intrigue en elle-même, pas bien passionnante, que pour l'aspect réaliste et documentaire sur la justice française revendiqué par ses auteurs, Justine Triet et Arthur Harari.

* Le casting. Actrice du moment, l'Allemande Sandra Hüller est impeccable dans ce rôle quasiment trilingue et le jeune Milo Machado-Graner s'en tire bien aussi dans une partition compliquée, d'autant plus qu'il doit aussi jouer un handicap. Belle prestation également des deux avocats opposés (Swann Arlaud et Antoine Reinartz). Seul bémol selon moi, mais son apparition ne dure que le temps d'un (long) flashback, Samuel Theis, qui joue le mari de Sandra Voyter, peu à l'aise dans une scène entièrement en anglais.

J'aime pas :

* Le rythme. Non seulement c'est long (2h30), mais les scènes hors enquête ou procès, et le flashback encore plus, même si sans doute nécessaires, plombent assez le film. Et le morceau "phare" du film, joué par le mari avant sa mort, qu'on écoute fort et en boucle à plusieurs moments, est infernal (et donne effectivement des envies de meurtre !).

On est bien évidemment ravi de tous les prix, notamment à l'étranger, remportés par "Anatomie d'une chute", mais, bien que très intéressant et joué, le film de Justine Triet ne nous semble pas non plus très différent, dans son intrigue, qu'un (très) bon téléfilm policier de FranceTélévisions. Et loin d'être plus fastueux cinématographiquement parlant.

vendredi 5 avril 2024

Priscilla (2024)

Après "Elvis", "Priscilla". Mais Sofia Coppola est à l'extrême opposé de Baz Luhrmann en termes stylistique et cela convient bien aussi à la vie de son héroïne, dans l'ombre constante de son rocker de mari.

L'histoire est donc celle de Priscilla Beaulieu (Caillee Spaeny, pas mal), de sa rencontre en Allemagne avec Elvis Presley (Jacob Elordi, sans plus), en 1959, jusqu'à leur séparation en 1973, après des années d'ennui à vivre cachée ou presque à Graceland.

J'aime :

* Le scénario. Il est fidèlement adapté de l'autobiographie de Priscilla Presley, qui fait partie de la production. Néanmoins, pour une fois, on ne sent pas que le récit a été édulcoré ou romancé, tant on tend à croire la protagoniste principale. D'ailleurs, Elvis Presley n'apparaît pas spécialement non plus comme un monstre, juste une rock star de son époque (Cynthia Lennon a vécu une situation assez similaire avec John Lennon, mise à l'écart pour ne pas que les fans ne sachent que la vedette est en couple et s'en désintéressent). "Elvis" montre qu'il est lui-même victime du Colonel Parker (quasiment absent ici).

* La reconstitution. Tout comme la mise en scène, elle n'a rien à voir avec le film de Baz Luhrmann, bien plus sobre et tout aussi soignée, voire mieux.

J'aime pas :

* Le casting. Les acteurs ne sont pas mauvais, mais, au vu des photos, Caillee Spaeny fait légèrement moins mature que le personnage qu'elle incarne (et la différence d'âge choque vraiment pour le coup), et Jacob Elordi manque singulièrement de charisme. 

* La bande originale. Comme pour "Marie Antoinette", Sofia Coppola joue avec une partition parfois plus contemporaine, mais le problème principal est l'absence de la moindre chanson du "King". Choix volontaire ou non, c'est tout de même un manque majeur.

* Le film est plutôt long, mais passe trop rapidement sur les circonstances de l'attirance d'Elvis pour Priscilla. Comme tout est montré du point de vue de cette dernière, on ne comprend pas vraiment en quoi elle lui a plu. Coup de foudre ou plus? On aurait préféré que Sofia Coppola s'attarde un peu plus sur cet élément, pour couper dans les nombreuses scènes d'ennui et de frustration à Graceland. 

Dans la même veine que "Marie Antoinette", la cinéaste a voulu mettre en lumière une icône féminine qui valait bien plus que ce qu'on sait d'elle. Si cet aspect-là, et ce témoignage historique, est intéressant et bien rendu, on regrette ici une œuvre un peu trop sage, à l'image de son casting et de ses omissions.