mercredi 15 mai 2024

The Fall guy (2024)

Quand j'étais enfant, "The Fall guy" faisait partie de mes séries préférées. Dans la veine de "The A-Team", elle maniait efficacement action et humour. Les remakes de ces vieilles séries au cinéma sont plus ou moins réussis, à l'image de "Starsky & Hutch", que j'avais adoré par exemple. Ici, malheureusement, c'est raté.

L'histoire est celle de Colt Seavers (Ryan Gosling, bien), cascadeur et doublure du très connu Tom Ryder (Aaron Taylor-Johnson, caricatural), qui voit sa carrière subitement arrêtée après un accident sur le plateau d'un film. Devenu simple voiturier, il est rappelé des mois plus tard par la productrice Gail Meyer (Hanna Waddingham, pas mal) pour effectuer des cascades sur le nouveau film de Tom Ryder tourné en Australie et réalisé par Jody Moreno (Emily Blunt, bien aussi), l'ancienne petite amie de Colt Seavers. Mais surtout pour enquêter sur la disparition de la star du film...

J'aime : 

* Le casting. Dans la foulée de "Barbie", Ryan Gosling poursuit sur la partition comique, cette fois-ci dans un rôle moins "bête" et plus musclé. Il forme un couple plutôt mignon et qui fonctionne bien avec Emily Blunt. Mention aux rôles secondaires énergiques joués par Hannah Waddingham, que j'ai découverte dans "Ted Lasso", et Winston Duke. J'ai été moins convaincu par Aaron Taylor-Johnson, méconnaissable. On apprécie les apparitions finales de Lee Majors et Heather Thomas (malgré une horrible chirurgie esthétique). On aurait bien voulu voir aussi Douglas Barr.

* Les décors. Le filon australien pour les tournages de films hollywoodiens est de plus en plus exploité, et la ballade à Sydney est ici bien agréable.

* L'action. On peut compter sur l'ancien cascadeur David Leitch, à la réalisation, pour nous offrir de sacrées belles scènes d'action, aussi impressionnantes que drôles.

* La bande originale. Du grand classique old school avec AC/DC, Kiss ou encore Phil Collins pour  plaire aux plus vieux fans. Taylor Swift est également mise à l'honneur, pour les plus jeunes.

J'aime pas :

* Le scénario. Signé du pas fin Drew Pearce, il est hyper poussif, ne reprenant absolument pas les codes de la série. On navigue de manière alambiquée entre le tournage du film et la mission secrète pourrie de Colt Seavers. 

* Les dialogues. On se rend compte à quel point ils sont nuls lors des scènes plombantes et interminables entre Ryan Gosling et Emily Blunt. L'humour du film, lourdingue, ne sauve rien.

C'est le type de film de commande qui traîne dans les tiroirs d'Hollywood depuis des années avec une succession de réalisateurs et d'acteurs. Cela ne donne pas souvent un bon résultat. Ici, malgré les efforts de David Leitch, dont j'avais beaucoup aimé le précédent film, "Bullet Train", personne ne semble y croire, pas même Ryan Gosling, déjà en train de cabotiner. Un piètre hommage pour la chouette série qu'était "The Fall guy". Un remake qui ne tombe vraiment pas à pic.

lundi 29 avril 2024

Bon Schuur Ticino (2024)

C'est possiblement le premier film 100% suisse que je vois. Difficile de passer à côté de la comédie helvétique de l'année signée Peter Luisi. Un gros carton dans tout le pays. 

L'histoire est celle de Jeannot Bachmann (Beat Schlatter, très bien), qui mène à bien une initiative populaire fédérale afin que le français devienne l'unique langue principale en Suisse. Si le pays entier s'y soumet, un seul canton, le Tessin italophone, se montre résistant. Un duo de policiers fédéraux, l'alémanique Walter Egli (Beat Schlatter aussi, toujours aussi bien) et le romand Jonas (Vincent Kucholl, pas mal), est alors envoyé à Locarno pour démanteler un réseau de résistance...

J'aime :

* Le scénario. Mais encore une fois, si l'idée originale est vraiment géniale, elle n'est pas assez exploitée je trouve.

* Le casting. Il permet ainsi de réunir des comédiens des différentes régions linguistiques avec le Suisse allemand Beat Schlatter, qui assure dans deux rôles distincts, la sympathique Tessinoise Catherine Pagani et le Romand Vincent Kucholl, très connu dans son territoire francophone, mais qui en fait un peu des caisses.

* L'humour. Une Suisse entière qui doive se mettre au français (ou même à l'allemand), cela ne peut que donner lieu à des situations drôles tellement les parties germanophones et francophones sont antagonistes linguistiquement. Et on rit beaucoup des gags visuels ou non imaginés par Peter Luisi et Beat Schlatter (aussi scénariste). On aurait donc préféré un film jouant avant tout là-dessus, même si l'idée d'un Tessin désirant faire sécession n'est pas mal non plus.

J'aime pas :

* Quel dommage que cette initiative "No Bilingue" ne serve uniquement de base à une comédie d'action légère (et parfois lourdingue) et bien trop prévisible. Elle a le mérite de ne pas être trop longue.

Succès national attendu et mérité quand même pour "Bon Schuur Ticino" qui, grâce à la comédie, réunit, à travers ses différences, tous les Suisses. Mais une bonne pointe de déception quant à la manière dont est exploité un chouette sujet. 

lundi 22 avril 2024

Yannick (2023)

Ces dernières années, Quentin Dupieux enchaîne les films, parfois plusieurs en moins de douze mois. Ses formats courts et sans grand budget aident à cela. C'est le cas de "Yannick", tourné en quelques jours. 

L'histoire est celle de Yannick (Raphaël Quenard, très bien), modeste gardien de nuit de Melun, venu assister à une pièce de boulevard à Paris pour se changer les idées. Le spectacle proposé est si mauvais qu'il décide de se lever et de l'interrompre afin d'exprimer son mécontentement. Malmené par les comédiens de la pièce et les autres spectateurs, Yannick prend alors la salle en otage...

J'aime :

 * Le casting. Il ne va pas être étonnant de voir désormais Raphaël Quenard partout tellement il crève l'écran avec son bagout et sa grande silhouette. C'est un presque un one-man-show ici que lui offre Quentin Dupieux, après des rôles secondaires dans deux de ses films précédents. Il est bien accompagné par le reste de la distribution dont Pio Marmaï et Blanche Gardin. 

* Le scénario. L'idée originale est excellente, pas totalement surréaliste pour une fois de la part du cinéaste. D'ailleurs, c'est son premier film "réaliste" si l'on peut dire, avec une histoire, bien que comportant évidemment des éléments absurdes, cohérente de bout en bout. 

J'aime pas :

* Bien que court (à peine plus d'une heure), le film recèle tout de même quelques longueurs qui nous feraient bien autant râler que le vieux spectateur de la pièce. Car tout n'est pas si drôle que ça.

"Yannick" étant un huis clos, l'un des styles que j'apprécie le moins car cela finit toujours par m'ennuyer, j'ai forcément des choses à redire. Si je m'attendais à mieux, le film de Quentin Dupieux est néanmoins sympathique avec un génial Raphaël Quenard. 

jeudi 11 avril 2024

Anatomie d'une chute (2023)

J'ai enfin vu la Palme d'or 2023 (entre autres) de Justine Triet, qui a tant fait couler d'encre, moins pour son contenu que pour un simple discours de cette dernière à Cannes. Je m'en voulais de l'avoir raté au cinéma, ce fut donc dans un avion. Pas plus mal, les critiques unanimement (ou presque) dithyrambiques me questionnant. 

L'histoire est celle de Sandra Voyter (Sandra Hüller, très bien), dont le mari meurt après une chute de leur chalet à la montagne. Meurtre, suicide ou accident ? Il n'y a aucun témoin, en dehors de leur fils, Daniel (Milo Machado-Graner, bien), qui a retrouvé le corps de son père. Devant le mystère, sa mère est suspectée et un procès s'ouvre...

J'aime :

* Le scénario. Moins pour son intrigue en elle-même, pas bien passionnante, que pour l'aspect réaliste et documentaire sur la justice française revendiqué par ses auteurs, Justine Triet et Arthur Harari.

* Le casting. Actrice du moment, l'Allemande Sandra Hüller est impeccable dans ce rôle quasiment trilingue et le jeune Milo Machado-Graner s'en tire bien aussi dans une partition compliquée, d'autant plus qu'il doit aussi jouer un handicap. Belle prestation également des deux avocats opposés (Swann Arlaud et Antoine Reinartz). Seul bémol selon moi, mais son apparition ne dure que le temps d'un (long) flashback, Samuel Theis, qui joue le mari de Sandra Voyter, peu à l'aise dans une scène entièrement en anglais.

J'aime pas :

* Le rythme. Non seulement c'est long (2h30), mais les scènes hors enquête ou procès, et le flashback encore plus, même si sans doute nécessaires, plombent assez le film. Et le morceau "phare" du film, joué par le mari avant sa mort, qu'on écoute fort et en boucle à plusieurs moments, est infernal (et donne effectivement des envies de meurtre !).

On est bien évidemment ravi de tous les prix, notamment à l'étranger, remportés par "Anatomie d'une chute", mais, bien que très intéressant et joué, le film de Justine Triet ne nous semble pas non plus très différent, dans son intrigue, qu'un (très) bon téléfilm policier de FranceTélévisions. Et loin d'être plus fastueux cinématographiquement parlant.

vendredi 5 avril 2024

Priscilla (2024)

Après "Elvis", "Priscilla". Mais Sofia Coppola est à l'extrême opposé de Baz Luhrmann en termes stylistique et cela convient bien aussi à la vie de son héroïne, dans l'ombre constante de son rocker de mari.

L'histoire est donc celle de Priscilla Beaulieu (Caillee Spaeny, pas mal), de sa rencontre en Allemagne avec Elvis Presley (Jacob Elordi, sans plus), en 1959, jusqu'à leur séparation en 1973, après des années d'ennui à vivre cachée ou presque à Graceland.

J'aime :

* Le scénario. Il est fidèlement adapté de l'autobiographie de Priscilla Presley, qui fait partie de la production. Néanmoins, pour une fois, on ne sent pas que le récit a été édulcoré ou romancé, tant on tend à croire la protagoniste principale. D'ailleurs, Elvis Presley n'apparaît pas spécialement non plus comme un monstre, juste une rock star de son époque (Cynthia Lennon a vécu une situation assez similaire avec John Lennon, mise à l'écart pour ne pas que les fans ne sachent que la vedette est en couple et s'en désintéressent). "Elvis" montre qu'il est lui-même victime du Colonel Parker (quasiment absent ici).

* La reconstitution. Tout comme la mise en scène, elle n'a rien à voir avec le film de Baz Luhrmann, bien plus sobre et tout aussi soignée, voire mieux.

J'aime pas :

* Le casting. Les acteurs ne sont pas mauvais, mais, au vu des photos, Caillee Spaeny fait légèrement moins mature que le personnage qu'elle incarne (et la différence d'âge choque vraiment pour le coup), et Jacob Elordi manque singulièrement de charisme. 

* La bande originale. Comme pour "Marie Antoinette", Sofia Coppola joue avec une partition parfois plus contemporaine, mais le problème principal est l'absence de la moindre chanson du "King". Choix volontaire ou non, c'est tout de même un manque majeur.

* Le film est plutôt long, mais passe trop rapidement sur les circonstances de l'attirance d'Elvis pour Priscilla. Comme tout est montré du point de vue de cette dernière, on ne comprend pas vraiment en quoi elle lui a plu. Coup de foudre ou plus? On aurait préféré que Sofia Coppola s'attarde un peu plus sur cet élément, pour couper dans les nombreuses scènes d'ennui et de frustration à Graceland. 

Dans la même veine que "Marie Antoinette", la cinéaste a voulu mettre en lumière une icône féminine qui valait bien plus que ce qu'on sait d'elle. Si cet aspect-là, et ce témoignage historique, est intéressant et bien rendu, on regrette ici une œuvre un peu trop sage, à l'image de son casting et de ses omissions.

mardi 26 mars 2024

Game night (2018)

Je n'avais jamais entendu parler de ce film signé du duo John Francis Daley-Jonathan Goldstein (déjà trois comédies à leur actif), mais il m'a permis de passer un bon moment lors d'un récent voyage en avion.

L'histoire est celle d'un groupe d'amis qui se réunit régulièrement pour des soirées jeux de société. Brooks (Kyle Chandler, bien), le frère de Max (Jason Bateman, bien aussi), l'un des participants, débarque un jour et invite à son tour la troupe chez lui pour une "murder party" qui va très mal tourner...

J'aime :

* Le scénario. Certes, on pense tout de suite à "The Game", mais il s'agit ici d'une comédie - et on rit beaucoup de voir les couples faire comme si la "Murder Party" était un vrai jeu alors que ce n'en est pas complètement un - et l'histoire n'est pas aussi prévisible qu'elle n'en a l'air.

* Le casting. Il a l'air de s'amuser autant que nous et quel régal de voir autant de têtes connues (de séries notamment) : Jason Bateman et Kyle Chandler donc, mais aussi Rachel McAdams, Jesse Plemons, Michael C. Hall, Chelsea Peretti... que du beau monde !

* L'humour. De nombreuses situations cocasses sont au programme, jouant donc pas mal sur les quiproquos.

J'aime pas :

* Pas grand-chose à redire, peut-être un dénouement un peu trop grandiloquent.

"Game night" fait partie de ces comédies diablement efficaces : une durée parfaite (1h40), un rythme effréné, une histoire originale, des comédiennes et comédiens enjoués. Bref, mission divertissement assurée.

lundi 12 février 2024

The zone of interest (2024)

Récompensé au festival de Cannes, "The zone of interest", du Britannique Jonathan Glazer, a immédiatement attisé ma curiosité par son idée originale d'évoquer l'horreur des camps de la mort de la Seconde Guerre Mondiale d'un autre point de vue. Mais le résultat final n'a pas été à la hauteur de mes espérances...

L'histoire est celle du nazi Rudolf Höss (Christian Friedel, bien), commandant d'Auschwitz, et de son quotidien familial avec sa femme Hedwig (Sandra Hüller, très bien) et ses jeunes enfants. Ils vivent une vie heureuse et paisible dans leur grand pavillon avec jardin et piscine situé juste à côté du camp, sans se soucier du sort des milliers de prisonniers éliminés chaque jour et chaque nuit à quelques mètres de chez eux...

J'aime :

* Le scénario. Adapté par Jonathan Glazer d'un roman du Britannique Martin Amis, il met le focus sur les bourreaux, et quasiment eux uniquement. Sans pour autant négliger les victimes dont on ressent, hors champ, la lourde présence à chaque instant. On doit reconnaître une baisse d'intérêt lorsque Rudolf Höss est appelé à d'autres fonctions en dehors d'Auschwitz.

* La mise en scène. Sobre, froide et clinique, elle correspond bien à l'état d'esprit nazi en ce qui concerne la Solution finale. Jonathan Glazer filme ainsi des scènes on ne peut plus banales de la vie quotidienne des Höss tandis que seul le bruit continu du camp à côté (cris, brouhaha, aboiements, cheminées, construction...) nous permet d'imaginer ce qu'il peut s'y dérouler. Glaçant.

* La reconstitution. Le tournage a eu lieu aux abords d'Auschwitz même, accentuant encore plus l'authenticité du film.

* Le casting. Le couple Höss est remarquablement interprété par Christian Friedel et Sandra Hüller. On salue par la même occasion que Jonathan Glazer ne soit pas tombé dans la facilité en faisant appel à un casting anglo-saxon.

J'aime pas :

* Les effets visuels. Je ne sais pas si cela lui vient de son passé de réalisateur de clips, mais Jonathan Glazer introduit à plusieurs moments des séquences visuellement différentes (long écran noir ponctué de musique en introduction, un autre écran rouge cette fois, et ces scènes nocturnes tournées comme avec une caméra infrarouge), tranchant radicalement avec le reste, sans que ces effets soient vraiment pertinents. 

* Une autre chose qui m'a bien dérangé, c'est que, si le film suit de près la biographie de Rudolf Höss, il est truffé d'éléments qui ne sont pas expliqués (par exemple, qui est cette autre femme qui vient le voir une unique fois et pourquoi ?) et qu'il est difficile de comprendre si on ne connaît pas du tout la vie du commandant d'Auschwitz. Au final, j'ai mieux saisi ces scènes après avoir vu le film en allant me renseigner.

Grand Prix au festival de Cannes, "The zone of interest" sort clairement de l'ordinaire dans son récit de la Shoah, avec une approche radicalement différente mais tout aussi terrifiante. Néanmoins, Jonathan Glazer aurait pu rendre son film un poil plus grand public (ce qui peut paraître nécessaire vu le sujet et l'actualité) en donnant notamment plus de clés aux spectatrices et spectateurs.