mardi 20 octobre 2020

A Perfect world (1993)

Poursuivant la filmographie de Clint Eastwood, j'étais heureux de tomber enfin sur cette oeuvre majeure, pourtant de commande, que je n'avais bizarrement pas encore vue. Des éloges mérités. 

L'histoire se situe en 1963 au Texas, quelques jours avant la venue de Kennedy. Les criminels Butch Haynes (Kevin Costner, très bien) et Terry Pugh (Keith Szarabajka, pas mal) s'évadent d'un pénitencier. Au début de leur cavale, il entrent par effraction dans la maison d'une mère de famille dont ils kidnappent le jeune fils, Philip (TJ Lowther, excellent). La course-poursuite avec les autorités, menées par le Texas ranger Red Garnett (Clint Eastwood, sobre), peut commencer...

J'aime :

 * Le scénario. Les duos mal assortis, cela fonctionne très souvent au cinéma, et encore plus lorsque c'est un type dur avec un petit garçon des plus tendres. Ainsi, la cavale des deux criminels et du garçonnet se révèle des plus attachantes tandis que la chasse à l'homme est plutôt bon enfant. Avec un final totalement eastwoodien.

* Le casting. Kevin Costner, à l'apogée de sa carrière pour des rôles de "héros", se retrouve cette fois antihéros et se révèle impeccable (il est particulièrement marquant à la fin), affublé d'un formidable jeune acteur pour lui donner la réplique. On regrettera que ce dernier n'ait pas vraiment fait carrière par la suite. On saluera également la sobriété de Clint Eastwood dans un énième rôle de force de l'ordre, qui au départ ne voulait pas jouer dans son film. La chasse à l'homme de Red Garnett s'efface largement au profit de la cavale de Butch et Philip. A signaler également l'unique rôle principal féminin de l'excellente Laura Dern, qui joue la criminologue Sally Gerber, même s'il apparaît légèrement de convenance. Et puis de très bons seconds rôles par ailleurs.

* La mise en scène. "A Perfect world" est rempli de scènes fortes comme touchantes, avec tension, émotion et humour. Que des bonnes choses donc, avec un casting de haut niveau, menées de main de maître par le maestro Clint Eastwood.

* La reconstitution. Je l'ai déjà dit ici, je suis passionné par les années 1950-1960, notamment aux Etats-Unis, et l'époque est encore ici très bien retranscrite, que ce soit dans l'ambiance, les décors, les costumes ou encore les véhicules. 

* La bande originale. C'est principalement par la musique et la culture que j'aime cette époque, et je suis donc heureux de retrouver ici des morceaux et chansons ajoutant à cette ambiance.

 J'aime pas

 * Difficile de trouver quelque chose à redire en dehors peut-être, côté scénario, des conditions de l'enlèvement du petit garçon, un peu confuses. 

"A Perfect world" est sans doute l'un des meilleurs films de Clint Eastwood car, à l'image de Butch, c'est un dur au coeur tendre, qui apporte à la fois maîtrise et finesse dans cette oeuvre.

samedi 10 octobre 2020

Blue Steel (1990)

Je n'avais jamais entendu parler de ce film, qui est l'un des premiers de Kathryn Bigelow. J'ai donc sauté sur l'occasion. Particulier. 

L'histoire est celle de Megan Turner (Jamie Lee Curtis, excellente), qui vient tout juste d'être diplômée de l'académie de police de New York. Lors de l'une de ses premières tournées, elle assiste au braquage d'un supermarché. Elle intervient en tuant le malfaiteur. Sauf que l'arme de ce dernier est dérobée par l'un des clients, le trader Eugene Hunt (Ron Silver, spécial). Megan est alors accusée d'avoir abattu un homme désarmé tandis qu'Eugene se met à errer dans New York en tuant au hasard avec l'arme en question...

J'aime : 

 * Le scénario. Le fil rouge, le jeu du chat et de la souris entre Megan et Eugene, est haletant avec une tension qui monte graduellement.

* L'atmosphère. Hostile, elle se cale parfaitement avec le scénario, à savoir des scènes souvent nocturnes, dans une ville de New York glaçante et pluvieuse. 

* Le casting. Cela fait plaisir de voir une toute jeune Jamie Lee Curtis, dans un rôle toujours aussi énergique. Même s'il fait bien peur, son ennemi, joué par Ron Silver, est moins convaincant. Les seconds rôles sont solides.

 J'aime pas : 

 * Avec la tension qui monte donc au cours de l'histoire, ce sont aussi les incohérences qui surgissent jusqu'aux plus absurdes (un ennemi quasi immortel et qui sait vraiment tout de sa proie). Cela gâche un peu les choses. On a le droit également à une esthétique et une mise en scène très 80's, un peu datées aujourd'hui. 

"Blue Steel" avait beaucoup de potentiel, se basant sur une idée de départ attractive, mais plus le film avance, plus il s'enfonce malheureusement dans la série B. Dommage.

lundi 14 septembre 2020

Walk the line (2006)

Je ne connaissais pas bien Johnny Cash avant de voir le film biographique de James Mangold, hormis un nom, un genre, quelques morceaux vaguement, et encore moins June Carter. "Walk the line" a donc largement comblé mes lacunes, de manière très réussie. 

L'histoire suit une partie de la vie et carrière de Johnny Cash (Joaquin Phoenix, très bien), ses hauts et ses bas, de son enfance pauvre, dans les années 1930, jusqu'à la fin des années 1960, qui constitue son retour en grâce professionnel et son mariage avec June Carter (Reese Witherspoon, excellente).

J'aime : 

 * Le scénario. On ne lui reprochera pas d'aller au-delà des années 1960 car on peut se douter que les époques les plus fascinantes de Johnny Cash sont dans le film. Le mariage avec June Carter consommé, sa vie sera certainement plus paisible (même s'il y a eu d'autres bas plus tard il me semble). Et donc nous suivons des moments marquants pour lui comme pour nous. 

* Le casting. Entourés de solides seconds rôles (Ginnifer Goodwin, Robert Patrick...), Joaquin Phoenix et sans doute encore un peu plus Reese Witherspoon, au panel plus varié ici, offrent une performance mémorable. 

* La bande originale. Aimer la musique des années 1950 et 1960 aide beaucoup. Je ne suis pas un grand fan de country en général, mais ses racines commerciales via le rockabilly, dont Johnny Cash est un leader, me plaisent bien mieux. Et de saluer la performance, cette fois musicale, des deux acteurs principaux. 

* La reconstitution. Je suis particulièrement fan de cette époque, via sa musique sans doute, et je trouve les décors et costumes soignés.

 J'aime pas : 

 * Evidemment, il est toujours frustrant de regarder un biopic car on sait qu'il manquera des éléments. Pour celui-ci, j'aurais aimé voir moins de séquences où Johnny Cash s'autodétruit en buvant et/ou se droguant, bien trop nombreuses, et plus de scènes sur sa musique (comment il l'a apprise, pourquoi il a voulu faire carrière dans ce domaine, quelles sont ses inspirations, etc.).

"Walk the line" a donc des trous importants, mais il a au moins le mérite d'offrir un regard sincère et surtout pas hagiographique sur un monstre sacré de la musique américaine. Son histoire est passionnante et nous donne envie d'aller plus loin ensuite.

vendredi 4 septembre 2020

Ocean's 8 (2018)

Même si ce spin-off tardif ne me donnait guère envie, il fallait bien que je complète ma série des "Ocean". Signé Gary Ross, mais toujours sous la houlette du duo Soderbergh-Clooney, cet épisode 100% féminin est assez vain. 

L'introduction de l'histoire mime celle d'"Ocean's Eleven". Cette fois, ce n'est pas Danny - qui est décédé -, mais sa soeur Debbie (Sandra Bullock, correcte) qui sort de prison avec l'envie immédiate de réaliser un casse. Son objectif : dérober lors du MET Gala, à New York, un collier Cartier d'une valeur de 150 millions de dollars. Pour cela, elle va contacter sa vieille amie Lou (Cate Blanchett, sobre) et recruter cinq autres femmes pour concrétiser son coup : la pickpocket Constance (Awkwafina, sans plus), la hackeuse Nine-Ball (Rihanna, pas si mal), la tailleuse de diamants Amita (pas mal), la "caméléon" Tammy (Sarah Paulson, bien) et la créatrice de mode Rose Weil (Helena Bonham Carter, très bien). La huitième femme du groupe le sera à son insu : l'actrice Daphne Kluger (Anne Hathaway, excellente), qui portera le bijou lors de l'événement. 

J'aime :

 * Le casting. Aux deux baronnes (Sandra Bullock et Cate Blanchett, pas très expressives), on préfère plutôt le reste de l'équipe, particulièrement Sarah Paulson, Helena Bonham Carter et, surtout, Anne Hathaway. 

* L'ambiance. On sent que tout le monde s'entend bien et la préparation comme la réalisation du casse se font dans une atmosphère plutôt décontractée. Même si l'humour est globalement assez réchauffé, le personnage d'Anne Hathaway vient pimenter tout cela.

* La bande originale. Elle est assez cool, avec pas mal de morceaux déjà entendus, mais du Charles Aznavour quand même.

J'aime pas :

* Le scénario. Malheureusement, il manque clairement de folie et il surprend même car le plan se déroule absolument sans accroc. En dehors d'un petit rebondissement final. Mais le film a au moins le mérite d'être "court" et rythmé.

L'idée de départ n'était pas mauvaise du tout, au contraire, mais le résultat manque clairement d'ambition. Si "Ocean's 8" est tout de même divertissant, il n'arrive pas à marquer suffisamment pour se placer au même niveau que la trilogie précédente (qui a aussi ses défauts mais pèse bien plus).

samedi 22 août 2020

Dune (1985)

Je ne suis pas du tout familier de l'univers de Frank Herbert, mais l'adaptation au cinéma de son chef-d'oeuvre par David Lynch étant à la fois culte et controversée, cela a aiguisé ma curiosité. Pas pire ! 

Je serais bien incapable d'affirmer si la version du cinéaste américain est fidèle ou pas, toujours est-il que c'est l'histoire, dans une galaxie lointaine, d'une lutte pour le contrôle de la planète Arrakis (ou "Dune"), seul lieu où l'on trouve une denrée extraordinaire appelée "Epice". L'empereur de la galaxie, Padishah Shaddam IV (José Ferrer, pas mal), nomme les Atréides, menés par le duc Leto (Jürgen Prochnow, bien), à sa tête. Hélas, il s'agissait d'un piège orchestré conjointement avec les Harkonnens du vilain baron Vladimir (Kenneth McMillan, excellent) qui prennent Arrakis d'assaut. Rescapés du massacre, la femme et le fils de Leto Atréides, Jessica (Francesca Annis, bien aussi) et Paul (Kyle MacLachlan, très bien), rejoignent le peuple autochtone de la planète, les Fremen, afin d'organiser la résistance...

J'aime : 

 * Le scénario. Malgré les explications d'introduction, il faut un peu de temps pour rentrer dedans, mais ensuite, c'est plutôt fluide et on assiste à un vrai bon film de science-fiction, entre intrigues et action. On imagine évidemment que David Lynch, qui a aussi signé le script, a simplifié au maximum le récit tout en apportant sa touche sophistiquée.

* Le casting. La plupart des acteurs, confirmés, ont un peu disparu évidemment, mais on retrouve notamment un jeune Kyle MacLachlan dans son premier rôle et déjà diablement charismatique. J'ai apprécié aussi voir Dean Stockwell (de ma série chouchou "Quantum Leap") dans un rôle pivot (le docteur traître Yueh). Quant à Sting, dans une apparition finalement aussi anecdotique que marquante, il s'en sort pas si mal. 

* Les effets spéciaux. Forcément, ils paraissent datés aujourd'hui et n'équivalent peut-être pas ceux de films précédents comme la première trilogie "Star Wars", mais ils restent à la fois étonnants et originaux. 

* La bande originale. Un thème de Brian Eno, le reste de Toto, c'est pas "beau", mais l'ambiance est assurée.

J'aime pas : 

* L'esthétique. On ne peut pas dire que les décors soient extrêmement variés et ils sont globalement assez laids. Pareil pour les costumes. 

Si j'aurais adoré voir le "Dune" imaginé dans un premier temps par Alejandro Jodorowsky et qui aurait sans doute été plus flamboyant (je recommande le documentaire "Jodorowsky's Dune" sur le sujet) que celui de son successeur sur le projet, David Lynch s'en sort plutôt bien (même s'il a lui-même renié son oeuvre pour des raisons de "final cut" non respecté par les producteurs) pour les néophytes dont je fais partie. Un divertissement SF vintage qui passe encore bien! 

jeudi 13 août 2020

Tout simplement noir (2020)

En ces temps de pandémie et de mouvement "Black lives matter", le film de Jean-Pascal Zadi et John Wax est tombé à point nommé. Frais, original et efficace. 

L'histoire est celle de JP, comédien raté, qui décide de se lancer dans l'organisation d'une grande marche des (hommes) noirs à Paris, pour dénoncer leur manque de visibilité en France, aussi bien dans la société que dans les médias. Il se met alors en scène dans un documentaire qui suivra notamment ses démarches auprès de personnalités noires françaises (acteurs, humoristes, etc.) afin de l'aider à promouvoir l'événement. Un parcours semé d'embûches pour un personnage aussi maladroit que lui...

J'aime : 

 * Le casting. Je découvre Jean-Pascal Zadi avec bonheur, acteur très drôle au physique particulier, on pense évidemment à sa dentition sur lesquelles les vannes pleuvent au cours du film. Il est parfait dans ce rôle de tête à claques sans gêne mais au final très attachante. Il a su réunir la grande majorité des humoristes et comédiens noirs français dans ce subtil exercice d'autodérision. Car la plupart en prennent pour leur grade ! 

* Le message. Jean-Pascal Zadi a donc choisi l'humour et l'absurde pour dénoncer le manque de visibilité des noirs en France (car, si c'est le combat de son personnage, c'est bien aussi le but du film) et pose, à travers les déambulations de JP, de nombreuses questions (comment agir au mieux ? De quelle forme ? De quelle manière ? La place des femmes, etc.), visant souvent juste.

* Le format. Jean-Pascal Zadi a choisi le mode "faux documentaire", où toutes les images que l'on voit font partie du projet, et ça marche très bien, donnant un côté spontané et improvisé aux scènes. 

* Le scénario. S'il détonne par son originalité, il est un peu fait de bric et de broc en raison du format, mais il est cohérent et doté d'un fil rouge au dénouement charmant. 

 * L'humour. Evidemment, on ne peut pas passer à côté de cet élément. Jean-Pascal Zadi a voulu l'éviter autant que possible, mais il est difficile de ne pas non plus voir en "Tout simplement noir" un film à sketches, car les invités se succèdent un peu les uns après les autres. C'est globalement assez drôle, mais toutes les séquences ne sont pas réussies, surtout celles où le scénario va trop loin dans l'exagération (Eric Judor convaincu qu'il est noir, Lucien Jean-Baptiste qui est pris d'une crise de folie...). 

 J'aime pas : 

 * Pas de gros reproche particulier à faire, si ce n'est, donc, des scènes humoristiques inégales.

Très critique des comédies contemporaines françaises en général, j'ai été fort agréablement surpris par cette oeuvre sans prétention de Jean-Pascal Zadi qui a très certainement un grand avenir dans le paysage humoristique français.

lundi 10 août 2020

Le Professionnel (1981)

Si Jean-Paul Belmondo restera à jamais l'un des "héros", via ses films (plus particulièrement sa période "Bébel" des années 1970-1980), de mon enfance, certains ont très mal vieilli. A l'image de ce "Professionnel", signé Georges Lautner.

Le "Professionnel", c'est Josselin Beaumont (Jean-Paul Belmondo, qui en fait un peu des caisses), agent secret français envoyé dans le pays africain imaginaire du Malagawi pour y abattre le président tyran. Entre-temps, les relations franco-malagawiennes se sont améliorées et l'Elysée sacrifie Beaumont en le dénonçant aux autorités du Malagawi. Il est alors condamné sur place aux travaux forcés. Deux ans plus tard, Josselin Beaumont parvient à s'échapper et rentrer à Paris. Sa vengeance sera terrible...

J'aime :

 * Le scénario. S'il n'innove pas vraiment avec une histoire toute bête de vengeance et de contrat à remplir jusqu'au bout, il est intéressant dans sa remise en question des affaires pas nettes de la Françafrique. Puis, pour arriver à ses fins, Josselin Beaumont devra monter un plan plutôt malin, jusqu'à un dénouement peu orthodoxe.

* Le casting. Jean-Paul Belmondo est évidemment omniprésent et fait du "Bébel", à la fois brutal et facétieux. Robert Hossein compose face à lui un "vilain" charismatique, commissaire aux méthodes contestées mais redoutablement efficaces. Pas de très grands noms sur le reste de l'affiche, mais une bonne distribution avec pas mal de fidèles des films de Belmondo.

* L'action. On peut compter sur Belmondo pour mouiller la chemise durant ses films de cette époque. Ici, les bagarres (même si on voit aujourd'hui trop la simulation) sont nombreuses et les cascades en voiture signées Rémy Julienne sont toujours un must.

J'aime pas : 

* La bande originale. Le morceau "Chi Mai", d'Ennio Morricone, est sans doute encore plus célèbre que le film. Ce n'est pas tant qu'il ait été depuis étiqueté "Royal Canin" qui me gêne que sa redondance, toutes les dix minutes du film. A la fin, c'est l'indigestion. 

 * La mise en scène. C'est sans doute ce qui fait que le film paraît hors d'âge. On lève les yeux au ciel dès la séquence d'introduction, très longue, en Afrique (mal reconstituée en Camargue !), puis à de nombreuses reprises ensuite tellement elle est théâtrale. Le summum est atteint avec l'hommage à Sergio Leone pour le duel Belmondo-Hossein. Dérangeants aussi ces petits moments soudains de comédie, avec des répliques de Michel Audiard, au milieu d'une histoire relativement violente. 

S'il n'est donc plus possible de regarder aujourd'hui "Le Professionnel" au premier degré, comme quand on était enfant, en raison de ses défauts qui sautent aux yeux, on doit encore reconnaître au film une excellente dimension divertissante. C'est déjà ça.