samedi 23 septembre 2017

Policia Federal - A lei é para todos (2017)

Il était osé de sortir un film basé sur l'opération Lava Jato, qui secoue la politique brésilienne depuis deux ans, alors qu'elle est loin d'être close, mais Marcelo Antunez l'a fait. Pour un résultat mitigé.

L'histoire, qui s'arrête en mars 2016 avec le premier interrogatoire de l'ex-président Lula (Ary Fontoura, bien) - mais il y aura une suite, entend montrer comment la plus grande opération sans aucun doute de l'histoire de la police fédérale brésilienne a débuté. Nous suivons donc une équipe de l'agence, constituée et dirigée par Ivan (Antonio Calloni, très bien), qui, à partir du démantèlement d'un petit réseau de trafic de drogue et de blanchiment d'argent dans le sud du Brésil va voir son enquête peu à peu déboucher dans les plus hautes sphères du pouvoir, atteignant l'entreprise pétrolière d'Etat Petrobras et des hommes politiques et entrepreneurs haut placés...

J'aime : 

* Le scénario. Et surtout les deux premiers tiers du film environ, lorsque l'on suit de l'intérieur comment est née l'opération Lava Jato et surtout comment elle a abouti au retentissement qu'elle connaît encore actuellement. Cela rafraîchit la mémoire et est intéressant, la Police fédérale ayant contribué au film.

* Le casting. Je connais seulement de visage quelques-uns des acteurs, mais disons que l'ensemble joue juste, on évite la novela de manière générale.

J'aime pas : 

* Le parti pris. En se concentrant quasiment que sur les policiers fédéraux, le film en devient unilatéral et bien trop manichéen. Tous les policiers sont des héros et tous les hommes politiques et grands patrons sont des pourris, et ce depuis 1500. Par ailleurs, parmi les partis mouillés, seul le PT en prend pour son grade, les autres sont à peine cités. Ce point de vue sans nuance dérange.

* La fin. Le film se concentre sur le premier interrogatoire de Lula, une séquence à charge et bien trop longue.

* La date de sortie. C'est finalement le premier problème. L'opération Lava Jato est encore en cours et est loin d'avoir terminé son travail. Quel intérêt, en dehors de l'opportunisme financier et d'un contexte politique et social bouillant, de réaliser un film sur le sujet quasiment sans aucun recul ?

Quand tout cela sera terminé et analysé - on en est loin, une série (mieux, un documentaire) sur l'opération Lava Jato, plutôt qu'un ou plusieurs films, sera bienvenue car c'est un scénario rêvé, à la "House of Cards". Sans être complètement raté, mais trop simpliste et démagogique, "Policia Federal - A lei é para todos" s'est précipité et, en dehors d'un succès de billetterie, ne risque pas de glaner autre chose.

mercredi 6 septembre 2017

The Hitman's bodyguard (2017)

Comédie d'action typique de l'été avec un réalisateur inconnu - l'Australien Patrick Hugues - et un casting de choc. Souvent ça casse, parfois ça passe, comme ici.

L'histoire débute en Angleterre où Michael Bryce (Ryan Reynolds, bien), garde du corps renommé, voit sa carrière plonger après la mort d'un client important. Mais c'est à lui que va penser Amélia Roussel (Elodie Yung, pas mal), son ex et agent française d'Interpol, pour escorter le dangereux tueur à gage Darius Kincaid (Samuel L. Jackson, très bien) jusqu'aux Pays-Bas pour qu'il témoigne devant la Cour pénale internationale des crimes du dictateur biélorusse Vladislav Dukhovich (Gary Oldman, cabotin). Un voyage très mouvementé puisque le duo est poursuivi par les sbires du tyran...

J'aime : 

* Le casting. On va dire qu'il y a du bon et du moins bon, mais heureusement, c'est le bon qui est le plus présent avec le duo Ryan Reynolds-Samuel L. Jackson en mode chien et chat qui fonctionne parfaitement. En revanche, Gary Oldman et surtout Salma Hayek, qui joue la femme de Samuel L. Jackson, sont affreusement caricaturaux.

* L'action. Patrick Hugues a quelques cordes à son arc de ce côté-là et fait preuve de beaucoup de professionnalisme, c'est particulièrement musclé. La mise en scène est également inventive sur certaines séquences, apportant notamment de la comédie dans les bagarres, ce qui donne un peu de légèreté au tout.

* L'humour. C'est un buddy movie donc on se doit avant tout de rigoler. Et cela marche plutôt bien, principalement grâce aux personnages, avec cette canaille de Samuel L. Jackson en roue libre, mais jamais cabotin, et Ryan Reynolds à ses côtés avec sa tête de chien battu.

J'aime pas : 

* Le scénario. Même si l'histoire se déroule entre l'Angleterre et les Pays-Bas (mais tournée en Europe de l'Est...), avec cette incohérence de personnages nord-américains se retrouvant par là, elle n'a rien de très original... le road trip policier (ici garde du corps)-criminel, on l'a vu mille fois.

On pouvait craindre le pire avec cette comédie d'action américano-internationale tournée en Europe (ça fait cheap), avec des acteurs de poids mais sans doute venus surtout chercher un chèque dans un scénario déjà vu, mais le film, fort divertissant, est sauvé par sa bonne ambiance, son humour et sa mise en scène réussie.

lundi 31 juillet 2017

Dunkirk (2017)

Passionné d'histoire et amateur de films de guerre, je ne pouvais pas rater le premier essai de Christopher Nolan dans le genre, sur un épisode de la Seconde Guerre Mondiale peu abordé jusqu'ici.

Cet épisode, c'est la "débâcle" de Dunkerque, en mai 1940, lorsque les troupes alliées se retrouvent encerclées dans la ville du nord de la France par les forces allemandes. Le Royaume-Uni met en place l'opération Dynamo pour rapatrier ses centaines de milliers d'hommes outre-Manche. L'histoire est racontée à travers trois groupes de personnages et trois espaces-temps : une semaine sur la plage de Dunkerque avec notamment Tommy (Fionn Whitehead, excellent), un soldat britannique qui tente de s'infiltrer sur un navire de secours à l'aide d'un déserteur français, une journée à bord de l'un des nombreux bateaux de plaisance britanniques réquisitionnés pour secourir les soldats et une heure dans les airs, avec l'escadron britannique mené par le pilote Farrier (Tom Hardy, bien).

J'aime : 

* Le scénario. Il est passionnant même s'il a généré des polémiques par son manque d'exhaustivité, mais c'est une fiction et non un documentaire. Ensuite, l'idée de montrer l'événement à travers trois points de vue différents (air, terre et mer) est très bien trouvé.

* La bande son. Elle est ici particulièrement importante car il y a au final peu de dialogues, beaucoup de silence et le seul bruit de la mer et des balles... Avec la musique de Hans Zimmer par-dessus, l'atmosphère est angoissante à souhait, mais excellemment retranscrite.

* Les décors. Tourné entre la France, l'Angleterre et les Pays-Bas, "Dunkerque" met à l'honneur les paysages maritimes de la Manche (et un peu au-dessus du coup). Christopher Nolan a cependant un peu triché en ajoutant le mauvais temps pour renforcer la dramaturgie alors que, dans les faits réels, il faisait beau.

* Le casting. Christopher Nolan n'a pas fait dans la surenchère de stars et c'est pour le mieux avec notamment de jeunes acteurs britanniques prometteurs à l'image de Fionn Whitehead.

J'aime pas : 

* La structure. Si le scénario en trois espaces-temps est donc une bonne idée, je me suis retrouvé parfois un peu perdu car, n'étant pas sur la même durée, on se retrouve par moment face à des flashbacks qu'il faut bien assimiler.

Oeuvre finalement assez dépouillée pour un film de guerre - on ne voit quasiment jamais l'ennemi, "Dunkerque" reste une intéressante reconstitution de l'opération Dynamo à travers plusieurs petites histoires et sans aucun patriotisme pompier. Well done Christopher Nolan.

jeudi 20 juillet 2017

The Founder (2016)

L'histoire de la fondation et success story de McDonald's n'avait jamais été racontée en film. La voici et elle est fascinante !

Au milieu des années 1950, Ray Kroc (Michael Keaton, excellent) peine à vendre ses machines à milk-shakes à travers les Etats-Unis. Mais un jour, une importante commande surgit en provenance de San Bernardino (Californie). Elle provient du restaurant des frères McDonald, créateurs d'un nouveau concept de restauration rapide dont le succès local est fulgurant. Enthousiasmé par ce modèle révolutionnaire, Ray Kroc tente de les convaincre de le franchiser, persuadé que le succès pourrait se répandre à travers le pays. D'abord réticents, les deux frères finissent par accepter en émettant des conditions très strictes dont l'entrepreneur va peu à peu s'émanciper...

J'aime : 

* Le scénario. Particulièrement fidèle, il déroule donc une histoire finalement méconnue et pourtant fort intéressante, réhabilitant la mémoire des frères McDonald's qu'on pourrait avoir tendance à comparer au diable de la malbouffe puisqu'ils ont tout de même laissé leur nom à la chaîne de restauration rapide.

* Le casting. Poursuivant sa récente renaissance, Michael Keaton, toujours mi-sympathique mi-inquiétant, incarne très bien l'audacieux et opportuniste Ray Kroc, qui ne partait pas forcément avec un mauvais fond, mais qui a ensuite marché sur les consignes imposées par ses deux patrons (avec raison si on ne considère que l'aspect financier et commercial). Le reste du casting est solide, avec des habitués des seconds rôles (Nick Offerman, John Carroll Lynch, Laura Dern...). Petite réserve sur Linda Cardellini en blonde, cela ne lui va pas du tout.

* La reconstitution. Même s'ils font un peu trop "propres" dans les scènes d'extérieur de restaurants avec les clients, les décors des années 1950 sont néanmoins impeccables.

J'aime pas : 

* Le ton. Au final, le concept des frères McDonald's est mis en valeur et salué sans une once de critique. Le scénario privilégie la belle histoire entrepreneuriale - et il y a de quoi être admiratif, sans jamais remettre en cause ce modèle qui fera se répandre la malbouffe à travers le monde. Et on ne finit que par avoir de la peine pour les frères McDonald's devant les coups fourrés posés par Ray Kroc.

Très (trop ?) académique, "The Founder" reste néanmoins un excellent récit de la naissance du géant des fast-food, dressant un portrait suffisamment nuancé et critique de Ray Kroc, l'homme qui a permis au concept des frères McDonald's de devenir un empire mondial. Mais pour la remise en question de ce modèle, on repassera.

mercredi 12 juillet 2017

Shimmer Lake (2017)

On trouve du bon et du moins bon dans les films produits et sortant directement sur Netflix. Celui-ci, le premier d'Oren Uziel, est une bonne pioche.

L'histoire débute un vendredi matin dans une petite bourgade du Midwest américain, où tout le monde se connaît. Un braquage a été commis la veille au soir dans la banque locale par un trio de malfaiteurs qui a réussi à prendre ensuite la fuite. Parmi eux, Andy Sikes (Rainn Wilson, bien), frère du sheriff Zeke Sikes (Benjamin Walker, très bien), qui mène l'enquête, assisté par le FBI. Mais, particularité du film, le scénario va être déroulé à l'envers...

J'aime : 

* La structure du film. Certes, un montage à l'envers ou décalé, cela a déjà été fait, et pour des oeuvres culte, mais ce n'est pas courant non plus. Ici, Oren Uziel va au plus simple en décomptant les parties de son film jour par jour, avec notamment une introduction similaire et, un peu plus tard, un running gag. Et c'est suffisamment bien fait pour qu'on ne soit jamais vraiment perdu et que le fil de l'histoire se compose de jour en jour, avec quelques rebondissements.

* Le casting. Pas de noms ronflants, loin de là, mais des têtes déjà vues ici ou là, notamment dans des séries, à l'image de Rainn Wilson. Et ils s'en tirent tous fort bien.

* L'humour. Le scénario est suffisamment mince pour espérer qu'il ne se prenne pas au sérieux. Et c'est donc le cas - mais sous forme d'humour noir, ce n'est pas complètement une comédie non plus - avec des personnages sacrément frappadingues, à l'image du trio de malfaiteurs bien allumé.

* Le rythme. Oren Uziel propose un film court pour les standards actuels (1h30) et surtout bien dynamique grâce à des scènes relativement courtes. Une bonne idée.

J'aime pas : 

* Le scénario. Au final, ce serait le point faible du film bien que pas désagréable non plus. Mais il aurait pu être en effet un peu plus ambitieux.

Film mineur certes, mais "Shimmer Lake" est un divertissement court, sympa et efficace si vous ne savez pas quoi regarder dans le catalogue Netflix. Cet Oren Uziel est à surveiller.

lundi 3 juillet 2017

Home Alone 2 : Lost in New York (1992)

Le succès (mérité) du premier épisode des aventures de Kevin McCallister a forcément engendré une suite, toujours signée de l'expert Chris Colombus. Si la structure est très similaire, elle est néanmoins plutôt réussie.

Un an après avoir oublié leur fils Kevin (Macaulay Culkin, bien) chez eux pour Noël, les McCallister se préparent à partir passer les fêtes en Floride. Cette fois, le petit garçon est bien dans la navette pour l'aéroport sauf qu'une fois là-bas, dans la confusion du retard, Kevin perd de vue ses parents et se trompe de porte d'embarquement, prenant un avion pour New York... De nouvelles aventures rocambolesques l'attendent dans la Grosse Pomme alors que l'affreux duo de cambrioleurs, Harry (Joe Pesci, très bien) et Marv (Daniel Stern, excellent), échappé de prison, prépare un nouveau casse perturbé par l'enfant.

J'aime : 

* Le casting. Le petit Macaulay Culkin n'a pas tellement grandi deux ans après le premier film et s'en sort bien, mais c'est surtout l'impayable paire Pesci-Stern que j'adore, même s'ils sont peut-être un peu plus cabotins ici. On ne les voit pas assez, mais les autres membres de la famille McCallister (en particulier l'oncle, le cousin et le grand frère) sont bien marrants aussi.

* Les gags. Même si elles sont très similaires à celles du premier épisode, en plus longues, les deux séquences de "pièges" de Kevin (à l'hôtel puis dans la maison abandonnée de l'oncle) sont les meilleures du film et restent très imaginatives et drôles.

J'aime pas : 

* Je ne vais pas vraiment reprocher le fait que cet épisode soit un calque du premier transposé à New York car j'apprécie donc ses gags, mais il me semble en revanche plus longuet, avec de sérieuses baisses de rythme (notamment les scènes avec la dame aux pigeons ou dans le grand magasin de jouet).

Evidemment, offrir une nouvelle fournée d'aventures à Kevin McCallister était casse-gueule, mais, sans prendre de risques, Chris Colombus propose une resucée suffisamment divertissante, où le casting et les gags font tout.

dimanche 18 juin 2017

The Revenant (2016)

Et enfin, Leonardo DiCaprio reçut l'Oscar qu'il attendait tant... Et il ne l'a pas volé après cette performance de haute volée dans le rôle du trappeur Hugh Glass, mise en scène par Alejandro Iñarritu, lui aussi récompensé.

L'histoire est inspirée par celle, mi-véridique, mi-légendaire de Hugh Glass, qui eut lieu au début du 19e siècle. Dans la version remaniée du réalisateur mexicain, le trappeur (Leonardo DiCaprio, excellent), qui guide l'expédition d'Andrew Henry (Domhnall Gleeson, bien) jusqu'à Fort Kiowa après avoir réchappé non sans de nombreuses pertes à une attaque d'Arikaras, est grièvement blessé après avoir été surpris par un grizzli. Alors que l'hiver est de plus en plus rude et qu'ils sont pourchassés par les autochtones, Andrew Henry et ses hommes décident de poursuivre sans Hugh Glass, qui les ralentit considérablement car transporté sur une civière. Le leader de l'expédition paie alors deux hommes, John Fitzgerald (Tom Hardy, très bien) et Jim Bridger, pour veiller sur le trappeur blessé en attendant leur retour. Ils sont accompagnés par le fils métis de Hugh Glass, Hawk. Après avoir tué ce dernier, John Fitzgerald, qui ne veut plus attendre, convainc son autre compagnon de quitter les lieux en laissant un Hugh Glass agonisant derrière eux. Celui-ci va réussir à s'en tirer et se met alors à la poursuite de l'assassin de son fils...

J'aime : 

* Le scénario. Alors certes il est plus sanglant que l'histoire originale (qui aurait aussi été romancée, mais qui, entre autres, ne se déroulait pas en hiver, ne comportait pas d'enfant pour Hugh Glass ni ce dénouement vis-à-vis de John Fitzgerald), mais il est haletant, le pauvre trappeur devant affronter tous les éléments (climatiques comme humains). Surtout, il se déroule dans un contexte, passionnant, peu abordé par le cinéma jusqu'alors (commerce des peaux, échanges commerciaux avec les autochtones...).

* Les décors. Alejandro Iñarritu a fait le choix d'une fresque survivaliste et donc de tourner tout cela dans les conditions les plus réalistes possibles sur le terrain. Si l'hiver n'est sans doute pas la meilleure saison pour magnifier ces paysages, ils reproduisent pleinement la puissance de la nature nord-américaine.

* La photographie. Pas de lumière artificielle non plus, donc tout a été filmé en lumière naturelle. Cela a particulièrement rallongé le temps de tournage, mais les images sont magnifiques, entre clair et obscur.

* Le casting. Je ne suis pas particulièrement fan de Leonardo DiCaprio (l'acteur), mais il faut reconnaître qu'il offre ici une performance de très haut niveau, intensément physique, dans un rôle quasi mutique et c'est souvent le plus difficile. Mention spéciale donc pour lui, Oscar mérité, et le reste de la troupe est très bien aussi.

J'aime pas : 

* Le risque de ces grandes fresques héroïques, ce sont les longueurs et on ne peut cacher qu'il y en a. Certains ont critiqué la fameuse ourse virtuelle se battant avec Leonardo DiCaprio, ce n'était pas si flagrant que cela pour moi.

Si encore une fois, outre John Fitzgerald, les Français sont, à tort selon les historiens, présentés comme les vilains de l'histoire, "The Revenant" entre assurément dans le lot des très bons films sur l'histoire de l'ouest américain. Sur un scénario qui ne lui était pas destiné à l'origine, Alejandro Iñarritu a façonné une oeuvre brute et sauvage, avec beaucoup d'authenticité. Leonardo DiCaprio, lui, s'est surpassé. Chapeau (ou plutôt toque de trappeur !).