Je n'ai pas vu beaucoup de films de Bertrand Tavernier, à mon grand regret. Alors en voici un au passage.
L'histoire s'inspire très fortement de la balade meurtrière à travers la France de Joseph Vacher, un tueur en série de la fin du 19e siècle, qui a violé et tué des dizaines de jeunes adolescents, souvent des bergers et bergères. Ici, on a affaire à Joseph Bouvier (Michel Galabru, formidable), qui vient d'être réformé de l'armée. Alors qu'il pense pouvoir retrouver et se marier avec sa fiancée, cette dernière se refuse finalement à lui. Joseph Bouvier lui tire dessus et tente de se suicider dans la foulée. Les deux victimes survivent et l'amoureux éconduit est envoyé à l'asile. S'il est simple d'esprit, il n'est pas fou pour autant et il est déclaré guéri malgré ses deux balles restées figées dans le crâne. Sa sortie coïncide alors avec une longue période de vagabondage durant laquelle il va commettre ses meurtres. De son côté, le juge Emile Rousseau (Philippe Noiret, excellent) s'intéresse à cette série de crimes, persuadé qu'il s'agit du même auteur. Lorsqu'il arrive enfin à mettre la main sur Joseph Bouvier, pris en flagrant délit, commence alors une longue et subtile négociation pour obtenir de ce dernier des aveux complets...
J'aime :
* Le scénario. Il est passionnant, d'autant plus que cette fameuse histoire criminelle est ainsi fidèlement adaptée des faits réels. Certes, le contexte historique fait que l'enquête policière n'est pas comme ce qu'on connaît de nos jours et en est réduite aux théories du juge Rousseau sur sa carte de France - c'est donc très statique de son côté, mais le charme opère tout de même.
* Le casting. Un duel de monstres sacrés à l'affiche avec le facétieux Philippe Noiret face à un Michel Galabru dans un rôle très loin de ses personnages comiques un peu idiots. Ici, il joue une autre sorte d'idiot justement, dans la noirceur et il tient sans doute ici son meilleur rôle (récompensé d'un César). Longtemps séparés, ils "s'affrontent" dans la dernière partie dans un délicieux jeu de poker menteur. De solides seconds rôles également à l'image de Jean-Claude Brialy et Isabelle Huppert.
* Les décors. Dans la partie qui suit Joseph Bouvier, une grande place est donnée aux extérieurs puisqu'il se balade à travers les campagnes, et tous ces environnements naturels, notamment en Ardèche, sont superbes.
* La transposition. Ce n'est pas qu'un film d'époque avec costumes et décors, Bertrand Tavernier va plus loin en retranscrivant également tout le contexte politique et social (époque post-Commune de Paris, grèves, etc.) de manière très juste.
J'aime pas :
* Comme je le disais dans mon commentaire sur le scénario, trop habitué aux thrillers d'aujourd'hui avec leurs enquêtes haletantes, on peut ressentir ce manque d'une chasse à l'homme à travers les campagnes françaises. Cela fait qu'avant la rencontre des deux protagonistes principaux, la partie sur le juge peut paraître un peu trop bavarde et manquant d'action. Une fois leur réunion effective, c'est peut-être un peu long également.
"Le Juge et l'assassin" reste néanmoins un film passionnant, qui m'a donné envie d'en lire plus sur l'histoire de ce terrifiant Joseph Vacher. Bertrand Tavernier, dans l'une de ses premières oeuvres, filme déjà avec maestria cette quête immorale d'un homme malade et violent dont les pulsions non contrôlées vont le pousser à commettre ces crimes sordides. Du grand art.
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