lundi 12 février 2024

The zone of interest (2024)

Récompensé au festival de Cannes, "The zone of interest", du Britannique Jonathan Glazer, a immédiatement attisé ma curiosité par son idée originale d'évoquer l'horreur des camps de la mort de la Seconde Guerre Mondiale d'un autre point de vue. Mais le résultat final n'a pas été à la hauteur de mes espérances...

L'histoire est celle du nazi Rudolf Höss (Christian Friedel, bien), commandant d'Auschwitz, et de son quotidien familial avec sa femme Hedwig (Sandra Hüller, très bien) et ses jeunes enfants. Ils vivent une vie heureuse et paisible dans leur grand pavillon avec jardin et piscine situé juste à côté du camp, sans se soucier du sort des milliers de prisonniers éliminés chaque jour et chaque nuit à quelques mètres de chez eux...

J'aime :

* Le scénario. Adapté par Jonathan Glazer d'un roman du Britannique Martin Amis, il met le focus sur les bourreaux, et quasiment eux uniquement. Sans pour autant négliger les victimes dont on ressent, hors champ, la lourde présence à chaque instant. On doit reconnaître une baisse d'intérêt lorsque Rudolf Höss est appelé à d'autres fonctions en dehors d'Auschwitz.

* La mise en scène. Sobre, froide et clinique, elle correspond bien à l'état d'esprit nazi en ce qui concerne la Solution finale. Jonathan Glazer filme ainsi des scènes on ne peut plus banales de la vie quotidienne des Höss tandis que seul le bruit continu du camp à côté (cris, brouhaha, aboiements, cheminées, construction...) nous permet d'imaginer ce qu'il peut s'y dérouler. Glaçant.

* La reconstitution. Le tournage a eu lieu aux abords d'Auschwitz même, accentuant encore plus l'authenticité du film.

* Le casting. Le couple Höss est remarquablement interprété par Christian Friedel et Sandra Hüller. On salue par la même occasion que Jonathan Glazer ne soit pas tombé dans la facilité en faisant appel à un casting anglo-saxon.

J'aime pas :

* Les effets visuels. Je ne sais pas si cela lui vient de son passé de réalisateur de clips, mais Jonathan Glazer introduit à plusieurs moments des séquences visuellement différentes (long écran noir ponctué de musique en introduction, un autre écran rouge cette fois, et ces scènes nocturnes tournées comme avec une caméra infrarouge), tranchant radicalement avec le reste, sans que ces effets soient vraiment pertinents. 

* Une autre chose qui m'a bien dérangé, c'est que, si le film suit de près la biographie de Rudolf Höss, il est truffé d'éléments qui ne sont pas expliqués (par exemple, qui est cette autre femme qui vient le voir une unique fois et pourquoi ?) et qu'il est difficile de comprendre si on ne connaît pas du tout la vie du commandant d'Auschwitz. Au final, j'ai mieux saisi ces scènes après avoir vu le film en allant me renseigner.

Grand Prix au festival de Cannes, "The zone of interest" sort clairement de l'ordinaire dans son récit de la Shoah, avec une approche radicalement différente mais tout aussi terrifiante. Néanmoins, Jonathan Glazer aurait pu rendre son film un poil plus grand public (ce qui peut paraître nécessaire vu le sujet et l'actualité) en donnant notamment plus de clés aux spectatrices et spectateurs.

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