jeudi 11 avril 2024

Anatomie d'une chute (2023)

J'ai enfin vu la Palme d'or 2023 (entre autres) de Justine Triet, qui a tant fait couler d'encre, moins pour son contenu que pour un simple discours de cette dernière à Cannes. Je m'en voulais de l'avoir raté au cinéma, ce fut donc dans un avion. Pas plus mal, les critiques unanimement (ou presque) dithyrambiques me questionnant. 

L'histoire est celle de Sandra Voyter (Sandra Hüller, très bien), dont le mari meurt après une chute de leur chalet à la montagne. Meurtre, suicide ou accident ? Il n'y a aucun témoin, en dehors de leur fils, Daniel (Milo Machado-Graner, bien), qui a retrouvé le corps de son père. Devant le mystère, sa mère est suspectée et un procès s'ouvre...

J'aime :

* Le scénario. Moins pour son intrigue en elle-même, pas bien passionnante, que pour l'aspect réaliste et documentaire sur la justice française revendiqué par ses auteurs, Justine Triet et Arthur Harari.

* Le casting. Actrice du moment, l'Allemande Sandra Hüller est impeccable dans ce rôle quasiment trilingue et le jeune Milo Machado-Graner s'en tire bien aussi dans une partition compliquée, d'autant plus qu'il doit aussi jouer un handicap. Belle prestation également des deux avocats opposés (Swann Arlaud et Antoine Reinartz). Seul bémol selon moi, mais son apparition ne dure que le temps d'un (long) flashback, Samuel Theis, qui joue le mari de Sandra Voyter, peu à l'aise dans une scène entièrement en anglais.

J'aime pas :

* Le rythme. Non seulement c'est long (2h30), mais les scènes hors enquête ou procès, et le flashback encore plus, même si sans doute nécessaires, plombent assez le film. Et le morceau "phare" du film, joué par le mari avant sa mort, qu'on écoute fort et en boucle à plusieurs moments, est infernal (et donne effectivement des envies de meurtre !).

On est bien évidemment ravi de tous les prix, notamment à l'étranger, remportés par "Anatomie d'une chute", mais, bien que très intéressant et joué, le film de Justine Triet ne nous semble pas non plus très différent, dans son intrigue, qu'un (très) bon téléfilm policier de FranceTélévisions. Et loin d'être plus fastueux cinématographiquement parlant.

vendredi 5 avril 2024

Priscilla (2024)

Après "Elvis", "Priscilla". Mais Sofia Coppola est à l'extrême opposé de Baz Luhrmann en termes stylistique et cela convient bien aussi à la vie de son héroïne, dans l'ombre constante de son rocker de mari.

L'histoire est donc celle de Priscilla Beaulieu (Caillee Spaeny, pas mal), de sa rencontre en Allemagne avec Elvis Presley (Jacob Elordi, sans plus), en 1959, jusqu'à leur séparation en 1973, après des années d'ennui à vivre cachée ou presque à Graceland.

J'aime :

* Le scénario. Il est fidèlement adapté de l'autobiographie de Priscilla Presley, qui fait partie de la production. Néanmoins, pour une fois, on ne sent pas que le récit a été édulcoré ou romancé, tant on tend à croire la protagoniste principale. D'ailleurs, Elvis Presley n'apparaît pas spécialement non plus comme un monstre, juste une rock star de son époque (Cynthia Lennon a vécu une situation assez similaire avec John Lennon, mise à l'écart pour ne pas que les fans ne sachent que la vedette est en couple et s'en désintéressent). "Elvis" montre qu'il est lui-même victime du Colonel Parker (quasiment absent ici).

* La reconstitution. Tout comme la mise en scène, elle n'a rien à voir avec le film de Baz Luhrmann, bien plus sobre et tout aussi soignée, voire mieux.

J'aime pas :

* Le casting. Les acteurs ne sont pas mauvais, mais, au vu des photos, Caillee Spaeny fait légèrement moins mature que le personnage qu'elle incarne (et la différence d'âge choque vraiment pour le coup), et Jacob Elordi manque singulièrement de charisme. 

* La bande originale. Comme pour "Marie Antoinette", Sofia Coppola joue avec une partition parfois plus contemporaine, mais le problème principal est l'absence de la moindre chanson du "King". Choix volontaire ou non, c'est tout de même un manque majeur.

* Le film est plutôt long, mais passe trop rapidement sur les circonstances de l'attirance d'Elvis pour Priscilla. Comme tout est montré du point de vue de cette dernière, on ne comprend pas vraiment en quoi elle lui a plu. Coup de foudre ou plus? On aurait préféré que Sofia Coppola s'attarde un peu plus sur cet élément, pour couper dans les nombreuses scènes d'ennui et de frustration à Graceland. 

Dans la même veine que "Marie Antoinette", la cinéaste a voulu mettre en lumière une icône féminine qui valait bien plus que ce qu'on sait d'elle. Si cet aspect-là, et ce témoignage historique, est intéressant et bien rendu, on regrette ici une œuvre un peu trop sage, à l'image de son casting et de ses omissions.

mardi 26 mars 2024

Game night (2018)

Je n'avais jamais entendu parler de ce film signé du duo John Francis Daley-Jonathan Goldstein (déjà trois comédies à leur actif), mais il m'a permis de passer un bon moment lors d'un récent voyage en avion.

L'histoire est celle d'un groupe d'amis qui se réunit régulièrement pour des soirées jeux de société. Brooks (Kyle Chandler, bien), le frère de Max (Jason Bateman, bien aussi), l'un des participants, débarque un jour et invite à son tour la troupe chez lui pour une "murder party" qui va très mal tourner...

J'aime :

* Le scénario. Certes, on pense tout de suite à "The Game", mais il s'agit ici d'une comédie - et on rit beaucoup de voir les couples faire comme si la "Murder Party" était un vrai jeu alors que ce n'en est pas complètement un - et l'histoire n'est pas aussi prévisible qu'elle n'en a l'air.

* Le casting. Il a l'air de s'amuser autant que nous et quel régal de voir autant de têtes connues (de séries notamment) : Jason Bateman et Kyle Chandler donc, mais aussi Rachel McAdams, Jesse Plemons, Michael C. Hall, Chelsea Peretti... que du beau monde !

* L'humour. De nombreuses situations cocasses sont au programme, jouant donc pas mal sur les quiproquos.

J'aime pas :

* Pas grand-chose à redire, peut-être un dénouement un peu trop grandiloquent.

"Game night" fait partie de ces comédies diablement efficaces : une durée parfaite (1h40), un rythme effréné, une histoire originale, des comédiennes et comédiens enjoués. Bref, mission divertissement assurée.

lundi 12 février 2024

The zone of interest (2024)

Récompensé au festival de Cannes, "The zone of interest", du Britannique Jonathan Glazer, a immédiatement attisé ma curiosité par son idée originale d'évoquer l'horreur des camps de la mort de la Seconde Guerre Mondiale d'un autre point de vue. Mais le résultat final n'a pas été à la hauteur de mes espérances...

L'histoire est celle du nazi Rudolf Höss (Christian Friedel, bien), commandant d'Auschwitz, et de son quotidien familial avec sa femme Hedwig (Sandra Hüller, très bien) et ses jeunes enfants. Ils vivent une vie heureuse et paisible dans leur grand pavillon avec jardin et piscine situé juste à côté du camp, sans se soucier du sort des milliers de prisonniers éliminés chaque jour et chaque nuit à quelques mètres de chez eux...

J'aime :

* Le scénario. Adapté par Jonathan Glazer d'un roman du Britannique Martin Amis, il met le focus sur les bourreaux, et quasiment eux uniquement. Sans pour autant négliger les victimes dont on ressent, hors champ, la lourde présence à chaque instant. On doit reconnaître une baisse d'intérêt lorsque Rudolf Höss est appelé à d'autres fonctions en dehors d'Auschwitz.

* La mise en scène. Sobre, froide et clinique, elle correspond bien à l'état d'esprit nazi en ce qui concerne la Solution finale. Jonathan Glazer filme ainsi des scènes on ne peut plus banales de la vie quotidienne des Höss tandis que seul le bruit continu du camp à côté (cris, brouhaha, aboiements, cheminées, construction...) nous permet d'imaginer ce qu'il peut s'y dérouler. Glaçant.

* La reconstitution. Le tournage a eu lieu aux abords d'Auschwitz même, accentuant encore plus l'authenticité du film.

* Le casting. Le couple Höss est remarquablement interprété par Christian Friedel et Sandra Hüller. On salue par la même occasion que Jonathan Glazer ne soit pas tombé dans la facilité en faisant appel à un casting anglo-saxon.

J'aime pas :

* Les effets visuels. Je ne sais pas si cela lui vient de son passé de réalisateur de clips, mais Jonathan Glazer introduit à plusieurs moments des séquences visuellement différentes (long écran noir ponctué de musique en introduction, un autre écran rouge cette fois, et ces scènes nocturnes tournées comme avec une caméra infrarouge), tranchant radicalement avec le reste, sans que ces effets soient vraiment pertinents. 

* Une autre chose qui m'a bien dérangé, c'est que, si le film suit de près la biographie de Rudolf Höss, il est truffé d'éléments qui ne sont pas expliqués (par exemple, qui est cette autre femme qui vient le voir une unique fois et pourquoi ?) et qu'il est difficile de comprendre si on ne connaît pas du tout la vie du commandant d'Auschwitz. Au final, j'ai mieux saisi ces scènes après avoir vu le film en allant me renseigner.

Grand Prix au festival de Cannes, "The zone of interest" sort clairement de l'ordinaire dans son récit de la Shoah, avec une approche radicalement différente mais tout aussi terrifiante. Néanmoins, Jonathan Glazer aurait pu rendre son film un poil plus grand public (ce qui peut paraître nécessaire vu le sujet et l'actualité) en donnant notamment plus de clés aux spectatrices et spectateurs.

lundi 15 janvier 2024

Leave the world behind (2023)

Encore un film dans l'air du temps aux Etats-Unis. Produit par le couple Obama, réalisé par le créateur de la série à succès "Mr Robot" Sam Esmail et sorti sur Netflix, "Leave the world behind" a divisé les spectatrices et spectateurs, qui ont globalement adoré ou détesté. Moi je suis au milieu ! 

L'histoire est celle du couple Sandford, Amanda (Julia Roberts, bien) et Clay (Ethan Hawke, bien aussi), qui part en week-end avec ses deux enfants à Long Island, bien éloigné de la ville, histoire de déconnecter. Ils ont loué une belle maison avec piscine et veulent en profiter aussi pour aller à la plage. Mais des événements étranges commencent à intervenir, un navire s'échoue d'abord sur la côte avant que le réseau des télécommunications ne soit coupé...

J'aime :

* Le casting. Aux côtés des "vétérans" des 80's-90's Julia Roberts, Ethan Hawke et Kevin Bacon (qu'on voit peu), Mahershala Ali et de bons jeunes acteurs assurent la distribution principale. Du tout bon, particulièrement Ethan Hawke en papa cool dépassé par les événements. 

* Les décors. Ils sont minimalistes - mais fort beaux, accompagnant parfaitement la paranoïa ambiante, grâce aussi à une photographie léchée.

J'aime pas :

* Le scénario. Je ne sais pas s'il est fidèle au roman de Rumaan Alam dont il est tiré, mais Sam Esmail s'amuse autant avec les nerfs de ses personnages qu'avec ceux de son audience en ne laissant filtrer que peu d'explications sur les raisons de ce blackout des télécommunications et cette atmosphère d'apocalypse, jusqu'à un dénouement aussi cocasse qu'absurde (mais bien trouvé). Cela donne certes à réfléchir et chacun peut se faire ses propres théories, mais cela m'a laissé plutôt de marbre et frustré. 

* La mise en scène. C'est quasiment un huis-clos (ce dont je ne suis vraiment pas fan), donc elle est presque théâtrale, alignant les bavardages, ce qui rend l'ensemble un peu long et ennuyeux (vu que le développement de l'intrigue est minime). 

Ainsi, on peut remercier "Leave the world behind" de compter sur un casting aussi resserré que solide et un bien joli environnement pour sauver une histoire qui, si elle fonctionne bien pour nous mettre dans le même état que ses protagonistes, n'est franchement pas des plus palpitantes.

jeudi 11 janvier 2024

Between two ferns: the movie (2019)

J'ai découvert la série de fausses interviews "Between two ferns" par hasard (et avec beaucoup de retard) sur les réseaux sociaux. Menées par Zach Galifianakis, elles sont aussi irrévérencieuses (bien que scénarisées) qu'hilarantes. Un an après son dernier épisode (21 entre 2008 et 2018), une fiction censée montrer les coulisses du show est réalisée pour Netflix. Pas franchement nécessaire. 

L'histoire est celle de Zach Galifianakis (égal à lui-même), intervieweur minable de stars d'une chaîne locale publique. Repéré par Will Ferrell et la société de production comique du Web "Funny or die", il est mandaté pour poursuivre ses interviews à grande échelle. Avec sa petite équipe pas bien plus maligne que lui, il va alors voyager à travers les Etats-Unis afin de mener les entretiens de divers personnalités anglo-saxonnes...

J'aime :

* Le casting. Zach Galifianakis est parfait dans ce rôle d'intervieweur aussi idiot qu'arrogant, qui mène la vie dure à son équipe (jouée par des comédiennes et comédiens habitués des sitcoms). Evidemment, ce sont les invitées et invités du show qui font l'intérêt du film avec, entre autres, Matthew McConaughey, Keanu Reeves, Jon Hamm, Benedict Cumberbatch, Paul Rudd, David Letterman... Il semblerait que la plupart de leurs apparitions soient issues des vidéos déjà diffusées, mais pour certains, des éléments supplémentaires de "coulisses" ont été tournés, comme avec John Legend, Chrissy Teigen ou encore Peter Dinklage. 

* L'humour. Ce sont avant tout les séquences d'interviews qui sont essentielles au film et elles sont géniales de drôlerie.

* Le scénario. L'histoire écrite autour de ces interviews est plutôt cohérente et bien foutue, même si ce n'est pas aussi drôle.

J'aime pas :

* En plus des coulisses des interviews, le tournage d'un faux documentaire sur l'ascension de Zach Galifianakis (dans le rôle qu'il joue évidemment), à la "The Office", a été ajouté et il n'est pas vraiment bien intégré. Puis c'est vraiment du déjà vu. Autrement, le film, bien que court (1h23), manque de rythme. Et on regrettera enfin que certaines interviews parmi les plus drôles de la série (celle avec Bradley Cooper ou encore celle avec Barack Obama) manquent à l'appel.

Réalisé par l'un des cocréateurs de la série, Scott Aukerman, "Between two ferns: the movie" est ce genre de film qui veut poursuivre artificiellement une œuvre originale qui se suffisait à elle-même. Ce n'est pas mauvais, mais, au final, tout ce qui a été imaginé autour des interviews n'apporte rien de spécial. Inutile donc.

lundi 8 janvier 2024

Napoléon (2023)

Malgré les critiques globalement négatives, j'étais très curieux de voir ce que Ridley Scott ferait de ce personnage ô combien important de l'histoire de France. Les bandes-annonces me donnaient bien envie, mais je dois dire que je fais finalement aussi partie des déçus.

L'histoire est donc celle de l'ascension de Napoléon Bonaparte (Joaquin Phoenix, un peu trop figé), de ses débuts de jeune officier héroïque durant la Révolution grâce à la reprise de Toulon aux Anglais jusqu'à son exil définitif, une vingtaine d'années plus tard, en tant qu'empereur déchu pour Sainte-Hélène. Une carrière marquée par les innombrables batailles pour conquérir l'Europe et sa relation tumultueuse avec l'impératrice Joséphine (Vanessa Kirby, pas mal).

J'aime :

* La reconstitution. Les costumes et les décors intérieurs ont ma faveur, magnifiquement restitués. Pour le reste, rien n'a été tourné en France (ou sur place en fonction du lieu) donc on ressent le manque d'authenticité. Mais de manière générale, c'est soigné. 

* L'action. Les différentes scènes de bataille (Toulon, Austerlitz, Waterloo...) sont épiques et vraiment impressionnantes (même si pas toutes complètement véridiques). Le must du film. 

* Le casting. Si Joaquin Phoenix a un petit air de ressemblance avec l'empereur, on ne le sent jamais vraiment dans son rôle, qui paraît trop grand pour ses épaules pourtant bien larges déjà. La faute sans doute aussi à la mise en scène (on en reparlera), qui fait qu'on ne l'entend pas beaucoup. A ses côtés, Vanessa Kirby se démène déjà plus en épouse de caractère, presque dominatrice selon le point de vue de Ridley Scott, même si elle finira délaissée par Napoléon. Le reste du casting est plutôt bon, mention spéciale à Rupert Everett en Wellington.

J'aime pas :

* Le scénario. Je peux pardonner au cinéaste les nombreuses ellipses (et absence de présentation claire des différents personnages, notamment au moment de la Révolution) car il était impossible de fournir un biopic exhaustif de Napoléon, même en trois heures. On survole vraiment son épopée, mais comme l'ont dit certains historiens moins rigides, cela permet une bonne introduction au personnage. Néanmoins, même si on peut saluer que Ridley Scott ait choisi de mettre Joséphine de Beauharnais particulièrement en lumière, les scènes "de couple" occupent beaucoup trop l'espace et sont rarement passionnantes (voire pertinentes), servant juste à montrer Napoléon en mari possessif et minable amant. 

* La mise en scène. On en revient aux séquences avec Napoléon et Joséphine, peu inspirées, notamment les premières, quasi mutiques. 

Si j'attends de redonner une nouvelle chance au film avec sa version longue qui sortira en streaming, j'imagine que cette dernière proposera surtout des scènes d'intrigue "intérieures". Or, c'est bien par là que ce "Napoléon" pêche, Ridley Scott, en bon Britannique (donc cela se comprend), s'efforçant de dépeindre l'empereur, pas très bien incarné par Joaquin Phoenix, en un être humain médiocre et finalement peu sûr de lui. Heureusement que le cinéaste offre de magnifiques batailles pour offrir un minimum de divertissement, sinon c'est l'ennui assuré.