samedi 26 décembre 2020

Tandem (1987)

J'avais rarement entendu parler de ce film de Patrice Leconte, qui fut une oeuvre de transition aussi bien pour lui que pour Gérard Jugnot. Eh bien je suis heureux d'avoir pu le voir par hasard. 

L'histoire est celle de Michel Mortez (Jean Rochefort, exceptionnel, comme souvent), animateur radio has been d'un jeu passé de mode, "La langue au chat". Il sillonne la France et particulièrement ses petites villes en compagnie de son ingénieur du son, Rivetot (Gérard Jugnot, très bien), pour son émission quotidienne. Un jour, Rivetot apprend que celle-ci va être supprimée, mais il décide de ne rien dire à Mortez pour ne pas lui faire de peine.

J'aime : 

 * Le casting. Une fois de plus, Jean Rochefort crève l'écran dans un rôle qui lui va si bien, aussi antipathique qu'attachant. A ses côtés, Gérard Jugnot porte une perruque et surtout laisse tomber la moustache pour la première fois. L'admiration du second pour le premier se ressent à l'écran, faisant apparaître une belle complicité entre les deux comédiens/personnages. Une relation (et un scénario) qui fait penser à Don Quichotte et Sancho Panza, comme une prédiction pour ce futur rôle de Jean Rochefort (malheureusement inachevé). Les seconds rôles sont tout petits à côté, mais très bien.

* Le scénario. Cela fait plaisir de revoir des comédies (dramatique ici) françaises un peu "anciennes", car, contrairement à la plupart des actuelles qui copient des trames américaines en moins bien, elles se placent dans un univers bien français (sans nationalisme aucun évidemment). "La langue au chat" parodie le culte "Jeu des 1000 francs" de France Inter et offre un véritable concentré de "province", avec ses lieux, ses décors, ses gens et un animateur qui se prend pour une star qu'il n'est plus depuis bien longtemps. Surtout, cela montre le décalage toujours actuel entre Paris (représenté ici par la direction de la radio, qui veut supprimer l'émission, jugée ringarde) et le reste de la France, dont le public est lui toujours friand de ce type d'événement. 

* Les décors. Comme dit plus haut, on sillonne avec Mortez et Rivetot une autre France, même si elle n'est vraiment pas présentée sous son meilleur jour, mais c'est original.

* La bande originale. Elle est étonnante car principalement composée d'une (belle) chanson, chantée en italien par Richard Cocciante, "Il mio rifugio" (reprise en plus d'une chanson française de François Bernheim). Jouée à plusieurs reprises dans le film, elle lui offre une dose de mélancolie en plus.

J'aime pas :

 *  Pas de reproche particulier à faire.

Oeuvre marquante à plus d'un titre donc : Patrice Leconte se lance magnifiquement dans la comédie dramatique, de même que pour Gérard Jugnot, tandis que Jean Rochefort propose sans doute l'un de ses plus beaux rôles. Grand film !

lundi 21 décembre 2020

The Firm (1993)

Au début des années 1990, il y a eu cette mode des thrillers judiciaires, notamment grâce aux romans de l'écrivain John Grisham. "The Firm" est d'ailleurs le premier porté au cinéma, avec Sydney Pollack derrière la caméra, les suivants connaîtront le même (heureux) sort. 

L'histoire est celle de Mitch McDeere (Tom Cruise, excellent), brillant étudiant en droit recruté avant même de pouvoir exercer par un cabinet d'avocats d'affaires de Memphis. Tout se passe pour le mieux jusqu'à ce que surgissent des événements troublants : la mort de deux avocats du cabinet, un premier contact par le FBI... Le jeune homme décide alors d'enquêter sur ce que désire cacher ses employeurs. 

J'aime : 

 * Le casting. Alors qu'il joue plutôt que des rôles de casse-cou ces derniers temps, cela fait plaisir de revoir Tom Cruise camper un personnage tout autre, alors certes jeune premier quand même, mais qui va lutter avec d'autres armes contre ses ennemis. La flopée de seconds rôles est de premier ordre également : Gene Hackman (qui joue très bien un mentor pas net), Jeanne Tripplehorn (qui joue une épouse qui a du caractère, on aime!), Ed Harris (qui joue un agent du FBI à la dure qui se fait tourner en bourrique), Gary Busey (qui joue un excentrique détective privé) ou encore Holly Hunter (qui joue la secrétaire gonflée du détective). 

* Le scénario. Peu d'action, presque pas de morts visibles, et pourtant on assiste à un thriller haletant, autour d'une histoire dont les détails restent néanmoins un peu complexes.

* Le lieu. Toujours un plaisir pour moi qu'un film américain se déroule dans une ville autre que New York ou Los Angeles. Ici Memphis. 

* La bande originale. Signée Dave Grusin, elle offre quelques trépidants morceaux de jazz qui collent parfaitement à l'ambiance.

J'aime pas :

* Pas de reproche particulier à faire. 

Je n'avais jamais vu "The Firm" sans doute parce que, sur le papier, l'histoire ne m'emballait pas. J'ai mûri et été agréablement surpris autant par le scénario très prenant que par un casting cinq étoiles. Bravo.

vendredi 11 décembre 2020

Nevada Smith (1966)

J'aime les westerns, j'aime Steve McQueen. J'étais donc comblé de pouvoir regarder cette oeuvre de l'expert Henry Hathaway que je n'avais jamais vue. Plutôt bon !

Tirée d'un roman, l'histoire raconte la quête de vengeance de Max Sand (Steve McQueen, pas mal), un jeune métis blanc et autochtone, dont les parents sont sauvagement assassinés par un trio de malfrats. Après un apprentissage du maniement des armes par le marchand ambulant Jonas Cord (Brian Keith, très bien), le cow-boy va alors entreprendre de retrouver et tuer un à un les assassins de ses parents...

J'aime : 

 * Le scénario. Evidemment, le fil rouge - la vengeance - est des plus convenus, mais rappelons qu'il s'agit d'un western et que c'est un ressort souvent utilisé dans cet univers sans foi ni loi. D'ailleurs, Max Sand aura l'occasion plusieurs fois de voir cette quête remise en question. Mais surtout, pour en arriver là, le cheminement sera long car les trois cibles du jeune homme se sont séparées depuis leur crime, donnant alors lieu à trois aventures différentes. La séquence de l'apprentissage auprès de Jonas Cord est des plus sympathiques, celle dans le camp de travail des bayous sans doute un peu trop longue (un film en lui-même !).

* Les décors. De véritables paysages américains pour ce western non-spaghetti, à la fois variés (désert, bayou, etc.) et magnifiques, offrant un voyage dans le sud des Etats-Unis. 

* Le casting. Tout en adorant Steve McQueen, qui offre ici une jolie évolution, de jeune naïf à vengeur rusé, il est clairement trop vieux pour le rôle (vingt ans de plus que le personnage du roman !), ce qui fait qu'on reste un peu dubitatif au début, puis n'a rien de métis. Au-delà de cela, le reste des personnages est charismatique à souhait avec de vraies trognes de western. Peu de femmes - et ce sont des faire-valoir,  mais un rôle un peu plus intéressant pour Pilar (Suzanne Pleshette). 

* L'action. Les aventures étant variées, les morceaux de bravoure de Max Sand sont légion, avec de nombreuses occasions pour lui de se mettre en valeur, pour le pire comme pour le meilleur.

 J'aime pas : 

* En dehors de quelques longueurs et donc d'une adaptation qu'il aurait fallu un poil moins fidèle sur l'âge et les origines de Max Sand, peu de reproches à apporter. 

Avec "Nevada Smith" (drôle de nom qui n'arrive qu'à la fin), Henry Hathaway signe un western divertissant, dans lequel Steve McQueen brille une fois de plus.

mardi 8 décembre 2020

The Wolf of Wall Street (2013)

On m'a vendu du rêve avec ce film que j'ai longtemps laissé de côté parce que long et de nouveau un Scorsese avec Leonardo DiCaprio. Je ne regrette pas trop mon choix. 

L'histoire (vraie) est celle de Jordan Belfort (Leonardo DiCaprio, très bien), jeune trader new-yorkais, qui débute sa carrière à la fin des années 1980. Alors qu'il est en pleine ascension, chaperonné par l'expérimenté Mark Hanna (Matthew McConaughey, incroyable), un krach boursier provoque la faillite de son entreprise. Il va alors se reconvertir, via son nouvel emploi, dans la vente d'actions de PME. Le succès aidant, il crée alors sa propre société, Stratton Oakmont, avec son voisin et associé Donnie Azoff (Jonah Hill, déjanté). La mayonnaise prend et les affaires sont florissantes, plongeant Belfort, Azoff et leurs traders dans une folie totale, attirant les suspicions du FBI...

J'aime : 

* Le casting. Ce sont vraiment les acteurs et actrices qui portent le film de Martin Scorsese. Il faut en effet une performance assez exceptionnelle de cette troupe pour camper des personnages sans limites dans le travail, l'argent, l'alcool, la drogue, le sexe... Leonardo DiCaprio en tête bien entendu. Premier grand rôle détonnant aussi pour Margot Robbie.

* La mise en scène. Martin Scorsese colle parfaitement au train de vie de son héros, c'est ultra tonique et rythmé, avec un montage nerveux, sans aucun temps mort ou presque, où toutes les extravagances sont permises.

 * La bande originale. Comme toujours avec le cinéaste, c'est éclectique et il n'y a que du bon. Au top.

J'aime pas :

* Le scénario. Si la première partie sur la formation puis l'ascension de Jordan Belfort est assez intéressante, le reste du film est une surenchère de scènes les plus dingues les unes que les autres sur l'autodestruction du trader avec comme fil rouge l'enquête du FBI pour le coincer, pas bien passionnante.

Si la vie de Jordan Belfort est fascinante, Martin Scorsese a choisi de la traiter sous un angle presque tarantinesque, en privilégiant les frasques au mécanisme de son succès, rapidement expliqué au début du film. C'est très divertissant, merci aux acteurs, mais sur le fond, on s'ennuie quelque peu.

mardi 20 octobre 2020

A Perfect world (1993)

Poursuivant la filmographie de Clint Eastwood, j'étais heureux de tomber enfin sur cette oeuvre majeure, pourtant de commande, que je n'avais bizarrement pas encore vue. Des éloges mérités. 

L'histoire se situe en 1963 au Texas, quelques jours avant la venue de Kennedy. Les criminels Butch Haynes (Kevin Costner, très bien) et Terry Pugh (Keith Szarabajka, pas mal) s'évadent d'un pénitencier. Au début de leur cavale, il entrent par effraction dans la maison d'une mère de famille dont ils kidnappent le jeune fils, Philip (TJ Lowther, excellent). La course-poursuite avec les autorités, menées par le Texas ranger Red Garnett (Clint Eastwood, sobre), peut commencer...

J'aime :

 * Le scénario. Les duos mal assortis, cela fonctionne très souvent au cinéma, et encore plus lorsque c'est un type dur avec un petit garçon des plus tendres. Ainsi, la cavale des deux criminels et du garçonnet se révèle des plus attachantes tandis que la chasse à l'homme est plutôt bon enfant. Avec un final totalement eastwoodien.

* Le casting. Kevin Costner, à l'apogée de sa carrière pour des rôles de "héros", se retrouve cette fois antihéros et se révèle impeccable (il est particulièrement marquant à la fin), affublé d'un formidable jeune acteur pour lui donner la réplique. On regrettera que ce dernier n'ait pas vraiment fait carrière par la suite. On saluera également la sobriété de Clint Eastwood dans un énième rôle de force de l'ordre, qui au départ ne voulait pas jouer dans son film. La chasse à l'homme de Red Garnett s'efface largement au profit de la cavale de Butch et Philip. A signaler également l'unique rôle principal féminin de l'excellente Laura Dern, qui joue la criminologue Sally Gerber, même s'il apparaît légèrement de convenance. Et puis de très bons seconds rôles par ailleurs.

* La mise en scène. "A Perfect world" est rempli de scènes fortes comme touchantes, avec tension, émotion et humour. Que des bonnes choses donc, avec un casting de haut niveau, menées de main de maître par le maestro Clint Eastwood.

* La reconstitution. Je l'ai déjà dit ici, je suis passionné par les années 1950-1960, notamment aux Etats-Unis, et l'époque est encore ici très bien retranscrite, que ce soit dans l'ambiance, les décors, les costumes ou encore les véhicules. 

* La bande originale. C'est principalement par la musique et la culture que j'aime cette époque, et je suis donc heureux de retrouver ici des morceaux et chansons ajoutant à cette ambiance.

 J'aime pas

 * Difficile de trouver quelque chose à redire en dehors peut-être, côté scénario, des conditions de l'enlèvement du petit garçon, un peu confuses. 

"A Perfect world" est sans doute l'un des meilleurs films de Clint Eastwood car, à l'image de Butch, c'est un dur au coeur tendre, qui apporte à la fois maîtrise et finesse dans cette oeuvre.

samedi 10 octobre 2020

Blue Steel (1990)

Je n'avais jamais entendu parler de ce film, qui est l'un des premiers de Kathryn Bigelow. J'ai donc sauté sur l'occasion. Particulier. 

L'histoire est celle de Megan Turner (Jamie Lee Curtis, excellente), qui vient tout juste d'être diplômée de l'académie de police de New York. Lors de l'une de ses premières tournées, elle assiste au braquage d'un supermarché. Elle intervient en tuant le malfaiteur. Sauf que l'arme de ce dernier est dérobée par l'un des clients, le trader Eugene Hunt (Ron Silver, spécial). Megan est alors accusée d'avoir abattu un homme désarmé tandis qu'Eugene se met à errer dans New York en tuant au hasard avec l'arme en question...

J'aime : 

 * Le scénario. Le fil rouge, le jeu du chat et de la souris entre Megan et Eugene, est haletant avec une tension qui monte graduellement.

* L'atmosphère. Hostile, elle se cale parfaitement avec le scénario, à savoir des scènes souvent nocturnes, dans une ville de New York glaçante et pluvieuse. 

* Le casting. Cela fait plaisir de voir une toute jeune Jamie Lee Curtis, dans un rôle toujours aussi énergique. Même s'il fait bien peur, son ennemi, joué par Ron Silver, est moins convaincant. Les seconds rôles sont solides.

 J'aime pas : 

 * Avec la tension qui monte donc au cours de l'histoire, ce sont aussi les incohérences qui surgissent jusqu'aux plus absurdes (un ennemi quasi immortel et qui sait vraiment tout de sa proie). Cela gâche un peu les choses. On a le droit également à une esthétique et une mise en scène très 80's, un peu datées aujourd'hui. 

"Blue Steel" avait beaucoup de potentiel, se basant sur une idée de départ attractive, mais plus le film avance, plus il s'enfonce malheureusement dans la série B. Dommage.

lundi 14 septembre 2020

Walk the line (2006)

Je ne connaissais pas bien Johnny Cash avant de voir le film biographique de James Mangold, hormis un nom, un genre, quelques morceaux vaguement, et encore moins June Carter. "Walk the line" a donc largement comblé mes lacunes, de manière très réussie. 

L'histoire suit une partie de la vie et carrière de Johnny Cash (Joaquin Phoenix, très bien), ses hauts et ses bas, de son enfance pauvre, dans les années 1930, jusqu'à la fin des années 1960, qui constitue son retour en grâce professionnel et son mariage avec June Carter (Reese Witherspoon, excellente).

J'aime : 

 * Le scénario. On ne lui reprochera pas d'aller au-delà des années 1960 car on peut se douter que les époques les plus fascinantes de Johnny Cash sont dans le film. Le mariage avec June Carter consommé, sa vie sera certainement plus paisible (même s'il y a eu d'autres bas plus tard il me semble). Et donc nous suivons des moments marquants pour lui comme pour nous. 

* Le casting. Entourés de solides seconds rôles (Ginnifer Goodwin, Robert Patrick...), Joaquin Phoenix et sans doute encore un peu plus Reese Witherspoon, au panel plus varié ici, offrent une performance mémorable. 

* La bande originale. Aimer la musique des années 1950 et 1960 aide beaucoup. Je ne suis pas un grand fan de country en général, mais ses racines commerciales via le rockabilly, dont Johnny Cash est un leader, me plaisent bien mieux. Et de saluer la performance, cette fois musicale, des deux acteurs principaux. 

* La reconstitution. Je suis particulièrement fan de cette époque, via sa musique sans doute, et je trouve les décors et costumes soignés.

 J'aime pas : 

 * Evidemment, il est toujours frustrant de regarder un biopic car on sait qu'il manquera des éléments. Pour celui-ci, j'aurais aimé voir moins de séquences où Johnny Cash s'autodétruit en buvant et/ou se droguant, bien trop nombreuses, et plus de scènes sur sa musique (comment il l'a apprise, pourquoi il a voulu faire carrière dans ce domaine, quelles sont ses inspirations, etc.).

"Walk the line" a donc des trous importants, mais il a au moins le mérite d'offrir un regard sincère et surtout pas hagiographique sur un monstre sacré de la musique américaine. Son histoire est passionnante et nous donne envie d'aller plus loin ensuite.