vendredi 8 mars 2013

Dans la maison (2012)

Je ne regarde pas beaucoup de films français, vous pouvez le constater, et c'est dommage, parce qu'on a tout de même de bons cinéastes chez nous, comme François Ozon. Mais, je sais pas, la flemme, l'appréhension de l'ennui. Bref, mais j'ai vu "Dans la maison" et c'était bien.

Les films du réalisateur sont un peu comme des petites pièces de théâtre dans lesquelles il manipule aussi bien ses personnages que les spectateurs. Nous sommes ici dans une banlieue tranquille et aisée, dans un lycée où exerce Germain Germain (Fabrice Luchini, parfait), professeur de français. Après avoir demandé une première rédaction à ses élèves, il tombe sur celle de Claude Garcia (Ernst Umhauer, très bien) qui l'épate par son excellence d'écriture, contrairement à toutes les autres.

Ce dernier décrit comment il est entré dans la vie de la famille Artole via son fils, Raphaël (Bastien Ughetto, très moyen), en l'aidant à faire ses devoirs de maths. Au fil de ses rédactions, Claude va raconter le quotidien de cette famille "banale" et notamment de son couple de parents, Raphaël (Denis Ménochet, bien) et Esther (Emmanuelle Seigner, un peu rigide). Ce feuilleton, plus ou moins fictif, va passionner Germain et sa femme Jeanne (Kristin Scott Thomas, très bien), galeriste, même si le professeur va cependant tomber dans une surenchère malsaine...

J'aime :

* Le scénario. Tiré d'une pièce de théâtre espagnole, il est tout à fait original et malin. On a déjà vu des histoires où la fiction vient se mêler plus ou moins à la réalité, ici, même si elle est parfois romancée, Claude Garcia raconte une autre réalité à son professeur et on se délecte autant que ce dernier et sa femme de connaître le prochain épisode. C'est un peu pervers mais on tombe dans le même piège que les personnages du film. Savoureux.

* Le couple Luchini-Scott Thomas. Lui surtout parce qu'il est totalement au naturel en prof de français, déclamant toute sa connaissance et son amour de la littérature française et de l'écriture en général et elle, parce qu'elle est toujours aussi élégante et offre un jeu sobre, mais efficace.

J'aime pas :

* L'environnement proposé par François Ozon. Le cinéaste aime ce côté petit bourgeois propre, pas forcément reconnaissable, même lorsqu'il va dans une banlieue paisible. S'il tourne en décors "naturels", sa banlieue fait on ne peut plus américaine, à l'image de la maison de la famille Artole et la passion du père et du fils pour le basket et la NBA. Cela n'a aucune incidence sur le récit, mais c'est dommage, ça enlève du cachet "français" au film.

* Le jeu des acteurs dans les séquences "Artole". Non seulement il y a cette atmosphère proprette à l'américaine, mais il y a aussi une façon de jouer qui ressemble presque à une sitcom, et c'est assez dérangeant. Je ne sais pas si c'est moi qui ne suis plus habitué au jeu "français", mais je le ressens parfois dans certains films de chez nous. Bref, c'est joué mécaniquement, notamment par Emmanuelle Seigner et pire par le fils Artole, vraiment pas bon.

C'est encore une oeuvre subtile et excellente que nous propose Franois Ozon. Fabrice Luchini est admirable en prof de français arrogant qui se fait mener par le bout du nez par un jeune chef d'orchestre littéraire dont il se veut le mentor, mais qui va peu à peu lui échapper jusqu'à un destin presque tragique. Car cela aurait même pu être plus noir, mais le cinéaste s'est retenu. Dommage que son perfectionnisme le pousse à adopter un environnement franchement artificiel et une mise en scène plus faible quand Luchini n'est pas là.

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