mardi 25 février 2025

Jouer avec le feu (2025)

Des raisons personnelles font que j'ai été voir ce film des sœurs Coulin. C'est le premier de leur filmographie que je vois. Il y avait beaucoup de potentiel, mais...

L'histoire est celle de Pierre Hohenberg (Vincent Lindon, très bien), cheminot veuf de Metz qui élève donc seul ses deux fils, Félix dit "Fus" (Benjamin Voisin, excellent bien qu'un peu trop démonstratif) et Louis (Stefan Crepon, bien). Si la petite famille est socialement de gauche, l'aîné se met à fréquenter une bande de skinheads, basculant dans une violence qui va bouleverser sa vie et celle des siens...

J'aime :

* Le casting. C'est rare mais il n'y a aucune femme dans un rôle important, même secondaire, dans ce film. C'est donc à un trio masculin auquel nous avons affaire et il est de grande qualité. Vincent Lindon est une valeur sûre et il a remporté un prix à Venise pour sa performance. Il y a une belle alchimie avec ses deux fils du film, Benjamin Voisin et Stefan Crepon, eux-mêmes déjà bien complices aussi dans la vie. Le premier est le plus impressionnant, aussi "physique" que charismatique, mais avec certes une petite tendance à "trop" en faire.

* Le scénario. Adapté d'un roman de Laurent Petitmangin, il est intéressant car parfaitement ancré dans l'actualité politique française et cette montée inéluctable de l'extrême droite. Et ce d'autant plus dans les milieux ouvriers, traditionnellement de gauche. Ce n'est certes pas un phénomène nouveau, mais il n'a pas été souvent traité au cinéma. Néanmoins, on regrette l'absence de mise en contexte pour comprendre le basculement de "Fus" dans ce monde, on est juste mis devant le fait accompli, comme son père.

* L'environnement. J'aime bien les films qui sortent de Paris ou des grandes villes connues pour se dérouler dans des régions moins mises en avant, ici la Lorraine et Metz. Certes, on ne voit rien pour autant de la ville (en dehors de son stade), mais il y a une atmosphère différente. Et évidemment, c'est une région, comme le Nord, particulièrement touchée par ce changement de vote. 

J'aime pas : 

* La mise en scène. Les réalisatrices ont fait le choix de filmer une grande partie de leur métrage en gros plan, il y a très peu de plan large. Lindon et ses compères ont certes de bonnes "gueules" de cinéma, mais ce rapprochement omniprésent finit par être oppressant. 

* Les dialogues. Avec le point du scénario évoqué plus haut, c'est ce qui m'a le plus déçu. Les confrontations père-fils, notamment, sont sommaires et répétitives, les arguments des uns et des autres pauvres (ils ne sont pas censés être des intellectuels non plus mais on aurait aimé une évolution constructive au fur et à mesure du film, qui donne à réfléchir). Alors que le monologue final de Vincent Lindon est, lui, bien mené. 

J'attendais donc beaucoup de "Jouer avec le feu", servi par un trio d'acteurs admirable, mais il m'a finalement laissé sur ma faim en raison de sa mise en scène et de son contenu propre, difficilement convaincant.

jeudi 13 février 2025

Ainda estou aqui (2025)

Walter Salles est un réalisateur phare au Brésil, même s'il n'avait plus tourné depuis plus de dix ans, mais je n'avais encore jamais vu aucun de ses films. Je me rattrape avec son dernier en date, véritable phénomène dans son pays en raison des récompenses attribuées internationalement.

L'histoire (vraie) est celle de l'ancien député de gauche Rubens Paiva (Selton Mello, très bien) qui, après plusieurs années d'exil à la suite du coup d'Etat militaire au Brésil, est revenu vivre à Rio au début des années 1970 avec sa femme, Eunice (Fernanda Torres, excellente), et ses enfants. Mais la dictature est toujours en place et surveille ses agissements...

J'aime :

* La reconstitution. En dépit évidemment de la dictature, cette vie bourgeoise au bord de la plage de Leblon au début des années 1970 a quelque chose d'assez idyllique. Il y a une atmosphère, qui existe encore un peu de nos jours, qui est parfaitement rendue, que ce soit dans le mode de vie, le style vestimentaire ou encore la musique (on y reviendra).

* La bande originale. Il n'y a pas que la Bossa Nova au Brésil. A cette époque, elle a déjà laissé place au Tropicalisme et à la MPB. Et c'est un bonheur à écouter. Sans oublier, pour ma part, les nombreuses références aux Beatles. 

* Le casting. Fernanda Torres, plutôt habituée aux comédies, crève ici l'écran dans ce rôle de mère courage dont la vie va être bouleversée par l'arrestation de son mari. Et c'est toute cette famille Paiva qui est magnifiquement interprétée (même si on se perd un peu dans les plus grandes filles, ressemblantes). 

* Le scénario. Basé sur l'autobiographie du fils Paiva, Marcelo, devenu plus tard écrivain à succès, il est passionnant, d'autant plus qu'il me semble que peu de films sur la dictature ont réussi à franchir les frontières du Brésil et qu'il permet aussi bien de rafraîchir la mémoire des Brésiliens que d'informer le reste du monde sur cette sombre période, souvent laissée de côté car elle n'a pas été aussi sanglante qu'au Chili ou en Argentine. Mais j'ai des réserves sur le dernier tiers du film.

* La mise en scène. Sous ses airs de chronique familiale, Walter Salles instille subtilement la dureté et la violence de la dictature. Elle est là dès l'introduction du film, mais le cinéaste nous la fait oublier quelque peu par la suite lorsque nous suivons le quotidien relativement joyeux de cette famille. Et la tension finira par revenir peu à peu jusqu'à ne plus nous lâcher. Même si Walter Salles n'a pas cherché non plus à nous montrer la violence directement, comme des scènes de torture par exemple, préférant la suggestion et la pression psychologique, toutes aussi impressionnantes.

J'aime pas :

* Ainsi, je n'ai pas vraiment aimé le dernier tiers du film, contant de manière elliptique le reste de la vie d'Eunice Paiva après qu'elle a décidé de partir s'installer à São Paulo avec ses enfants. La cassure est brutale et j'aurais préféré avoir plus d'éléments sur sa reconversion en avocate des peuples autochtones du Brésil plutôt que cette fin relativement longue et "documentaire" malgré quelques jolies scènes.

Le succès de "Ainda estou aqui" est ainsi largement mérité, notamment pour ce qu'il met en lumière, mais aussi pour cette très jolie, même si tragique, histoire familiale. Parabéns Walter Salles !

samedi 1 février 2025

La Cité de la peur (1994)

Je crois qu'on n'a pas vu comédie plus culte en France que le film des Nuls depuis sa sortie, hormis peut-être l'Astérix d'Alain Chabat (encore lui) ou les OSS (d'un copain des Nuls). Réalisé par Alain Berbérian, il casse toujours la baraque, même après un énième visionnage. 

L'histoire est celle d'Odile Deray (Chantal Lauby, très bien), attachée de presse dans le milieu du cinéma, qui tente de promouvoir le film d'horreur "Red is dead" au festival de Cannes. Le premier jour de projection est un désastre critique et, pour couronner le tout, le projectionniste est assassiné. Un fait divers qui va offrir au film une publicité rêvée...

J'aime :

* Le casting. Les Nuls (Chantal Lauby, Alain Chabat et Dominique Farrugia) sont plus "Nuls" que jamais, avec une préférence pour les deux premiers, Chantal Lauby étant jamais aussi drôle que quand elle se prend au sérieux au milieu de situations toutes plus absurdes les unes que les autres, et Alain Chabat en faisant des tonnes dans son rôle de gros bras. Et puis le film pullule évidemment de rôles secondaires (Gérard Darmon dans son meilleur rôle ?) et d'invité(e)s plus connus (à l'époque) les un(e)s que les autres.

* L'humour. Il concentre tout ce qui faisait la force des Nuls : de la parodie, des gags visuels, des jeux de mots, des scènes idiotes... le cocktail est équilibré et détonnant, laissant des répliques cultes encore dans les mémoires aujourd'hui.

* Le scénario. La chasse au "serial killer" à travers Cannes et son festival est haletante comme jamais, se déroulant sur un bon rythme ne laissant jamais place à l'ennui (le film n'est pas très long par ailleurs). 

* Les décors. Le métrage restitue bien l'atmosphère de la ville lors de l'événement en se moquant gentiment de son élitisme.

* La bande originale. Elle est plutôt sympa avec en point d'orgue bien sûr "La Carioca" d'Alain Chabat et Gérard Darmon.

J'aime pas :

* Je crois que le seul running gag qui ne me fait plus rire aujourd'hui est quand le personnage de Simon Jérémi vomit à chaque fois qu'il est content. C'est un peu lourdingue.

Avec "La Cité de la peur", les Nuls ont parfaitement réussi à passer le cap du film après avoir brillé à la télévision avec leurs sketchs. Cela n'arrive pas toujours (on se souvient des Robins des Bois par exemple, même si j'avais plutôt aimé leur film), donc on ne peut que se féliciter qu'ils restent ainsi une référence de l'humour en France.