dimanche 31 mars 2013

Fantastic Mr Fox (2010)

Deux ans après son "Darjeeling Limited", Wes Anderson surprenait en s'attaquant au film d'animation, reprenant le livre pour enfant de Roald Dahl, "Fantastic Mr Fox". Au départ, j'ai raté un peu volontairement ce film au cinéma, car je pensais que cela serait vraiment loin du style du cinéaste, peut-être trop enfantin. Je l'ai acquis plus tard en DVD et j'ai vraiment regretté de ne pas être allé le voir, parce que nous avons de nouveau droit à un petit bijou.

Le "fantastique" M. Fox (voix de George Clooney, splendide) est donc un renard qui sévit sur les poulaillers de sa région jusqu'à ce que sa femme (voix de Meryl Streep, très bien) tombe enceinte et lui demande d'arrêter cette vie risquée. M. Fox devient alors journaliste, mais s'ennuie terriblement. Son déménagement d'un terrier à un arbre lui sied mieux et, toujours aussi roublard, il décide de s'en prendre, accompagné de son ami Kylie, aux trois puissants fermiers qui font face à sa maison : Bean, Boggis and Bunce. Mal lui en prend puisque ces trois derniers répliquent avec la grosse artillerie en terrassant sa maison. M. Fox, sa femme, son fils (voix de Jason Schwartzmann, chouette), Kylie et tous leurs amis animaux sont menacés et vont devoir errer sous terre... 

J'aime : 

* Le casting vocal. Un film d'animation n'a pas toujours besoin de cela pour être de qualité, mais là, c'est une magnifique plus-value. George Clooney notamment est grandiose dans son interprétation de M. Fox avec toute la roublardise qu'on lui connaît et on aimerait tant le voir en action dans un prochain film de Wes Anderson. Jason Schwartzmann également apporte une excellente performance au fils de M. Fox, dénigré par son propre père et qui a tellement envie de briller. Et cela a beau être un film d'animation, le cinéaste a donc convié avec lui d'autres comparses tels que Bill Murray, Willem Dafoe, ou encore Adrien Brody. Autant dire qu'il ne pouvait pas se rater.

* Le scénario. Wes Anderson, assisté de Noah Baumbach, a parfaitement adapté à son style l'histoire originelle de Roald Dahl. Le cinéaste y a apporté tout son art des dialogues et de l'action comique. Il s'adresse toujours tout de même à un public adulte, mais il met ici un rythme bien plus effréné que ses films en général, comme s'il voulait aussi capter l'attention des plus jeunes jusqu'au bout.

* L'animation, image par image. On ignore si le projet originel avec Henry Selick se reflète ici, mais visuellement, c'est splendide. Les personnages, sous forme de marionnettes, sont très beaux, bien vêtus. D'autant plus que Wes Anderson ne s'arrête pas devant ce changement radical de mise en scène pour y apporter ses fameux travellings, cadrages précis et autres gros plans caractéristiques.

* La B.O.. Moins de chansons, mais toujours que du bon, avec notamment les Rolling Stones, les Beach Boys et même Jarvis Cocker himself. Pour le reste, une partition musicale de toute beauté écrite par le désormais renommé Alexandre Desplat.

J'aime pas : 

* Difficile de trouver des défauts au film. Là, comme ça, je n'en trouve pas !

Au vu de ses précédents films, parfois proches du cartoon (notamment "The Life Aquatic" et ses fabuleuses scènes sous-marines), Wes Anderson était fait pour mettre un pied dans l'animation. L'essai est magistralement réussi avec ce délicieux "Fantastic Mr Fox", dans lequel on retrouve, même si l'histoire n'est pas de lui, tous les codes graphiques et scénaristiques du cinéaste (aventure et relations familiales). S'il peut apparaître "mineur" en raison de son genre, ce film tient pourtant toute sa place parmi les oeuvres de Wes Anderson. Du grand art !

dimanche 24 mars 2013

The Darjeeling Limited (2008)

Après le fabuleux "Life Aquatic", j'attendais encore du lourd de la part de Wes Anderson. "The Darjeeling Limited" n'est cependant pas aussi drôle, mais joue plus la carte émotionnelle et le cinéaste poursuit son oeuvre avec un film somptueux et magnifiquement interprété.

Il est précédé d'un court-métrage ("Hôtel Chevalier"), sorte de prologue, mettant en scène un personnage, Jack Whitman (Jason Schwartzman, très bon), que l'on retrouvera dans le long-métrage à suivre. Il se trouve dans un hôtel parisien à s'ennuyer quand son ex-petite amie (Natalie Portman, radieuse) débarque à l'improviste. Et les retrouvailles sont chaleureuses... Puis nous pouvons ensuite partir sur "The Darjeeling Limited". Après l'odyssée maritime sur le "Belafonte", on repart pour un voyage épique qui sera cette fois en train et à travers l'Inde.

Le nom du film correspond à celui du train qui doit emmener les trois frères Whitman, Jack, Francis (Owen Wilson, excellent en maniéré insupportable) et Peter (Adrien Brody, tout aussi que les deux autres), retrouver leur mère (Anjelica Huston, toujours très bien) qui s'est retirée dans un couvent au fin fond du pays. L'expédition a été organisée par Francis qui veut ressouder sa fratrie un an après la mort de leur père. Mais, évidemment, rien ne va se dérouler comme prévu, notamment à cause des chamailleries des trois frères...

J'aime : 

* Un nouvel univers quasi omniprésent durant tout le film : un voyage en train à travers l'Inde. Après le bateau, c'est ce nouveau véhicule dont on va connaître les moindres recoins, des cabines au wagon-restaurant. Il est évidemment magnifique et s'insert avec beauté dans les splendides décors désertiques indiens.

* Le casting. Peut-être légèrement moins fourni (et encore) que les précédents, "The Darjeeling Limited" voit l'intronisation parfaite d'Adrien Brody (et de Natalie Portman, un peu) parmi la troupe de Wes Anderson qui nous ramène avec délice Owen Wilson, Jason Schwartzmann, Anjelica Huston et même Bill Murray dans une introduction drôlement géniale.

* Le style Wes Anderson. On se répète à chacun de ses films, mais là encore, le cinéaste nous régale de ses travellings (notamment ceux au ralenti, encore plus présents ici) et autres mouvements de cadre au cordeau. Ses images, sa photographie, sont des bijoux.

* La B.O.. Les Kinks, les Rolling Stones... et quelques morceaux indiens bien sentis pour composer un accompagnement musical aux petits oignons.

* Le scénario. Après Steve Zissou et sa quête inébranlable du requin-jaguar, c'est ici Francis Whitman qui veut absolument réunir ses frères et les emmener voir leur mère qui s'est évaporée dans la nature indienne. Il y croit dur comme fer, allant jusqu'à être particulièrement loufoque et agaçant. Le reste de la galerie de personnages, on ne peut plus liés par le sceau sacré de la famille, est une fois de plus très bien trouvé, s'ébouriffant à l'aide de dialogues drôles, fins et piquants.

J'aime pas :

* Comme je le disais en préambule, Wes Anderson dresse ici une histoire aux contours plus profonds que son précédent film, plus axé sur un délire cocasse. Ici, le délire est rempli d'une mélancolie et d'une tendresse beaucoup plus prononcées. Ce n'est pas forcément un défaut, mais ça manque parfois d'un peu de gags.

Il n'y a pas à hésiter, il faut embarquer une fois de plus à bord du fabuleux voyage concocté par Wes Anderson. Sa folie douce, filmée avec une précision d'orfèvre, est un régal et dès que la fin approche, on attend qu'une chose : prendre un billet pour la prochaine oeuvre ! Cela tombe bien, elle arrive bientôt...

mardi 12 mars 2013

Mississipi Burning (1988)

Allez, petit retour 25 ans en arrière pour un film brûlot d'un cinéaste engagé, Alan Parker. Bon, il n'a pas réalisé que des chefs d'oeuvre, mais "Mississipi Burning" est un film qui compte dans la dénonciation forcenée de la ségrégation raciale qui a dominé le sud des Etats-Unis jusque dans les années 1960.

Alan Parker se sert d'une histoire vraie pour appuyer son récit. En 1964, trois jeunes militants des mouvements de défense des droits civiques, deux blancs et un noir, sont assassinés dans l'Etat du Mississipi par des membres du Ku Klux Klan. Deux agents du FBI, l'expérimenté et local Rupert Anderson (Gene Hackman, excellent) et le jeune perfectionniste et idéaliste Alan Ward (Willem Dafoe, jeunot et déjà très bon) sont envoyés sur place pour enquêter sur leur disparition.

Très vite, ils se heurtent, en pleine ségrégation raciale, à la mauvaise volonté des autorités locales et des habitants blancs, tandis que les noirs refusent de les aider, par peur des représailles. Alan Ward décide alors d'employer tous les moyens dont il dispose afin de faire la lumière sur le crime, déclenchant une véritable guerre civile avec le Ku Klux Klan...

J'aime : 

* Le scénario. Alan Parker ne fait pas durer longtemps le suspense, on sait dès la première scène ce qu'il s'est passé. Mais il est alors passionnant de voir comment nos deux agents vont réussir à boucler leur enquête, les obstacles étant légion.

* Les décors. La reconstitution du Sud ségrégationniste des Etats-Unis est précise et implacable, montrant cette hallucinante séparation des communautés de couleur parfaitement institutionnalisée et le harcèlement criminel systématique du Ku Klux Klan envers les noirs, allant jusqu'à brûler leurs églises.

* Le casting. Particulièrement notre duo d'enquêteurs, joués par les excellents Gene Hackman et Willem Dafoe, chacun avec leur méthode, leur point de vue et leurs espérances. Les seconds rôles, dont Frances McDormand et qques autres acteurs connus pour leurs seconds rôles justement, sont tous également à la hauteur.

J'aime pas : 

* C'est par l'intermédiaire du FBI que le Ku Klux Klan et la ségrégation sont dénoncés et déracinés (localement), mais, même si on croit bien que tout le pays n'était pas d'accord avec ce mouvement, on a un peu de mal à imaginer une institution fédérale se battre aussi vigoureusement, avec tous les renforts possibles, et avec tant d'idéalisme contre ces honteux démons.

"Mississipi Burning" remplit donc parfaitement ses deux missions : celle du divertissement avec une enquête passionnante et plus complexe qu'il n'y paraît et celle du message pour la tolérance et contre le racisme dans un pays, les Etats-Unis, qui a, comme beaucoup d'autres, parfois du mal à faire entièrement table rase du passé et admettre la vérité. Merci Alan Parker.

dimanche 10 mars 2013

Cherchez Hortense (2012)

Et rebelote avec un autre film français, par un réalisateur plutôt discret, Pascal Bonitzer. Sa dernière oeuvre, "Cherchez Hortense", a tout du film bobo/parisien/intello de chez nous, mais on a au moins ce savoir-faire que j'aime bien. Parce que c'est fin, drôle et joli à la fois.

Damian Hauer (Jean-Pierre Bacri, fidèle à lui-même, excellent) est prof de civilisation asiatique pour des entreprises. Son père, Sébastien (Claude Rich, savoureux), a une haute-fonction au Conseil d'Etat et c'est ainsi que sa femme, Iva (Kristin Scott Thomas, très bien), fait pression sur lui pour qu'il lui demande d'intervenir en faveur d'une sans-papiers serbe, Zorica. Damian va alors tergiverser, entre les difficultés à voir son père, les problèmes personnels de ses amis proches, les tromperies de sa femme et son intérêt croissant pour la jolie Aurore (Isabelle Carré, bien)...

J'aime : 

* Le casting. Ce qui fait la force de ce genre de films, avec une histoire relativement simple, c'est sa galerie de personnages, composés avec bonheur et malice par les comédiens qui les incarnent. Je suis très fan de Jean-Pierre Bacri évidemment. Certes, il joue toujours un peu le même rôle de type bougon et pas très adroit, mais c'est comme ça qu'on l'aime au fond. Cela fait un peu bizarre de voir Claude Rich camper son père, et pourtant la différence d'âge (23 ans) est plausible. Il est ici délicieux en élite de la nation constamment occupée, imbue de sa fonction et surtout bien peu préoccupée par l'existence des autres et notamment de ses proches. On apprécie toujours Kristin Scott Thomas, très bien en metteuse en scène elle aussi débordée, volage et finalement malheureuse. Mention également au jeune comédien qui joue le fils Hauer. Il ne ressemble pas du tout à ses parents, mais joue très bien le gamin insolent et déjà très autonome.

* L'histoire. La quête de Damian Hauer, le fil rouge du film, ne va pas chercher bien loin, certes, quoique "Hortense" se laisse désirer, mais elle vaut par ses détours, ses obstacles, ses révélations et autres quiproquos. Ce que j'aime donc dans ce genre de films, c'est la valse des personnages autour d'elle, qui aboutit à une conclusion malgré tout bien lointaine de son point de départ.

* L'atmosphère et les dialogues. J'aime aussi, dans ce type de films, cette ambiance cosy, avec des gens intelligents, qui ont de la répartie, permettant logiquement des dialogues subtils et piquants à la fois. C'est très bien écrit et c'est hautement appréciable tant beaucoup de comédies françaises sont insipides et plates, notamment parce qu'elles sont mal écrites.

J'aime pas :

* Peu de choses à reprocher, si ce ne sont quelques détails. Par exemple, je ne trouve pas Bacri très crédible en prof de civilisation asiatique et la relation avec son petit groupe d'amis est obscure et aurait pu être plus fouillée que cela. Des détails, donc.

Pascal Bonitzer nous offre ainsi une bonne petite comédie à la française, qui reste dans le même sérail que beaucoup d'autres du même genre, certes, mais qui détend et permet d'admirer une très jolie brochette d'acteurs deviser dans tous les sens. Le message gauchisant sur la défense des sans-papiers est lui aussi peut-être un peu trop léger, l'essentiel c'est quand même d'en avoir un peu parlé, hein ?

vendredi 8 mars 2013

Dans la maison (2012)

Je ne regarde pas beaucoup de films français, vous pouvez le constater, et c'est dommage, parce qu'on a tout de même de bons cinéastes chez nous, comme François Ozon. Mais, je sais pas, la flemme, l'appréhension de l'ennui. Bref, mais j'ai vu "Dans la maison" et c'était bien.

Les films du réalisateur sont un peu comme des petites pièces de théâtre dans lesquelles il manipule aussi bien ses personnages que les spectateurs. Nous sommes ici dans une banlieue tranquille et aisée, dans un lycée où exerce Germain Germain (Fabrice Luchini, parfait), professeur de français. Après avoir demandé une première rédaction à ses élèves, il tombe sur celle de Claude Garcia (Ernst Umhauer, très bien) qui l'épate par son excellence d'écriture, contrairement à toutes les autres.

Ce dernier décrit comment il est entré dans la vie de la famille Artole via son fils, Raphaël (Bastien Ughetto, très moyen), en l'aidant à faire ses devoirs de maths. Au fil de ses rédactions, Claude va raconter le quotidien de cette famille "banale" et notamment de son couple de parents, Raphaël (Denis Ménochet, bien) et Esther (Emmanuelle Seigner, un peu rigide). Ce feuilleton, plus ou moins fictif, va passionner Germain et sa femme Jeanne (Kristin Scott Thomas, très bien), galeriste, même si le professeur va cependant tomber dans une surenchère malsaine...

J'aime :

* Le scénario. Tiré d'une pièce de théâtre espagnole, il est tout à fait original et malin. On a déjà vu des histoires où la fiction vient se mêler plus ou moins à la réalité, ici, même si elle est parfois romancée, Claude Garcia raconte une autre réalité à son professeur et on se délecte autant que ce dernier et sa femme de connaître le prochain épisode. C'est un peu pervers mais on tombe dans le même piège que les personnages du film. Savoureux.

* Le couple Luchini-Scott Thomas. Lui surtout parce qu'il est totalement au naturel en prof de français, déclamant toute sa connaissance et son amour de la littérature française et de l'écriture en général et elle, parce qu'elle est toujours aussi élégante et offre un jeu sobre, mais efficace.

J'aime pas :

* L'environnement proposé par François Ozon. Le cinéaste aime ce côté petit bourgeois propre, pas forcément reconnaissable, même lorsqu'il va dans une banlieue paisible. S'il tourne en décors "naturels", sa banlieue fait on ne peut plus américaine, à l'image de la maison de la famille Artole et la passion du père et du fils pour le basket et la NBA. Cela n'a aucune incidence sur le récit, mais c'est dommage, ça enlève du cachet "français" au film.

* Le jeu des acteurs dans les séquences "Artole". Non seulement il y a cette atmosphère proprette à l'américaine, mais il y a aussi une façon de jouer qui ressemble presque à une sitcom, et c'est assez dérangeant. Je ne sais pas si c'est moi qui ne suis plus habitué au jeu "français", mais je le ressens parfois dans certains films de chez nous. Bref, c'est joué mécaniquement, notamment par Emmanuelle Seigner et pire par le fils Artole, vraiment pas bon.

C'est encore une oeuvre subtile et excellente que nous propose Franois Ozon. Fabrice Luchini est admirable en prof de français arrogant qui se fait mener par le bout du nez par un jeune chef d'orchestre littéraire dont il se veut le mentor, mais qui va peu à peu lui échapper jusqu'à un destin presque tragique. Car cela aurait même pu être plus noir, mais le cinéaste s'est retenu. Dommage que son perfectionnisme le pousse à adopter un environnement franchement artificiel et une mise en scène plus faible quand Luchini n'est pas là.

Forgetting Sarah Marshall (2008)

Il y a les Buddy Movies, à la Ben Stiller et toute sa bande, et puis, depuis qques années, une branche de ceux-ci signés ou produits par Judd Apatow. Il y a de tout, mais c'est en général un peu moins trash et un peu plus réfléchi. Reste que je n'ai toujours pas réussi à vraiment accrocher une partie de ces oeuvres, dont ce "Forgetting Sarah Marshall".

Nous retrouvons ici le pauvre Peter Bretter (Jason Segel, plutôt bon en loser attachant), compositeur de musique de films et séries, qui vient de se faire larguer par la fameuse Sarah Marshall (Kristen Bell, bof), actrice principale d'une sorte de "CSI". Au fond du gouffre, lui qui est toujours resté dans l'ombre de la célébrité, il décide de changer d'air à Hawaï, le temps de quelques vacances. Sauf qu'il se retrouve par hasard dans le même hôtel que son ex et son nouveau mec, le chanteur destroy britannique Aldous Snow (Russell Brand, pas mal). La cohabitation s'annonce désastreuse, mais heureusement, la réceptionniste du palace, Rachel Jansen (Mila Kunis, délicieuse), sera là pour aider Peter à surmonter sa peine...

J'aime : 

* Les qques bonnes séquences drôles du film, comme les extraits du CSI de Sarah Marshall, avec William Baldwin, tout plein de jeux de mots foireux et scabreux, qui joue son acolyte, ou encore les conversations Skype avec le meilleur ami de Peter (et sa femme qui s'incruste à chaque fois). A part ça...

* La présence de Mila Kunis, qu'on aime beaucoup retrouver dans des comédies parce qu'elle est bien jolie, puis drôle et rafraîchissante. A ses côtés, Jason Segel assure très bien en grand bonhomme loser et déprimé, même si l'on ne comprend pas trop comment il peut avoir autant de sex appeal.

J'aime pas :

* Le scénario qui n'est pas follement original. S'il nous donne, comme tant d'autres, une vision idyllique d'Hawaï, les péripéties de Peter Bretter et de son ex sont assez mollassonnes et on ne peut donc pas miser sur tant de gags que cela.

* L'entre-deux pas vraiment trouvé entre la comédie hilarante et la comédie romantique à l'eau de rose. On mélange un peu les deux, mais le film ne sait pas trop sur quel pied danser, un peu comme dans "Knocked up" de Judd Apatow, assez décevant lui aussi à cause de ce problème. Du coup, l'ennui guette souvent, d'autant plus que la dernière partie, retour à Los Angeles, allonge encore le film.

Je ne m'attendais pas à un grand film, mais j'avais lu de bonnes choses dessus. Au final, c'est une belle déception car, mis à part qques sourires, je n'ai pas réussi à décrocher plus que ça. "Forgetting Sarah Marshall" manque singulièrement d'énergie et d'identité, malgré les efforts de Jason Segel et Mila Kunis. Dommage.

mercredi 6 mars 2013

Searching for Sugar Man (2012)

Venez découvrir le parcours incroyable de Sixto Diaz Rodriguez. Une bonne partie du monde, et notamment son propre pays, les Etats-Unis, a entendu parler du musicien oublié de Détroit grâce à ce documentaire de Malik Bendjelloul. Pour ma part, ça a été un petit peu avant. Sa chanson la plus connue, "Sugar Man", a été utilisée en bande originale du film "Alyah" dont je vous ai parlé ici et que j'avais vu il y a quelques mois. J'ai adoré, j'ai retrouvé, et j'avoue que je n'ai pas vraiment été chercher plus loin. Puis quand j'ai vu qu'un documentaire portait justement le titre de cette chanson et qu'il parlait de son interprète mystérieux, j'ai tilté.

Le film reprend l'enquête menée il y a une dizaine d'années par des journalistes musicaux et musiciens sud-africains pour retrouver la trace de ce Sixto Rodriguez dont le premier disque est arrivé par hasard dans leur pays au début des années 1970 et a connu un véritable succès sans que son auteur ne soit jamais au courant ! En effet, la réussite commerciale ne fut pas du tout au rendez-vous aux Etats-Unis malgré deux albums léchés publiés à la suite par le musicien de Détroit. Ce n'est donc pas avant la fin des années 1990 que Sixto Rodriguez, passé par tous les métiers du bâtiment et la pauvreté, connaîtra une petite renommée boostée d'autant plus par ce documentaire.

J'aime : 

* La musique. Certes, l'histoire est formidable, mais je ne me serais jamais laissé tenter si je n'avais pas du tout aimé la musique de Sixto Rodriguez, mélange de folk, de blues et de soft rock mélancolique, avec souvent l'aide d'un petit orchestre de cordes. Il est comparé dans le film à un Dylan latino, c'est un peu ça en effet.

* L'histoire, donc. Elle est passionnante évidemment. Ou comment un excellent auteur-compositeur a été oublié durant toutes ces décennies avant de réapparaître comme par enchantement et sans qu'il s'y attende grâce à une poignée de fans à l'autre bout de la Terre. C'est presque un conte de fées !

* L'enquête. Si elle a ainsi déjà été menée par les admirateurs sud-africains de Sixto Rodriguez, le réalisateur décide d'en reprendre le cheminement afin d'instaurer une once de suspense. C'est ainsi qu'on se retrouve vraiment à la recherche du musicien durant un bon moment. Et quand il apparaît enfin, c'est lumineux !

J'aime pas :

* Le montage. Heureusement que le scénario est génial, parce que la structure du documentaire est assez décousue. Les interviews manquent souvent de liants (insistance sur certains intervenants, peu de choses sur d'autres, gros raccourcis), les images du concert sud-africain sont décevantes et les zones d'ombre restent nombreuses.

Malgré ces maladresses, on reste indulgent parce qu'il est difficile de confectionner un documentaire sur un homme dont aucune archive n'existe sur une période de presque trente ans. Malik Bendjelloul brode parfois avec quelques bouts de ficelle, mais il réussit tout de même à nous offrir un formidable film, plein d'émotion et de passion sur ce fascinant musicien qu'est Sixto Rodriguez. On ne sait trop ce qu'il adviendra de lui dans le futur, mais il est désormais certain de passer à la postérité.

mardi 5 mars 2013

The Life aquatic with Steve Zissou (2005)

On en arrive enfin à ce qui est pour moi le meilleur film de Wes Anderson à ce jour. On me dit que je suis obsédé par Bill Murray, certes, mais "The Life Aquatic with Steve Zissou" est d'une perfection qui va encore plus loin que "The Royal Tenenbaums" selon moi.

C'est encore une histoire de filiation qui est au coeur de ce film, les retrouvailles artificielles d'un père et de son fils potentiel, même si le fil rouge est une captivante chasse au requin-jaguar menée par ce paternel, Steve Zissou (Bill Murray, génial), un océanographe, successeur loufoque du Commandant Cousteau, mais qui a perdu de sa superbe au fil des années.

Lors de la présentation de son dernier documentaire dans un festival italien, qui relate notamment la mort de alter ego, Esteban, dévoré par la bête féroce non identifiée, Steve Zissou fait la connaissance de celui qui dit être son fils, Ned Plimpton (Owen Wilson, très bon). Le premier l'invite à prendre part à sa prochaine expédition pour traquer le requin-jaguar, qui constituera la deuxième partie du documentaire. Celle-ci sera truffée d'embûches, entre les atermoiements de sa propre équipe composée notamment de sa femme Eleanor (Anjelica Huston, excellente), Klaus Daimler (Willem Dafoe, épatant) ou encore Pelé dos Santos (Seu Jorge, qui ne fait que chanter admirablement bien) et l'improvisation totale qui guide nos joyeux lurons.

Sans oublier la journaliste entêtée et enceinte qui s'est décidée à couvrir l'épopée, Jane Winslett-Richardson (Cate Blanchett, très bien), et la rivalité exacerbée de Steve Zissou avec un autre océanographe bien plus riche et équipé que lui, Alistair Hennessey (Jeff Goldblum, splendide).

J'aime : 

* Ce nouvel univers andersonien. Après le collège de "Rushmore" (où Cousteau et le milieu marin étaient déjà évoqués) et la grande maison familiale de "The Royal Tenenbaums", c'est un gros bateau, le Belafonte, qui sert de lieu principal à l'intrigue. Mais on voyage cette fois, on voit du pays, comme dans le prochain, "Darjeeling Limited". Bref, c'est une fort belle odyssée dans laquelle nous entraîne Wes Anderson avec de magnifiques environnements (décors, naturels ou pas, fonds sous-marins avec faune et flore psychédéliques modelées par Henry Selick) et toujours ce sens du détail (équipement de la Team Zissou, présentation du navire façon maquette) et ces couleurs toutes significatives (bonnet rouge, combinaisons bleu ciel).

* Le casting parfait. Aucune fausse note et des acteurs qui ont l'air de passer un moment superbe, s'amusant tout autant que nous. Wes Anderson offre un piédestal pour le magnifique Bill Murray qui est de toutes les scènes ou presque, grandiloquent et obstiné à souhait. L'un de ses plus grands rôles assurément. A ses côtés, c'est très éclectique comme toujours avec les fidèles (Owen Wilson, Anjelica Huston), les décalés (Willem Defoe, à contre-emploi et tellement drôle en petit père allemand susceptible, Jeff Goldblum en homosexuel refoulé arrogant) et ces petits rôles tendres et attachants qui peuplent chaque film du cinéaste (Seu Jorge, Bud Cort ou encore ce grand Indien, Vikram, qu'on reverra par la suite) sans oublier les stagiaires maltraités.

* Le scénario. Il est long et trépidant ! Une fois l'ancre levée, le Belafonte va en voir de toutes les couleurs, entre le cambriolage des équipements d'Alistair Hennessey, l'attaque des pirates (et la contre-attaque de la Team Zissou !) et la découverte, enfin, du requin-jaguar. Il se passe pleins de choses, avec beaucoup de moments mélancoliques voire même bien tristes, mais relevés par la poésie drôlatique insufflée par Wes Anderson et son nouveau compère Noah Baumbach.

* La B.O.. Un film de Wes Anderson sans une excellente musique ? C'est impossible et ici, plutôt que de varier les plaisirs pop-rock, le cinéaste a choisi un seul artiste : David Bowie, mais revisité à la brésilienne par Seu Jorge dont les seules paroles dans le film sont celles des chansons qu'il interprète. Et c'est splendide !

J'aime pas :

* Bon soit, une certaine longueur-langueur qui fait qu'on se demande parfois quand le film va se terminer.

Pour moi, "The Life aquatic with Steve Zissou" est donc LE chef d'oeuvre de Wes Anderson, celui qui supplante tous les autres jusqu'à maintenant. Parce que j'y retrouve tout ce que j'aime au cinéma : du rêve, de l'humour, de la passion, de l'émotion et des actrices et acteurs qui te font partager leur bonheur. C'est encore une fois minutieux et mécanique, et cette fois plus que dans ses autres jolies oeuvres, l'horloge du cinéaste donne l'heure juste.